UNTIL DAWN

 

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Qu'elle soit blanche ou d'un noir profond, qu'elle soit étoilée ou de pleine lune, la nuit est peuplée d'étranges créatures... [PV Exa]




Fiche : Lost in the Flames
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Ven 10 Nov - 17:21
Qu'elle soit blanche ou d'un noir profond, qu'elle soit étoilée ou de pleine lune, la nuit est peuplée d'étranges créatures...
Qu'importe qu'on vive une journée ou un millénaire.
Le temps a toujours raison de tout. Il ne fait aucune exception.
Nul ne saurait courir assez vite pour le semer.
Alors, pourquoi ne pas tout simplement s'asseoir et l'attendre ?

La lune était pleine, offrant généreusement sa douce lueur aux voyageurs nocturnes. Comme si elle désirait me charmer, la nuit avait choisi d'enfiler sa plus belle robe étoilée. Futile. Elle avait déjà conquit mon cœur alors même, que je n'étais pas encore certain d'en posséder un. Alors que mon regard ambré ne quittait plus le ciel nocturne, témoignant une sincère fidélité à la déesse nocturne, une brise glaciale venait effleurer avec timidité les mèches de mes cheveux d'ébènes, s'autorisant même l'audace de caresser mon visage. Toute cette mise en scène avait un certain parfum de nostalgie...

J'étais immobile, au centre de ce pont, depuis plusieurs heures déjà. Si la saison, l'hiver, se montrait particulièrement peu clémente, ne cessant de renouveler le sol neigeux dès qu'il daignait commencer à disparaître, je craignais que peu le froid. Ce n'était qu'un inconfort. Il n'était pas suffisant pour me terrasser et, j'étais presque certain d'être immunisé à toutes les maladies qui frappaient sans état âme tous les êtres naturels de ce monde... Ah, il est vrai que je n'ai rien de très naturel. J'avais longuement soupiré à cette idée, laissant un souffle chaud quittait mes lèvres.

Délaissant la beauté de la nuit, mon œil doré s'était porté vers l'horizon, apercevant presque l'extrémité du pont tant la lune se montrait courtoise. Soudainement, le décor neigeux et l'orée de forêt, dans lequel je me trouvais, s'étaient envolés, laissant place à l'aube d'un printemps appartenant à une autre époque, à un autre lieu, à un autre pont bien plus grand et bien plus ancien. La scène mythique, vieille de plusieurs siècles, se rejouait devant moi. J'incarnais à nouveau le moine guerrier au long manteau noir, celui que tous appelait l'enfant du démon. Autour de moi, sur les rambardes en bois du pont, une centaine de katana y avaient trouvés un fourreau forcé, leurs lames enfonçant dans le bois. Mes précieux trophées. Alors que je désespérais de trouver un adversaire digne de moi, ma patience n'étant plus que des chaînes retenant mon incommensurable férocité, le vent transporta une étrange mélodie jusqu'à mes oreilles. Insensible à toute art, ce son de flûte m'avait paru aussi agaçant que étranger. Mes yeux dorés braquaient vers la provenance du bruit, j'avais aperçu une fine silhouette se détachait lentement de la brume, progressant d'un pas certain sur le pont Gôjo à Kyōto, se dirigeant vers moi...

Soudainement et douloureusement, j'avais rejeté ces souvenirs de la période Heian, les laissant fuir la réalité où ils n'avaient plus leur place. J'étais de nouveau à notre époque, sur ce pont dans le parc Hayashi de Tokyo. Mon instinct ne me trompait jamais. Quelqu'un approchait et ce n'était pas Ushiwaka, celui qui avait été mon maître et mon seul et véritable ami. Cet homme était mort depuis bien longtemps... Mais, revenons à nos très chers moutons. Quelle vermine osait me déranger dans l'une de mes précieuses séances de nostalgie ? Qui allait rejoindre les morts cette nuit ?

L'homme était moyennement grand si on le compare aux hommes actuels. Rien qu'à sa silhouette, je savais qu'il n'était pas japonais. Cela s'était confirmé quand j'avais pu mieux distinguer ses traits, notamment sa peau colorée. Mon regard d'or s'était ensuite porté sur ses curieux vêtements avant, de se figer sur ce qu'il transportait sur le côté droit de sa ceinture. Un fourreau pourpre dont dépassé la garde d'un authentique sabre japonais. Finalement, je n'avais pas tant quitté la bonne vieille époque que ça... Autrefois, Ushiwaka m'avait infligé ma première défaite sur le pont Gôjo, brisant ma série de 999 victoires consécutives. Du moins, c'était ce que contée ma légende. En réalité, vous pouvez aisément retiré un chiffre. Et aujourd'hui, je me retrouvais à nouveau posté sur un pont, un homme d'arme me faisant face. Peut-être était-il temps de rejouer la légende de Benkei, le temps d'une 1000ème victoire...

- « Ton katana. Donnes-le moi ! » Ordonnais-je d'une voix sombre, fracassant le silence.

Mon unique œil valide s'était braqué sur le jeune humain, rappelant sans peine celui d'un grand prédateur prêt à bondir sur sa proie pour la déchiqueter de ses crocs. Qu'il accepte ou non de dégainer son sabre, c'était du pareil au même ! Cet homme d'arme n'aurait nul autre choix que de m'affronter et, de mourir !
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ne serait-ce, qu'un seul soleil.
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Jeu 8 Fév - 20:18

La solitude exaspère tant de monde et le monde, le solitaire.

967



 J’ouvrai l’une de mes valises, découvrant une multitude d’arme blanche. Ça n’avait pas été une mince affaire de les ramener avec moi, mais j’avais un permis pour ça grâce à mon statut de chasseur de prime. Métier que j’avais perdu en m’enfermant dans cette ville. Cela ne m’empêchait pas de me sentir mieux en ayant quelques armes sur moi, sûrement était-ce dû à l’habitude de ces huit dernières années. Je refermai la valise après y avoir pris un poignard LINDER tactical vingt-et-un centimètre que je cachai aussitôt dans ma botte et un couteau de poche pour ma veste. Ça devrait suffire, ce n’était pas comme si je prévoyais d’aller m’amuser en boite de nuit.
   Je balayai la pièce du regard, m’arrêtant sur la fenêtre. Ouverte. Voilà une vieille habitude que je ferais mieux de corriger, surtout dans une ville comme celle-ci ! Je la fermai, jetant un œil à ce que l’éclairage nocturne me laissait voir ; rien de plus qu’une ville paisible. Qui aurait cru que là, dehors, se baladait des personnes aux pouvoirs incroyables avec une liberté bien différente de Londres ? Je n’avais pas été tant choqué que ça, je ne suis pas moi-même complètement humain et je ne le cachais pas vraiment. Difficile aurait été d'ignorer la couleur singulière de mes yeux, malgré mon maigre stratagème afin de passer cela pour une simple excentricité de ma part, qui ne collait - hélas ? - pas à ma personnalité. Sans compter le soit-disant tatouage qui se plaisait à se mouvoir librement sur mon bras, au prix de douleurs atroces.

   Le japon ne m’avait jamais intéressé – et c’était toujours le cas, je n’étais pas venu en touriste. La seule chose que je connaissais qui s’en rapprochait était le kendo, un sport que j’avais pratiqué durant de longues années dans ma jeunesse et que j’avais arrêté suite à mon diplôme. J’avais quitté la maison et commencé ma carrière – si on peut appeler ça une carrière – de chasseur de prime ; je n’avais plus le temps pour le kendo ou tout autre loisir. Désormais, j’avais du temps libre, ou plutôt, je n’avais que ça. Je me souvenais des longs bâtons de bois avec lesquels nous nous entraînions au dojo et comme nous rêvions d’avoir un jour notre propre katana, contemplant à chaque début et fin de cours celui du « sensei », entreposé dans une vitrine pour notre plus grand plaisir. Il était temps pour moi d’en avoir un à mon tour.

   Je sortis de la boutique d’arme, tout joyeux. J’avais acquis un magnifique katana dont le fourreau pourpre me plaisait particulièrement ! Je ne pouvais pas trouver mieux, j’en étais persuadé. J’avais repéré la boutique en arrivant mais, avec toutes mes bagages dans les bras, je n’avais pas pu y entrer.
   J’aurais préféré faire ça de journée mais… Qu’est-ce que j’allais faire, cloîtré dans l'appartement que je partageais avec Derek ? M’ennuyer comme jamais, c’était certain. Donc je décidai de faire mon repérage des lieux dès maintenant, quand bien même le soleil n’éclairait plus mon chemin. Je ne tenais jamais en place bien longtemps, il fallait que je m’occupe ou j’allais faire une syncope. Et je préférais mille fois la fraîcheur de l'hiver aux conversations infinies à sens unique de mon ami, resté à l'appartement. Ce fut donc en fredonnant, tapotant des doigts sur la garde de ma nouvelle arme, que j’errai en ville. Mon autre main était occupée à tripoter mon pendentif, un souvenir de mon père, puis mon regard accrocha la masse obscure vers laquelle je m’avançai, seulement éclairée d’une lumière pâle procurée par l’astre de la nuit. Une forêt ? En m'avançant davantage, je réalisai que ce n'était qu'un parc, mais je choisis tout de même de m'y enfoncer, quitte à m'y perdre.

   Je suivis quelques sentiers, ne me demandant pas à un seul moment si j’arriverais à retrouver mon chemin car ça ne m’inquiétait pas le moins du monde. Si j’avais à dormir à la belle étoile, je le ferais, ce ne serait ni la première ni la dernière fois que ça m’arriverait. La couverture écarlate que j’avais, nouée à ma ceinture, me servirait une fois de plus. C’était bien pour ça qu’elle était là ! Avais-je prévu que je ne rentrerais pas ce soir ? Ou bien était-ce la lune qui me l’avait chuchoté ? Le coin de mes lèvres se souleva d’un maigre centimètre, amusé de ma pensée. Je n’étais pas fait pour la poésie, c’était un fait.

   « Ton katana. Donnes-le moi ! » Ce fut un grondement qui me fit immédiatement penser à celui d’un orage. Perdu dans la contemplation de la lune, je n’avais pas remarqué que je n’étais plus seul sur ce sentier. Oh. Sur ce pont, en fait. Lentement, je tournai la tête dans la direction de la voix qui, j’en étais certain, m’avait interpellé. Je m’arrêtai pour le considérer à mon tour, imprimant dans mon esprit la vision qu’il m’offrait, quand bien même je me doutais que je l’oublierais bien assez vite. Un homme, plus grand que Derek – mon unique référence mais je le savais déjà grand alors celui-là… Des cheveux aussi sombres que la nuit, peut-être même davantage. Un seul œil, l’autre dissimulé sous un cache-œil, borgne ? Je notai mentalement chaque information. Ce regard était… vraiment particulier. Et ce doré m’était tout spécialement familier.

   « Pourquoi le ferais-je ? » Le questionnai-je en première réponse. J’eus un imperceptible froncement de sourcil, pivotant de moitié dans sa direction au cas où il déciderait de me l’arracher et d’un petit mouvement du pouce, je poussai la lame hors de son fourreau de quelques centimètres, prêt à dégainer à tout moment. « Essayez de demander poliment, je reconsidérerais peut-être la question. »






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Ven 9 Fév - 14:40
Qu'elle soit blanche ou d'un noir profond, qu'elle soit étoilée ou de pleine lune, la nuit est peuplée d'étranges créatures...L'humain parlait. Ce qu'il disait devait probablement être très pertinent, mais j'en avais, en l'occurrence, absolument rien à faire. Ce qu'il pouvait raconter n'avait absolument aucun intérêt. Il y avait plus alléchant, à côté. Cet humain ne semblait pas se soumettre à mon pouvoir. Son corps ne tremblait pas. Ses jambes le portaient toujours. Il n'avait pas fui. Sa voix n'avait montré aucun signe évident de faiblesse. L'homme n'était pas prit d'assaut par la peur écrasante qu'inflige, en règle générale, mon aura de terreur à la plupart des êtres vivants. Ce don était le vestige de ma véritable apparence, celle d'une créature destructrice plus sombre que la nuit elle-même. Mais, pour une raison que j'ignore, certains êtres ignorent tout bonnement ce terrible pouvoir, me rabaissant au rang de simple humain. Nul doute possible, l'homme qui se tenait face à moi, prêt à dégainer son sabre pour assurer sa protection, était spécial. En presque un millénaire, je n'avais rencontré que très peu d'humains capables de me résister de la sorte... Et ces quelques curiosités de l'espèce humaine avaient toutes jouées un rôle majeur dans le tournant de mon existence.

Mon œil ambré décrocha enfin du fourreau du jeune homme, remontant lentement pour finalement se heurter au regard défiant de l'humain. J'en étais resté quelques secondes stupéfait. Ses prunelles étaient d'un jaune puissant et ambré, presque doré. C'était la première fois que je rencontrais un être dont les yeux, étaient comparables à mon unique œil valide... C'était si excitant ! D'abord, ce pont et cet épéiste nocturne forçaient mon cœur à se remémorait l'âge d'or, tout en imprégnant cet endroit d'une douce odeur de nostalgique. Puis, l'absence de peur de l'humain et ses orbes dorés, dont brillait un éclat de défi, éveillaient en moi une puissante adrénaline guerrière ! Je baignais dans un sentiment de joie, un bonheur sombre, macabre et parfaitement assumé. Quelqu'un allait mourir cette nuit.

Un vent glacial se leva soudain, secouant nos vêtements et nos cheveux, déposant des particules de neige sur nos silhouettes immobiles depuis plusieurs minutes déjà.

- « La légende raconte que Benkei n'a pu collectionner que 999 victoires consécutives sur le pont de Gojo à Kyoto durant la période Heian. En effet, ce brave aurait, contre toute attente, perdu son 1 000ème combat... Peux-tu imaginer, sa frustration ? De perdre en étant si proche d'un si vantard objectif ? » Je ne lui avais pas laissé le temps de répondre, ni même saisir le sens troublants de mes divagations. - « Non. Tu ne peux pas... » Terminais-je dans un sombre et menaçant murmure.

Un éclair noir.

J'avais subitement fondu sur ma proie. La lame de mon katana avait quittée, dans le même instant, son fourreau avec la vivacité d'un serpent pour se jeter impitoyablement sur l'humain. Dans un entrechoque métallique, l'homme aux yeux dorés avait paré ce coup mortel de sa lame. Un sourire carnassier étira mes lèvres. Le mortel usait de tous ses muscles pour contenir mon attaque, laissant nos deux lames se croisaient dans une compétition de force pure. Semblerait-il, que cet insolant humain soit bel et bien spécial. Mais qu'importe que ses reflex soient bons et que son tempérament soit celui d'un courageux. Il ne pouvait tout simplement pas gagner ! Comment pourrait-il rivaliser avec un maître du kenjutsu, pratiquant son art depuis plus de neuf cents ans ? Laissant mon unique œil valide toisait férocement l'une de ses orbes ambrés, j'avais laissé le tranchant de mon sabre glissait sur celui du katana de mon adversaire, vers le bas. Le grincement métallique résonnait comme les pleurs du sabre de l'humain.

Parfaitement conscient que je venais de créer une ouverte vers le haut, j'avais attendit que le regard du jeune homme trahisse sa prochaine attaque pour subitement faire un pas en arrière. Le contact de nos lames s'étaient brutalement rompu. La pointe de mon katana, tenu à l'horizontale, alla à la rencontre de la neige reposant sur les rambardes du pont, récupérant sur sa lame une légère poignet de cette poudreuse hivernal. En reculant ainsi, mon arme maintenue trop bas et trop vers la gauche pour protéger le côté droit de ma tête – lequel s'affichait comme étant mon évident point faible, étant borgne -, j'offrais à mon assaillant une occasion inespérée de m'occire. Naturellement, n'importe quel bretteur, qu'il soit remarquable ou honteux, sauterait sur cette chance.

Seulement, c'était juste ma façon de m'amuser. A défaut de trouver des adversaires à ma hauteur ou, susceptibles de me divertir rien qu'un peu, j'avais développé une étrange fascination pour les humains. J'aime contempler leur visage lorsqu'ils réalisent plein d'espoir que, peut-être, vivront-ils assez longtemps pour entrevoir demain ; apprivoiser leur colère, purement animal, lorsqu'ils œuvrent dans l'unique but de tuer afin de survivre à aujourd'hui et enfin, savourer ce très bref instant où leur visage se décompose, perdant à jamais son éclat, alors qu'ils rencontrent pour la toute première et dernière fois la dame qui accompagne le dernier crépuscule : la Mort.

Mais, n'avais-je pas dis que cet humain était spécial ? Si, deux fois. Ce gamin était plutôt tenace et motivé. Ainsi, dans ma grande bonté, je lui accordais un petit traitement de faveur.

Avec sauvagerie, la pointe de la lame de mon adversaire s'apprêtait à me transpercer le visage lorsque, dans un mouvement aussi bref qu'il fut imprévisible, j'avais envoyé la neige récoltée par mon sabre dans le visage du jeune homme. Ah, les jeunes ne savent définitivement pas faire attention aux détails, à leur environnement, mais surtout, ils ne détachent jamais leurs yeux de leurs rêves, oubliant ainsi de visualiser l'essentiel. Comme par exemple, l'entièreté de l'arme d'un assaillant ! Profitant que mon adversaire soit temporairement aveugle, j'avais pris un peu d'élan. Mon pied s'était abattu avec sadisme dans les côtes gauches de l'humain, l'envoyant violemment valsé contre les rambardes de bois du pont.

- « Peux mieux faire... » Soufflais-je, moqueur. - « Il ne faut pas seulement surveiller les yeux et les mains de son adversaire. Nos katana mesurent environ 70cm. S'ils sont forgés pour les hommes d'honneur, leur portée encourage toute sournoiserie ! » M'amusais-je, prenant subitement le rôle d'un maître. Tien donc, l'homme ne répliquait pas tout de suite ? J'y étais peut-être allé un peu fort avec mon coup de pied... - « Relève-toi ou, tu vas mourir. » Lançais-je, redevenant cet être sombre et détestable, ce démon.
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Cet homme était étrange de bien des manières. Qu’avait-il à me dévisager de la sorte ? S’il n’avait pas cet œil au coloris surnaturel, j’aurais pu penser qu’il était choqué de voir un homme à l’origine définitivement pas japonaise se balader dans le pays du soleil levant. On m’avait souvent dit que les japonais n’aimaient pas les étrangers, je ne saurais dire si c’était vrai ou non. Mais ce géant n’était peut-être pas lui-même japonais. Comment pourrais-je en reconnaître un ? Pour moi, tous les asiatiques ont la même figure. Seulement, celui-ci avait quelque chose d’inhumain. Cet orbe doré, cette voix sombre semblant appartenir à quelqu’un – quelque chose ? – d’autre… Et cette soif de combat si forte qu’elle en était presque palpable. Un humain était-il capable d’une telle férocité ? Dans ma courte vie, j’en ai vu, des gens différents, mais des comme ça, jamais.
   Au moment où je me demandais s’il comptait rester longtemps à me fixer, ses lèvres s’ouvrirent. Quel charabia me contait-il ? J’arquai légèrement un sourcil, intrigué par la folie de l’homme, cherchant à comprendre s’il y avait un sens particulier derrière ses paroles. Malgré sa soudaine envie de discuter – ou de monologuer -, je n’avais pas baissé ma garde… A juste titre. J’eus à peine le temps de sortir mon sabre pour parer, l’attaque avait été d’une rapidité impressionnante ! Je tins mon arme à deux mains, essayant de le repousser, plutôt en vain j’en avais peur. Quelle force… N’étant moi-même pas faible du tout, j’étais obligé de reconnaître qu’il était incroyable. Mais, dans la situation actuelle, ça ne pouvait que poser problème.

   … Hum ?

   Impossible de le rater, il s’amusait avec moi. Je n’aimais pas beaucoup ça, cette sensation d’être pris au piège, comme étendu au milieu d’une toile d’araignée n’attendant plus qu’être dévoré par celle-ci. Il jouait juste avec moi. C’était indubitablement pour cette raison qu’il m’offrait ces ouvertures. Il était évident, en constatant ses capacités hors-norme, qu’il ne pouvait pas être assez stupide pour me laisser l’attaquer et le blesser. J’étais toutefois intrigué, suffisamment pour poursuivre dans son sens plutôt que de me retirer. Sans doute avais-je tort de jouer le jeu, seul le futur me le dira.
   Puisqu’il désirait que je l’attaque de ce côté, c’est ce que je tentai, désireux de connaître ce qu’il avait en tête pour m’esquiver et, peut-être dans le même temps, contre-attaquer. Je fus loin d’être déçu. Je n’avais rien vu venir ! Comprenez que pour quelqu’un comme moi qui peut voir au-delà de ma propre vision, c’est toujours un comble stupéfiant de ne rien voir venir… Je notai, durant le laps de temps où j’étais privé de ma vue, que cet homme était sournois, c’était à retenir. La seconde suivante, un violent coup me coupa la respiration, maltraitant le haut de mon corps qui s’en retrouva blessé tant devant que derrière lorsque je percutai la rambarde. Je toussai, récupérant comme je pouvais de l’air, serrant les dents sous la douleur que chaque inspiration me provoquait. Je me tins les côtes, le tissu de mon vêtement se froissant sous mes doigts crispés, mon katana planté dans le pont et ma main gauche restant accrochée à la garde.

   Le ton de ses mots changea. Ce n’était plus de l’amusement que je percevais, il me parlait comme si j’étais devenu d’un seul coup son élève. Ça me renvoya à mes années étudiantes, où je pratiquai le kendo et que le professeur nous parlait de ce même ton dès que nous faisions mal quelque chose et qu’il nous aidait à nous améliorer. Je fronçai les sourcils, n’appréciant pas du tout qu’il l’utilise avec moi. Il jouait de plus en plus mais, là, je n’avais plus envie de continuer ce petit jeu.

   Mes yeux s’écarquillèrent le temps d’une seconde à sa nouvelle réplique. Alors comme ça, il en voulait à ma vie en plus de mon arme ? Quoi que s’il souhaitait seulement le katana, dans ma position actuelle, il aurait très bien pu me le prendre sans que je ne puisse me défendre. Il aurait aussi pu me tuer. Donc il voulait me vaincre en combat. Il était à la fois loyal et déloyal. Ou simplement un guerrier sournois. Difficile à cerner, avec si peu d’élément en main, mais je n’étais pas spécialement intéressé…

   « Si seulement c’était aussi simple que ça.. » Soufflai-je à voix basse, me parlant à moi-même. Ma vie était déjà scellée et c’était pour cette raison que je me trouvais dans cette ville : pour échapper à mon destin, faire s’arrêter les aiguilles, attendre quelque chose sans savoir quoi. Mes côtes étaient douloureuses mais c’était supportable, alors je me relevai, grimaçant un peu sous l’effort et la souffrance qui s’en accompagnait. Je m’appuyai sur mon katana, le retirant du bois une fois remis sur pied, fouettant l’air de la lame que je tins vers le bas. « Ne te méprends pas, je ne me relève pas pour survivre. Je suis déjà condamné. Mais je ne compte pas céder si facilement. » Lançai-je, récupérant ma combativité malgré l’insinuation qui m’étreignait le cœur, je pouvais presque entendre les aiguilles de mon horloge tourner, tic tac, tic tac. 

  Je pris une grande inspiration, me replaçant correctement, prêt à recevoir n’importe quelle attaque et à esquiver ou contrer. Mes prunelles étaient peut-être vides d’envie de vivre, mais elles brillaient assurément de défi. Je me savais à la fin de ma vie, je n’espérais pas particulièrement sortir vainqueur de ce combat ou même vivant, mais je n’allais pas le laisser m’arracher ma vie sans raison. La vie vaut tout de même de se battre pour, je n’avais pas envie de rendre l’âme d’une façon aussi sauvage qu’un duel comme celui-ci, contre un inconnu. Encore, si cela avait été une connaissance, je n’aurais pas dit…




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