UNTIL DAWN

 

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Ethan Owen | Étudiant [Validée]

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Classe A
Classe A







Fiche : Ici !
Grade : D
Niveau : 1
Expérience : 71



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Lun 13 Nov - 18:18
OWEN ETHAN
Race : Rouquin
Sexe : Masculin
Âge : 16 ans
Anniversaire : 18/02
Nationalité : Anglaise
Classe sociale : Moyenne
Groupe : Étudiant
Métier : Serveur à mi-temps au Quiver
Sexualité : Pardon ?
Loisirs : Il pratique un entrainement physique quotidien, bien qu'il semble surtout se concentrer sur le tir à l'arc. Il fait parti du club de cuisine à l'Académie, seul club l'ayant accepté. Il est rapidement devenu doué pour la cuisine et, prépare souvent des panier-repas pour d'autres étudiants, ce qui a vite augmenté sa popularité inexistante au départ. Il adore Godzilla. Dans le plus grand des secrets, Ethan porte le costume de la mignonne mascotte de l'Académie "Nekomie" lors des festivals. Les enfants adorent torturer cette mascotte.
Pseudo sur Kaibyou : HB-of-DtMTn
Particularité : Ses cheveux roux sont 100% naturels.
Avatar : Shirou Emiya - Fate/ + Archer Emiya - Fate/
Mental
Ethan est un garçon sincèrement gentil. Et on peut le dire, naïf. Il lui est très difficile de penser du mal des autres. Le rouquin accorde facilement sa confiance à autrui, essaye toujours de se rendre utile ou t'aider ceux dans le besoin. Qu'importe s'il connaît la personne depuis cinq ans ou cinq minutes, il fera toujours de son mieux pour elle. Vous devez alors penser que beaucoup ne doivent pas se gêner pour abuser d'Ethan ? En effet, vous avez raison. Le garçon est une proie facile pour les personnes mal attentionnées, comme les arnaqueurs ou les profiteurs. Et plus d'une fois, Ethan dû faire face au plus décevant de la nature humaine. Mais c'est une leçon de vie, n'est-ce pas ? L'anglais a bien dû apprendre de ses erreurs, non ? C'est ce que vous pensez ? Détrompez-vous. Pour Ethan ce ne sont pas des erreurs. La philosophie du jeune anglais est qu'on doit avoir la meilleure approche possible envers les autres, leur tendre la main, afin qu'ils puissent avoir une chance de la saisir. Il est convaincu qu'ils révéleront ensuite le meilleur d'eux même. Si beaucoup se sont joués de la gentillesse naturelle d'Ethan, d'autres ont su reconnaître les valeurs du jeune homme et lui rendre la pareille. L'étudiant est toujours dynamique, rayonnant de cette énergie positive qu'est la bonne humeur. S'il semble avoir toujours quelque chose à faire, il n'hésite pas à bouleverser son programme pour s'attarder vers une personne isolée ou triste. Plus une personne lui semble en retrait, plus il aura tendance à aller vers elle. Il est fréquent qu'il soit mal reçu, mais Ethan est du genre tenace et insistant. C'est sa façon à Ethan de faire le bien autour de lui. Loin de se battre ou de jouer les Héros, il préfère simplement être gentil et véhiculer un message d'espoir.

Contrairement à beaucoup de garçons de son âge, Ethan ne souhaite pas devenir un Héros. Il a horreur de la violence et déteste se battre. Puis, il y en a tellement de Héros... Il aurait l'impression de les gêner plus qu'autre chose. Ce que désire le jeune homme, c'est simplement une vie tranquille où il serait bien entouré. En dehors des cours, où Ethan donne le meilleur de lui pour rattraper le retard constant qu'il prend par rapport aux autres élèves, l'anglais travaille à mi-temps dans un bar à Roppongi. Il y fait essentiellement du ménage et du service. Le rouquin est membre du club de cuisine à l'académie et, apprécie tout particulièrement cuisiner pour les autres. Il n'est pas rare de le voir très tôt le matin emprunter la cuisine de l'établissement pour préparer des paniers-repas pour plus d'une personne. Comme son pouvoir est peu puissant et très difficile à développer, notre Ethan national s'entraîne chaque jour à sa façon. Il souhaite mieux maîtriser le tir à l'arc, aiguiser ses reflex et renforcer son corps. Son pouvoir est celui qu'il emprunte à Cross. De ce fait, il a beaucoup de mal à l'utiliser en public par peur d'être démasqué. Lorsqu'il est entouré, Ethan a tendance à ne jamais réussir à atteindre sa cible ou utiliser son don d'une façon convenable. Il n'est pas rare qu'il s'attire la moquerie et les taquineries de ceux de son âge au sujet à son pouvoir. Cependant, lorsqu'il est seul, il est très rare que la flèche d'Ethan n'atteigne pas son objectif avec toute la précision et la perfection d'un grand tireur.

Derrière sa gentillesse, ses petites attentions et son grand cœur, le garçon n'est pas aussi heureux et serein qu'il en a l'air. L'avez-vous seulement déjà vu sourire ? Ethan vit avec le stresse et la peur pour compagnons. Il est terrorisé face à son avenir, il a peur de s'effacer lentement puis, de disparaître totalement. Si tous ses maux pouvaient porter un nom, ça serait très certainement celui de Cross.

Le dénommé Cross est une tout autre personne. Il n'a pas vraiment de point commun avec Ethan, tant sur le plan physique que moral. Il est même difficile pour une personne connaissant les deux individus de songer qu'ils puissent être liés. L'un est tendre et gentil, l'autre est violent et dur. Ils sont tels deux contraires qu'on aurait condamnés à se faire face, se détestant plus que de raison. Et pourtant, Cross ne vit qu'à travers Ethan. Chaque jour, Cross vole trois heures au garçon afin d'exister.

Cross est un justicier qui œuvre pour des idéaux aussi vieux que le monde lui-même. Ceux qui envisagent de prendre une vie doivent s'attendre à ce qu'on leur prenne la leur... Si en terme de puissance il peut être comparé à un Héros, Cross n'en possède aucunement les valeurs. Son mode de réflexion le pousse toujours à penser que si une personne en menace plusieurs, la supprimer permet probablement de sauver des vies. Cross préfère verser le sang avant qu'il ne soit versé. Il élimine avec froideur toutes les personnes qu'il juge à risque, avant que ces dernières ne passent ou ne repassent à l'acte. Autrefois, il utilisait les médias à sa disposition afin de trouver ses cibles, les traquant puis les éliminant à la première occasion. Depuis qu'il est au Japon, employé par l'organisation des Gardiens, il se contente le plus souvent de suivre les ordres de missions qu'il reçoit. Le plus souvent. Cross s'attaque sans aucune gêne aux gros poissons, c'est-à-dire, aux Criminels. Il aime aussi beaucoup emmerder les Yakuza, étant le Gardien qui pose le plus problème à l'organisation Criminel. Oui, Cross possède une belle collection d'ennemis.

Il est difficile de connaître Cross. Non seulement il n'apparaît que quelques heures par jour, mais en plus, l'animal est assez silencieux quand, il n'est pas désagréable et provocateur à souhait. Pourtant, ce serait mentir que de prétendre que Cross n'a pas une once de personnalité. Il suffit de passer outre ses sarcasmes et ses répliques mordantes pour réaliser qu'il s'intéresse à beaucoup de choses et qu'au fond, il est très loin d'être mauvais. Le justicier aime la vie plus que tout, tout en considérant que la sienne ne vaut pas plus qu'une autre dans la balance. Paradoxalement, cet homme serait capable de tuer mille hommes pour sauver sa peau, tout comme il pourrait sacrifier sa vie pour en sauver mille autres. Cross accepte d'être un éternel incompris, d'être traité de monstre ou de fou. Il a foi en ses idéaux et, refuse de les remettre une seule seconde en question.
Physique

Une taille moyenne, des cheveux roux portés courts, des yeux noisettes légèrement ambrés, Ethan possède un physique assez passe-partout. Du moins, dans son pays natale. Au Japon, on a d'abord du mal à considérer que sa couleur de cheveux puissent être naturelle, au point où il a souvent eu des problèmes, certains adultes jugeant que sa « teinture » était « irrespectueuse ». Son regard et son visage sont comme un livre ouvert sur son état d'âme, trahissant sans détour les émotions du garçon. Avec cette bouille, il lui est impossible de mentir. On s'en rend compte presque immédiatement... Vestimentairement parlant, il porte l'uniforme scolaire à l'Académie, sa seule fantaisie étant une écharpe durant les saisons hivernales. Ah oui, il ne ferme pas toujours tous les boutons de sa veste, c'est son petit côté rebelle. Durant ses heures de travail au Quiver, Ethan adopte une tenue appropriée, un joli combo chemise-cravate et le fameux tablier que porte tous les employés de l'établissement. En ville, Ethan se contente de vêtements confortables, bien que son style soit toujours la tendance Tokyoenne d'y il a quelques mois. Il choisit toujours des vêtements affichant des prix raisonnables pour son porte-monnaie. S'il est encore tout jeune, l'anglais s'impose un entraînement physique rigoureux. S'il est encore loin d'avoir le corps d'un athlète, il est néanmoins sur le bon chemin.

Ce qui attire le plus l'attention chez Cross, c'est son regard aussi froid et tranchant que l'acier. Ses yeux gris transpercent l'âme là où ses lames transpercent la chair. Grand, le justicier n'est pas bien loin des un mètre quatre-vingt-dix. Il est large d'épaules et sa musculature ferait pâlir davantage certaines statues de Dieux Grecques. Loin d'être une armoire à glace immobile, Cross est agile, rapide et souple. Ses cheveux sont blancs, en parfait contraste avec sa peau bronzée, que certaines fangirls iront qualifier de couleur « chocolat ». Oui, Cross possède sa propre fanbase. Jaloux ? Ses vêtements et son équipement de combat sont pensés pour le mouvement, quand ils ne lui collent pas à la peau, Cross utilise des sangles de cuir afin, d'éviter que ses vêtements ne viennent le gêner dans ses mouvements. Ses carquois sont accrochés à ses cuisses, ses flèches étant retenues par un système ingénieux qui les empêchent de tomber lorsque le justicier bouge. Ne vivant que pour poursuivre son combat, l'équipement de Cross est celui d'un guerrier, dissimulant quelques couteaux à lancer, un gilet et un manteau pare-balles ainsi que quelques autres surprises de sa conception. Si ses vêtements sont généralement sombres, il aime porter du rouge, souvent en manteau long ou en cape. Il est très rare que Cross porte des vêtements « casual ». Avec trois heures d'apparition par jour, il n'a pas souvent le temps de songer à se changer. Les rares fois où il a prit cette liberté, ce fut pour afficher une tenue mettant parfaitement en valeur sa puissante musculature. Ne lui en voulait pas, il aime séduire !
Cross
Nom du Pouvoir :  Another Heros
Nature du Pouvoir : Don
Costume : Se référer à la description physique de Cross.
Description :
Le pouvoir d'Ethan est difficile à comprendre. Ethan n'avait que douze ans lorsqu'il s'est manifesté pour la toute première fois. Lorsqu'il était enfant, le garçon admirait les Héros passant à la télévision et, loin de vouloir devenir un Héros comme certains de ses petits camarades, Ethan préféra en inventer un de toutes pièces. Il créa alors un Héros sans nom, possédant une force et des sens surhumains, extrêmement rapide et agile, tireur d'élite maniant l'arc, comme d'autres armes blanches, à la perfection. Plus il voyait des Héros incroyables à la télévision, plus Ethan ajoutait des facultés à son personnage. Ainsi, cet autre héros acquis une peau aussi solide que la pierre, une capacité à faire apparaître et disparaître son arme sur une simple demande orale, celle de changer d'arme à tout instant ainsi, que la faculté de pouvoir se régénérer. Adorant son personnage, Ethan le faisait vivre à travers des dessins et des textes où, il racontait les combats ardus de son Héros.

Seulement, Ethan n'avait pas la moindre idée du pouvoir qu'il détenait. Un pouvoir à usage unique. Sans que rien ne puisse l'expliquer, le personnage du garçon prit miraculeusement vie. Au début, ce n'était que de simples rêves pour Ethan, aussi incroyables étaient-ils, où il voyait le monde à travers les yeux de son Héros, ressentant et vivant toutes les sensations folles de ce dernier. Seulement, la réalité rattrapa puis, dévora le rêve. Ethan réalisa peu de temps après que ce personnage, qu'il avait entièrement inventé, était devenu réel. Cet autre héros se manifeste à travers le garçon. Trois heures toutes les vingt-quatre heures, plus exactement. Ethan disparaît alors totalement, sombrant dans une semi-conscience, laissant place à cet autre héros. Le garçon ne contrôle aucunement cette autre apparence. C'est une tout autre personne, possédant son propre corps, son propre caractère, ses propres ambitions et une puissance digne de celle d'un véritable Héros.

Loin de voir ce dédoublement comme une bénédiction, Ethan a rapidement réalisé qu'il avait lâché un être dangereux dans la nature. Plus il grandit, plus il prend conscience du danger que représente ce justicier. Seulement, tout comme Ethan aimerait se débarrasser de cet autre héros, ce dernier désire aussi effacer le garçon. Celui que les médias surnomment « Cross » considère qu'Ethan, aussi inoffensif soit-il, est un frein à ses idéaux. Il est convaincu que si le garçon disparaissait définitivement, il pourrait alors exister réellement et ainsi, sauver un nombre considérable de vies. Pour Cross, c'est un sacrifice regrettable pour la gloire d'une noble cause. Seulement... Ethan considère qu'il est en droit de vivre sa vie.

Le pouvoir d'Ethan est une bombe à retardement. Le garçon sait que tôt ou tard, c'est Cross qui gagnera. Au fil des mois, le temps d'apparition de l'autre héros augmente, de quelques minutes seulement, mais à long terme... Ethan a peur de disparaître petit à petit, que sans s'en rendre compte, il finit par s'effacer totalement pour laisser place à Cross. Il a rejoint le Japon et l'Académie d'Edoshima dans le but de trouver une échappatoire à son sort.

Loin d'être sans défense, Ethan sait utiliser ce qui équivaut à 10% de la puissance de Cross. Quand ses mains touchent une arme blanche, il est aussitôt capable de l'utiliser comme si, il s'était entrainé toute sa vie à l'art de la manier. Notons également que sa musculature et ses reflex se développent anormalement vite.

Note : La régénération n'a lieu que lorsqu'une personnalité laisse sa place à l'autre. Ainsi, Cross récupère lorsque c'est Ethan aux commandes et, ce dernier pourra se mettre un peu de ses blessures durant le temps où Cross passe à l'action. Si Cross possède suffisamment de temps "inactif" pour se remettre totalement de ses blessures, Ethan ne peut qu'au mieux être un peu soulagé de ses plaies.
Présent

Ethan Owen est étudiant à l'académie d'Edoshima. C'est un élève plutôt sérieux, qui fournit de gros efforts afin d'être dans la moyenne. Incapable de rester sagement dans sa chambre à l'académie, il participe quotidiennement aux tâches de vie de l'établissement, même quand il n'est pas de corvée. Il fait partie du club de cuisine et, même en dehors des activités du club, il n'est pas rare de le voir emprunter la cuisine de l'établissement. Il apporte ses propres ingrédients et confectionne lui-même tous ses plats. Semi-indépendant, Ethan travail le soir au bar « le Quiver ». Son côté « garçon gentil » le rend assez populaire. Il sort souvent en ville le week-end avec ses amis et d'autres étudiants.

La nuit, durant trois heures, Ethan disparaît en secret pour laisser place à Cross. Le justicier est un mercenaire à la solde des Gardiens, exécutant des missions aussi dangereuses qu'adaptées à son gabarit. Cross agit pour protéger le plus grand nombre, bien que ses méthodes soient facilement critiquables. Quand il n'a rien à se mettre sous la dent, Cross traîne dans des endroits assez douteux, là où un enfant de bonne famille ne survivrait pas plus d'une demi-heure.
Histoire
Il n'y avait qu'une éternelle et étouffante obscurité. J'imagine qu'à force de côtoyer cette pénombre, mes yeux s'y étaient adaptés, devenant assez sauvage pour la percer. Pourtant, l'immense abomination qui se traînait vers moi ne restait qu'une montagne d'ombres. Seuls ses yeux, des centaines de points rouges, brillaient tels des étoiles de morts dans ce tableau de désespoir. Les multiples gueules de la créature s'étaient ouvertes pour libérer un chant atroce, véritable chaos de fin du monde. J'ignore par quel miracle j'avais réussi à me relever, tant mon corps avait déjà souffert de ce début d'affrontement inégal. Mon bandeau glissant sur mes yeux, je l'avais retiré, le jetant au sol avec négligence. Avec l'adrénaline qui vient avec la sensation que la mort va frapper, j'avais resserré ma main gauche sur mon arc. Ma droite s'était portée vers le seul carquois qu'il me restait pour s'armer. Mon sang s'était alors subitement glacé. Mon regard écarquillé s'était porté avec lenteur vers mon carquois, comme pour vérifier que mon sens du toucher ne me mentait pas. Il ne me restait qu'une seule et unique flèche.

*****

Je m'appelle Ethan Owen, fils unique d'une charmante petite famille habitant à Manchester, en Angleterre. C'est là-bas que j'ai passé une grande partie de mon enfance. Ma famille a toujours été pour moi l'exemple parfait d'une famille aimante. J'ai été un enfant heureux, grandissant avec des parents présents et attentifs à mon bonheur et mon éducation. Lorsqu'ils travaillaient, mon père et ma mère me confiaient à mes grands-parents, qui se chargeaient de m'accompagner à l'école et de venir me chercher avec un goûter lorsque venez l'heure de rentrer. J'avais beaucoup d'amis. J'étais toujours bien entouré. Tout est si simple lorsqu'on est enfant... L'image que tous gardent de moi à cette époque, est celle d'un petit garçon gentil, souriant et plein d'énergie. Je suppose, qu'à cette époque j'étais heureux. Oui, j'étais heureux. C'est du moins le vague souvenir que j'en garde.

C'est vers mes douze ans que l'enfer débuta. La mode japonaise des Héros combattant les Criminels venait tout juste d'arriver jusqu'en Angleterre. Je nageais en plein dans cette hype des justiciers utilisant de puissantes facultés afin de protéger tout le monde des personnes utilisant leurs pouvoirs pour faire le mal. On vivait dans cette hype des Héros. Presque toutes les chaînes à la télévision avaient leurs programmes sur les Héros, les journaux comme les magazines les plaçaient dans le cœur de leurs articles, tous mes camarades à l'école en parlaient et échangeaient des cartes représentant leurs personnalités favorites. Lorsqu'on se retrouvait entre amis, on spéculait sur leurs pouvoirs et leur possible évolution qui, peut-être, allaient faire d'eux les Héros de demain. J'étais un cas un peu à part. Mon don ne s'était pas encore manifesté, bien que les médecins avaient confirmé une certaine anomalie dans mes mains, semblables à des petites ondes électriques.

Comme je n'avais pas la possibilité de trop spéculer sur ce que serait mon pouvoir plus tard, j'avais eu recours à une toute autre technique pour attirer l'intérêt de mes camarades. Comme l'aurait fait un adulte, je m'étais renseigné dans les livres, sur internet et en regardant la télévision, récoltant un maximum d'informations sur ce qui fait d'un Héros ce qu'il est. À cet âge, moi et mes amis étions en admiration sur tout ce qui se rapprochait des Héros, admirant autant les Héros existants réellement que ceux fictifs, qu'on trouvait dans les dessins animés ou dans les comics. Alors... J'ai utilisé mon imagination pour créer quelque chose de semblable à un Héros.

Un Héros sans nom, sans origine, sans lien de sang. Incapable de pleurer, incapable de rire. Animé par une soif de justice ne pouvant être étanchée. Incapable d'être compris par les autres, il a épousé de lui-même la solitude.

La première version de mon personnage plaisait à mes amis. Je cherchais encore des idées, mais il intriguait déjà mes camarades. Son pouvoir était pourtant assez simple, si on le compare à celui des vrais Héros. Mon personnage avait des facultés surhumaines. Il était bien plus fort et rapide qu'un homme ordinaire, en plus d'avoir des sens bien supérieurs, ressemblant à ceux qu'on attribut aux animaux les plus prodigieux. Même mon père trouva ma création très intéressante, affirmant que je devrais même l'envoyer à un producteur de cinéma pour en faire une adaptation qui serait inévitablement, un best-seller. Si pour lui ce n'était qu'une petite plaisanterie pour encourager son fiston, c'était pour moi le plus beau des compliments. Encouragé par mon entourage, j'ai redoublé d'efforts pour rendre mon Héros encore plus fort. Je passais tous mes week-end à regarder la télévision, relevant les pouvoirs et les capacités que je trouvais être en accord avec mon idée de personnage.

Sa peau est aussi solide que la pierre. Sa force est telle, qu'il est capable de détruire un bloc de pierre d'un seul coup de pied. Il est si rapide, si vif, qu'un humain aura grande peine à suivre ses mouvements. Il est capable de manier à la perfection toutes les armes existantes, bien qu'il ait une préférence pour l'arc. Au corps à corps, il utilise un art œuvrant avec deux dagues.

C'est ma mère, qui m'aida à créer l'apparence de mon Héros sans nom. Ayant toujours eu un certain talent pour le dessin, elle avait utilisé mes croquis et mes idées afin de créer un véritable design à mon personnage. Inévitablement, il était grand, musclé et parfaitement adulte. Sa peau bronzée représente sa solidité. Ses yeux gris sont un reflet de sa personnalité, dure et froide comme l'acier. Ses cheveux sont blancs, simplement parce qu'à l'époque, je trouvais ça cool. Beaucoup moins, de nos jours... Quant à ses tenues, les suggestions de ma tendre mère s'étaient vite ajoutés à mes croquis et mes textes.

Son corps est capable de subir de lourds dégâts. Même s'il venait à perdre des membres ou à se vider de son sang, il n'acceptera jamais d'être défait. Un souffle, une étincelle, il utilise tout ce qu'il a à sa disposition comme une arme pour mener à bien sa mission. Après chaque combat, son corps se régénère, se préparant pour le suivant. Jusqu'au bout de sa vie, cet Héros sans nom aura porté tout le malheureux du monde sans même trouver, ne serait-ce, qu'une seule lueur de bonheur.

Le premier rêve, où je voyais le monde à travers les yeux du Héros que j'avais créé, fut particulièrement troublant. Je me souviens que le premier réflexe de mon personnage fut celui d'observer ses mains, de faire jouer ses doigts, comme si c'était la toute première fois qui les voyait. Il avait ensuite cherché à voir son reflet, semblant à la fois troublé et terrorisé. À cette époque, je n'avais en rien compris à ses réactions... Si seulement j'avais fait preuve de plus de compassion. Comme s'il cherchait quelque chose à faire, il avait erré en pleine nuit dehors, finissant par utiliser ses prouesses physiques pour rejoindre les toits. Là, il avait fini par s'asseoir et observer les gens, plus bas.

Au début, ces rêves étaient pour moi quelque chose de fascinant, telle une expérience incroyable. Je ressentais toutes les sensations vécues par mon personnage, la caresse souple du vent dans ses cheveux, la palette d'odeurs habitant la ville, allant jusqu'à vibrer d'adrénaline lorsque le justicier sans nom usait de son prodigieux corps pour courir et bondir avec une vitesse et une force qui dépassaient tout ce que j'avais pu imaginer. Le réalisme de mes rêves ne m'avait inquiété qu'un temps. Comme mon pouvoir ne s'était pas encore manifesté, j'avais émis l'hypothèse qu'il était en lien avec mes rêves. En soit, je ne m'étais pas tellement trompé... Sauf que, mon pouvoir n'était pas celui de faire des rêves aussi bluffants.

Les choses s'étaient compliquées par la suite. Mon Héros avait cessé d'observer sagement le monde et les gens et, était passé à l'action. Sa première intervention fut si rapide, qu'elle en sembla facile. Il n'avait tiré qu'une seule flèche, à une distance et une hauteur vertigineuse, éclatant littéralement le genou du Criminel ciblé. C'est la victime elle-même, juste après avoir été secourue, qui appela la police. L'affaire s'était bien terminé. C'est après avoir vu le reportage sur cette femme sauvée par un archer, lequel n'avait même pas daignée se montrer, que j'ai compris avec effroi que depuis le début, j'étais dans l'erreur.

Sans que je ne puisse l'expliquer, le Héros sans nom que j'avais imaginé existait désormais bel et bien. D'une façon ou d'une autre, j'étais lié à lui. Ce n'était pas des rêves. Pourquoi était-il apparut ? Comment pouvais-je voir à travers lui ? Ce qui me fascinait avait fini par me terrifiait. Je m'étais convaincu que s'il faisait quelque chose de mal, je serais l'unique responsable. S'il venait à tuer quelqu'un, c'est mes mains qui seront tâchées de sang... Loin d'en parler à mes parents, j'avais gardé ça secret. Tel l'enfant que j'étais, j'essayais de cacher ma bêtise. Lentement, mais surement, j'avançais vers l'enfer. Chaque nuit, je voyais à travers le regard d'acier de ce qui n'était, il y a encore quelques mois, qu'un simple personnage de fiction. Il était de plus en plus organisé, de plus en plus actif. Il utilisait tous les moyens mis à sa disposition pour suivre l'actualité criminelle. En Angleterre, nous n'avons pas encore toute cette technologie de caméras volantes ou cette culture du direct comme au Japon. Ainsi, c'était bien moins facile pour un amateur de jouer les Héros. À mon grand soulagement, le justicier sans nom restait dans l'ombre.

Au bout de quelques semaines, j'avais pu déterminer que je ne voyais que quelques heures à travers les yeux du Héros sans nom... Que faisait-il le reste du temps ? Je dormais plus de sept heures par nuit, pourquoi ne pouvais-je « être en lui » que quelques heures seulement ? Rien n'avait le moindre sens... Au fil des jours, une lourde fatigue, autant sur le plan morale que physique, avait commencé à me hanter, m'ôtant mon énergie et ma joie de vivre. Je ne sortais plus beaucoup. Voir plus du tout. J'allais à l'école pour réfléchir à mon problème et, non pas pour suivre les cours et m'amuser avec tout le monde. J'avais bon essayer de sourire à l'école, c'était tellement dur de faire comme si tout allait bien. Je dormais plus que je ne mangeais à la pause déjeuner, rattrapant un peu mes nuits qui étaient plus fatigantes que réparatrices. Le bruit de mes camarades parlant et riant me dérangeait parfois tellement, que j'allais m'isoler à la bibliothèque, juste pour profiter du calme de rigueur. Il m'arrivait de décrocher totalement de la réalité, d'être là, qu'on me parle sans que les mots ou les phrases ne puissent m'atteindre. Des moments d'absences qui inquiétaient de plus en plus mon encourage. Ma mère avait même supposé que je souffrais peut-être d'une maladie grave... C'est alors que j'ai sorti pour la toute première fois mon fameux « je vais bien » à ma mère. Sans le savoir, ces quelques mots deviendront par la suite mon mensonge le plus convainquant, tant je l'aurais employé.

Un matin, après une nuit où le Héros sans nom avait mené un affrontement contre un hors-la-loi possédant un pouvoir aussi terrorisant que monstrueux, mon corps atteignit finalement ses limites. Je venais tout juste de lâcher un petit « je vais bien » à une amie, inquiète de mon teint inhabituellement pâle. Sans crier garde, ma vue s'était troublée, jusqu'à devenir totalement blanche. J'avais subitement chuté vers l'avant. Avec violence, mon crâne avait frappé ma table puis, ce fut le noir complet.

Lorsque j'ouvris à nouveau les yeux, je me tenais debout en plein milieu d'un improbable désert de sables blancs. Une fois de plus, j'aurais conclu à un rêve si la sensation du vent et des grains de sable qu'il transportait avec lui ne m'avait pas paru beaucoup trop réaliste pour n'être qu'un vulgaire songe. C'est alors que je lui fis face pour la toute première fois. J'avais écarquillé les yeux d'effroi, reculant instinctivement de quelques pas. Le Héros sans nom se trouvait juste devant moi.

J'avais des tas de questions à lui poser. Il avait probablement des réponses à tout ce qui m'arrivait, à sa présence dans notre monde, peut-être pouvait t-il m'aider ? Je-

- « Il y a tant d'interrogations... Je ne sais pas par où commencer. » Lança soudainement le Héros sans nom.

C'était la toute première fois que j'entendais sa voix. Jamais il n'avait dit le moindre mot avant cet instant. J'avais écarquillé les yeux en réalisant que lui aussi, était surpris de son propre teint de voix. Il avait porté une main à ses lèvres, restant un instant interdit, comme s'il avait besoin d'un moment pour accepter ce qu'il venait de découvrir. Non. Cet homme n'avait pas de réponse à m'apporter. Comme il l'avait lui-même annoncé, il avait des questions.

- « J'ai conscience que mon existence résulte d'une erreur de ta part. Tu as utilisé ton pouvoir sans en avoir conscience. Visiblement, tu l'as perdu juste après. » Commença-t-il en plantant son regard d'acier sur moi.

Aussitôt, je m'étais senti dans une position dangereuse. J'avais moi-même vécu plusieurs fois une démonstration de sa puissance et, je le sais plus que quiconque, il n'a jamais eu la moindre occasion de se donner à fond, de déballer toute sa force. Cet homme a le pouvoir de me détruire. Seulement, malgré la peur qu'il m'inspirait, j'avais tout autant besoin de discuter avec lui que lui, avec moi.

- « Comment le sais-tu... Pour mon pouvoir ? » Demandais-je, comme pour le tester. J'étais, après tout, arrivé à la même conclusion que lui.

- « C'est simple. Je réfléchis beaucoup lorsque je dors en toi. Tout va dans ce sens. » Répondit le Héros sans nom en haussant les épaules, comme pour souligner que c'était évident.

Mon sang s'était subitement glacé d'effroi. Lorsqu'il dort en moi ? Non... Se pourrait-il que lorsqu'il disparaît, lorsque ses quelques heures sont écoulées, lorsque c'est moi qui poursuit tranquillement ma vie... Je ne suis pas le seul à pouvoir être spectateur de la vie de l'autre. L'Autre en question, est capable de voir, d'entendre, de sentir, de ressentir... Tout ce que je vis... L'horreur...

- « Quelle drôle de tête tu fais... » S'était-il moqué, sans le moindre sourire. - « À te voir, on pourrait presque penser que tu es à plaindre. »

- « Attends un instant... Je suis à plaindre ! Inconsciemment j'ai donné vie à un être qui joue les justiciers, qui vole des heures de ma vie comme si de rien n'était en plus de risquer de... » Subitement, je m'étais souvenu avec fatalité de ce qui s'était passé avant que je me réveille dans ce désert de sable blanc. J'avais perdu connaissance en classe !

- « Si tu pouvais mourir la prochaine fois, peut-être que ça nous arrangerait, gamin qui est à plaindre ! » Cracha méchamment l'Autre avant, de me tourner le dos et d'avancer dans une direction qui me semblait être nulle part...

Lorsque j'ai ouvert les yeux, j'étais à l'infirmerie. J'avais tellement mal à la tête, que l'infirmière n'aurait pas dû se donner la peine de me demander de rester coucher. Je n'avais pas l'intention de bouger... Elle m'avait expliqué que j'avais perdu connaissance en classe, que je ne devais plus m'en faire, que tout irait bien et, que mes parents n'allaient pas tarder. Je l'écoutais à moitié... Repensant à ma rencontre avec le Héros sans nom dans le désert de sable blanc. Cela avait tout d'un rêve et pourtant, je sais que ça n'en était pas un. C'est parce que j'ai perdu connaissance, que nous avions pu avoir ce face à face... Actuellement, l'Autre peut voir tout ce que je vois, entendre tout ce que j'entends... Et il n'avait pas caché vouloir ma mort... Que se passerait-il, si j'osais parler de lui à mes parents ou, à quiconque... Il serait capable du pire... En vérité, je n'en savais rien. Tout ce que je savais, c'est que j'avais besoin d'aide... Les larmes étaient venues d'elles-mêmes, sans que je ne puisse les retenir. J'avais laissé l'infirmière me réconforter même si, elle était loin de pouvoir comprendre quel genre de démon me tourmentait.

Les mois qui suivirent continuèrent d'aller dans le sens du justicier. Il n'existait que trois heures par nuit et pourtant, il avait déjà tant agit, qu'il avait fini par être remarqué malgré sa discrétion. Ses actes héroïques, aussi illégaux soient-ils, étaient néanmoins quelque chose que je ne pouvais qu'admirer. Il sauvait réellement des vies. Il agissait de manière noble, blessant seulement les Criminels avant, de laisser les véritables agents de l'ordre prendre la situation en main. Il ne tuait personne. La presse et la télévision, malgré le peu d'informations qu'elles avaient – même pas une véritable image -, faisaient de lui un Héros inconnu de tous, un justicier ne cherchant nullement la gloire ou le prestige, n'apparaissant que pour protéger la population avant de regagner l'ombre. D'autres émissions, plus raisonnables, aller à l'encontre de l'Autre. La police désirait arrêter cet Héros illégal. Sauf qu'il... Faudrait déjà me mettre en prison, pour espérer avoir une chance de contenir la force brute de l'idiot sans nom...

De temps en temps, durant mes courtes heures de sommeil, je me réveillais dans un monde qui semblait être une représentation de mon fort intérieur. C'est les seuls instants où j'étais réellement confronté à un face à face avec le Héros sans nom. Nous étions toujours seuls dans un environnement qui pouvait autant ressembler à la réalité qu'être aussi farfelu qu'un univers issu tout droit d'un songe. Souvent, il prenait la parole le premier pour me critiquer, râler en évoquant le fait que ma vie est aussi ennuyeuse qu'inutile. Je peux concevoir, que la vie d'un adolescent qui va à l'école est moins palpitante que celle d'un justicier qui risque sa vie pour en sauver d'autres. Néanmoins... Avait-il seulement besoin de me rappeler sans cesse ? En ordre général, j'essayais de garder le silence, lui accordant qu'il avait le plus souvent raison, ne contentant de lui répondre lorsqu'il attendait de moi une réponse. Certes, j'aurais dû utiliser nos moments en tête à tête pour essayer de lui parler, de communiquer avec lui, mais... C'est un peu comme vouloir négocier avec un tigre en se trouvant dans sa cage. À la moindre erreur, vous pouvez y laisser un bras...

Mon état de larve ne s'était pas amélioré, sans s'aggraver pour autant. Disons, qu'il était stable. Je perdais trois heures de sommeil par nuit, celle où le justicier œuvrait, mais surtout, nos rencontres dans mon fort intérieur semblaient dévorer davantage de mon énergie. Aucune de mes nuits n'était réellement reposante. Je ne devais réellement dormir que quelques heures, juste assez pour faire bonne figure, insuffisant pour être en bonne santé. Seulement... Le plus alarmant était mon stresse. Il était comme une petite bête cachée en moi qui, me dévorait de l'intérieur, me causant des douleurs aussi atroces que silencieuses. À chaque fois que j'étais dans la peau de l'Autre, j'étais terrorisé de constater que je me perdais, que je n'étais plus que lui dans toute sa brutalité et ses idéaux utopiques. Tout ce que j'étais, mes goûts, mes sentiments, mes rêves.... Tout disparaissait totalement l'espace de quelques heures. Tout était gommé et remplacé.

Une partie de mes amis avait fini par me tourner le dos, conscient que quelque chose était différent chez moi. Je n'étais plus le même Ethan, d'après eux... Douloureux. Ma mère s'inquiétait à un point où j'avais l'impression d'être un monstre pour lui infliger cela... Inacceptable. Mes grands parents avaient également une théorie qui me faisait froid dans le dos : ils avaient avancé que je souffrais peut-être de la folie de la Faille noire, d'un quelconque pouvoir en formation qui mangerait mon énergie pour se développer. Effrayant... Seul mon père, faisait comme si de rien n'était. C'est en étant avec lui, que je retrouvais un semblant de vitalité. Il n'avait pas ce regard inquiet qu'avaient les autres... Lorsqu'on s'inquiétait un peu trop pour moi, au point de l'évoquer de vive voix, je me contentais de dire : « Je vais bien ».

Je vais bien. Non... C'est faux.

Cette double personnalité, cette double apparence et cette double vie, me rendaient fou.

L'année de mes treize ans, de mes quatorze ans et celle de mes quinze ans s'étaient écoulées à peu près de la même façon. Ma santé s'était améliorée au fil du temps, probablement parce que je m'étais fait à mes courtes nuits et à mes micro-siestes régulières sur les bancs de l'école ou, sur ma table de classe. J'avais retrouvé un peu de mon ancienne énergie, bien que j'étais beaucoup plus calme, beaucoup moins rêveur... Il est probable je n'étais déjà tout simplement plus un enfant à cette période. Me faire des amis n'avait jamais été aussi difficile. Dans les grandes classes, on me trouva vite lent d'esprit voir même idiot. Sans avoir la tristesse de devenir une victime, j'attirais les moqueurs et les pseudo-racailles qui, avec moi, s'en donnaient à cœur joie. Je déteste me battre. J'évite toujours le conflit. C'était pour ainsi dire, très facile pour eux de me faire passer un sale quart d'heure. Après tout, je ne cherchais jamais à fuir ou me défendre... Et, c'était mieux que ce soit moi plutôt que quelqu'un d'autre. Mon manque de réaction les agaçait rapidement au point, où ils finissaient toujours par me laisser tranquille. Non, ces personnes ne m'ont jamais fait peur, même pas dans leurs rêves les plus fous. Comment avoir peur de quelques gars de mon âge quant à côté, je faisais face à de véritables monstres ? Qu'importe si ce n'était pas réellement moi qui les combattais, je vivais aussi les batailles de Cross.

Cross. C'est le nom que les médias anglais ont fini par lui donner. J'imagine qu'il préfère lui-même être appelé ainsi plutôt que « l'Autre » ou « Héros sans nom ». Ce nom vient d'une de ses attaques spéciales, à laquelle monsieur a donné un titre. Le « Cross impact », une attaque puissante en croix qu'il effectue à l'aide de ses deux dagues. Il en a d'autres, des attaques à noms, seulement... Le « Cross impact » est la première à avoir été entendue par les journalistes curieux. S'il ne ressentait pas ce besoin insensé de hurler en l'effectuant, aussi... Cross était aux yeux de la société un hors-la-loi. Il était activement recherché, coupable de ce qu'on appelle l'héroïsme illégal, un fléau propre à notre ère. Bien des personnes, n'ayant pas été sélectionnées par la Ligue de Justice pour devenir des Héros, s'amusent à jouer les Héros illégaux... Seulement, ces faux-héros sont souvent à l'origine de bien des problèmes, allant parfois jusqu'à coûter la vie à de véritables Héros ou à des Civils innocents... Non, je n'irais pas jusqu'à classer Cross dans ces voyous-là. D'une façon propre à la façon dont il est apparu, c'est-à-dire d'une manière totalement aléatoire et irrationnelle, Cross a une certaine expérience et un recul glacial sur le monde et les Hommes. En quelques années, il a mené un nombre incroyable de combats ardus et sauvé une multitude de vies... Je l'admirerais presque si, je n'en payais pas moi-même le prix. Cross ne risquait pas seulement sa vie, il jouait aussi par défaut avec la mienne.

Chaque année, je me découvre différent de la précédente. Incapable de saisir si je ne fais que grandir ou si... La personnalité de Cross coule sur moi. Chaque matin, je me lève avec la peur ridicule de découvrir des mèches blanches dans mes cheveux roux. Je vais me noyer. Tôt ou tard, je vais me noyer. Je le sais.

J'avais fini par tolérer temporairement l'existence de ce que j'avais moi-même créé – n'ayant pas spécialement le choix - du moins, jusqu'à trouver une solution pour me débarrasser de lui. À vrai dire, j'avais déjà une piste. Il existait une école dans un autre pays spécialisé dans l'utilisation et la maîtrise des pouvoirs. Cross avait eu bon en venir à la même conclusion que moi : que j'avais perdu mon pouvoir en le façonnant, le seul fait qu'il soit encore là, me mettait le doute. Il est possible que mon pouvoir soit encore présent, quelque part, en moi. Si je venais à apprendre à l'utiliser et à le maîtriser, je pourrais peut-être faire en sorte que l'existence de Cross devienne indépendante à la mienne. Je déteste sincèrement ce justicier. Et vous ne pouvez même pas imaginer à quel point... Néanmoins, je ne pourrais jamais le tuer. Qu'importe si je l'ai souhaité plus d'une fois. Qu'importe si je prétends en être capable. Qu'importe si cet homme me détruit lentement de l'intérieur. Il n'en reste pas moins... Une personne. Un humain. Cependant... Il y a un bémol. Mes parents n'accepteront jamais que je parte à l'étranger. Pour eux, je ne suis qu'un petit garçon à la santé fragile. Vivant dans une famille avec très peu de manifestation de dons, je suis pour mes proches quelqu'un ne possédant aucun pouvoir et ce malgré, que les prédictions des spécialistes en la matière.

Les choses, déjà compliquées à la base, avaient redoublées d'intensité lorsqu'une brigade spéciale fut désignée pour traquer et capturer Cross. Il y avait un Héros à la tête de ce groupe d'élite. Si je craignais plus que tout d'être découvert et devoir assumer des actes qui ne sont pas les miens, je craignais davantage la réaction brutale de Cross si on venait à se dresser devant sa route et ses obsessionnels désirs de justice. Nul doute... Qu'il ne se laisserait pas faire. Durant l'un de ces rêves où nous sommes en face à face, j'avais essayé de l'alerter des dangers qu'une telle brigade pouvait constituer... Seulement, la conversation avait terminé en Cross qui critique ma lâcheté et ma personne et moi, l'écoutant à moitié, assis dans un coin, en priant pour vite me réveiller afin d'aller m'asperger le visage d'eau froide, comme pour m'aider à oublier cet idiot fini et son charabia... C'était impossible de communiquer avec lui. Il n'écoutait que l'écho de sa propre voix.

Loin d'éviter intelligemment la brigade spéciale et le Héros à sa tête, Cross avait employé toutes ses ressources afin de les attirer à lui. Il ne fuyait que lorsqu'il n'était plus en état de se battre. C'était comme s'il ne connaissait la peur que par définition ou plutôt, comme s'il ne pouvait la vivre qu'à travers moi. Après ce qui ressemblait plus à de la ruse qu'un combat, le justicier avait réussi à attirer le Héros loin de son unité, sur le toit d'un immeuble où, ils auraient toute l'occasion de se taper dessus sans risquer que des renforts ne puissent rappliquer. C'est sous le coup violent d'une des dagues de Cross que le Héros perdit son masque. Loin de l'image diabolique que je m'en faisais, cet Héros était en réalité une très belle femme, probablement âgée d'un peu plus que la vingtaine, dont les longs cheveux blonds, bousculés par le vent, avaient quelque peu déboussolés le justicier. Juste assez pour que la jeune femme puisse utiliser son pouvoir sur lui. Elle avait le don de figer le corps de ses adversaires, pour le peu que son regard puisse les fixer assez longtemps pour que son pouvoir opère. Et en parfait idiot, Cross s'était immobilisé alors que jusqu'ici, sa vitesse l'avait immunisé au don du Héros.

- « C'est terminé, Cross ! » Lança-t-elle, victorieuse. - « Avant de te remettre à la police... J'ai quelques questions à te poser... » Commença-t-elle en libérant le visage du justicier de l'emprise de son pouvoir.

- « Pfff ! Et... Si je n'ai aucune envie de te parler ? » Lança Cross en affichant son air le plus moqueur. - « Jeune fille. » Ajouta-t-il, juste pour la forme.

Il venait de toucher un point sensible... Du moins, à en juger par la réaction colérique de la jeune fille en question. Elle avait tenté de lui faire du mal, resserrant la pression de son pouvoir autour de l'un des bras de Cross. La douleur était bien là. Elle était piquante et dérangeante, mais pas assez prononcée pour calmer les ardeurs du justicier. Elle l'ignorait, mais il avait tellement connu pire... Sa résistance à la douleur était quelque chose de déroutant.

- « Je te le demanderais qu'une fois ! Qui es-tu à la fin ? Pour qui agis-tu ? Qui te finance ?! » Lança-t-elle en rafale.

Je ne peux pas lire les pensées de Cross. Je n'entends que ce qu'il dit à voix haute. Pourtant, j'étais certains que l'allusion au fait qu'il était probablement payé pour sauver des vies, le fit sortir un peu de sa ligne de bonne conduite... Qui au passage, était déjà limite.

- « En toute sincérité, je ne suis personne. » Commença-t-il. Je m'attendais à une suite violente, ponctué par l'ironie et le sarcasme habituel de Cross, je m'étais préparé à tout, sauf à ça... - « Cependant... Toi, tu es magnifique. » Murmura-t-il tout en plongeant son regard acier, devenu un instant tendre, dans celui bleu de la jeune femme.

Hein... Quoi ?

L'emprise du pouvoir du vrai Héros avait subitement prit fin. La jeune femme était rouge jusqu'aux oreilles. Il n'en fallait pas plus à Cross pour être libre et, en une fraction de seconde, il s'était enfuit en sautant du haut de l'immeuble avec un certain amusement. Je sentais le sourire idiot sur son visage. Il était fier de lui et, pas qu'un peu. Tel un chat retombant toujours sur ses pattes, il avait atterrit au sol, une dizaine de mètres plus bas, sur ses deux jambes, sans la moindre égratignure bien, qu'on ne pouvait pas en dire autant du trottoir qui avait souffert sous l'impact de l'atterrissage. Le justicier avait adressé un petit signe de la main au Héros, coincé en haut de l'immeuble, avant de filer aussitôt.

Au début, je ne comprenais pas l'étrange relation entre Cross et Heather. Oui, Heather est le prénom de l’Héroïne traquant ce parasite de justicier. Comment je connais ce petit détail ? Disons que Cross sait parfois utiliser sa matière grise quand il désire savoir quelque chose... Et qu'il n'a aucune gêne à piétiner la vie privée des autres ! Cross a toujours retenu ses coups avec Heather, allant même jusqu'à choisir de battre en retraite dans des situations totalement à son avantage. De son côté, l’Héroïne semblait plus chercher la discussion avec le justicier plutôt qu'aider à son arrestation. Ils semblaient se montrer indirectement gentil l'un envers l'autre... Tout fit tristement plus clair pour moi la nuit d'une tragédie.

Un Criminel, d'une puissance jusqu'ici inédite en Angleterre, avait été débusqué par Heather et son équipe. Dans sa lutte pour la liberté, le Criminel avait causé des dégâts aussi colossaux qu'insensés... Des centaines de victimes... Une bonne partie d'un quartier totalement ravagé... Tout ça, dans l'unique but d'échapper à la prison. C'est totalement... insensé... ? Jamais Cross n'avait fait face à un désastre d'une telle ampleur. Celui qui s'était toujours montré aussi froid que l'acier, mais incapable de commettre l'irréparable, tua son premier homme cette nuit-là. Seulement, vaincre le Criminel n'avait pas le moins du monde mis fin à la crise... Noyé dans la peine qu'il éprouvait pour les victimes, Cross avait négligé son statut de hors-la-loi recherché pour aider les équipes de secours. La plupart du temps, le justicier s'aventurait dans des décombres dangereuses et des bâtiments à deux doigts de s'effondrer pour y sortir des cadavres, rapportant aux familles les corps de leurs proches perdus à jamais. C'était tout ce qu'il pouvait faire désormais... C'est après avoir déposé une petite fille sans vie dans les bras de sa mère en pleurs, que Heather comprit qu'il était à deux doigts de rompre. Lorsqu'elle posa sa main sur l'épaule de Cross, celui-ci eut un léger sursaut, lançant un regard déboussolé à la femme. Ce qui m'était si familier, était toujours si bouleversant pour lui... Nous étions si différents, voir même opposés. Et pourtant, cette nuit-là, nos émotions hurlèrent la même détresse.

Le lendemain, sans qu'ils n'aient eu besoin de se fixer un rendez-vous, Heather et Cross s'étaient retrouvés. J'avais l'impression d'avoir manqué un épisode... Ou une saison. Elle l'avait invité chez elle et, c'est devant deux tasses d'un thé fumant qu'ils se mirent enfin à discuter. S'il m'était interdit de parler à qui que ce soit de Cross – au risque de graves représailles -, l'inverse ne semblait pas gêner le justicier... Ainsi, il lui expliqua comment il était apparu. J'avais senti la gorge de Cross se serrer lorsqu'elle lui posa certaines questions sur ses objectifs. Cross agissait seulement comme un Héros parce qu'il a été conçu pour en être un. Seulement, parce qu'il est une erreur – mon erreur – il est imparfait, incomplet. Bloqué. Cet homme n'a ni rêve, ni but. Il se contente de se battre parce que c'est la seule chose qu'il sait faire. Il ne se voit ni comme un humain, ni même comme une personne, seulement comme un pseudo-martyr.

Pour la première fois, Cross parlait de lui, de ce qu'il ressentait. J'avais enfin réalisé ce qu'il avait voulu dire autrefois par « À te voir, on pourrait presque penser que tu es à plaindre. »... Si on vient à comparer ma situation à la sienne, avec un peu de recul... Je n'étais peut-être pas le plus à plaindre, en fin de compte...

N'appréciant probablement pas le discours sombre du justicier, Heather avait posée une main douce sur la sienne, dure comme la pierre. Elle semblait à la fois chagrinée et intriguée par les paroles de Cross... Pouvait-elle seulement le comprendre ? Même moi, je n'y arrivais pas...

- « Je pense... Qu'on a tous un petit bout de paradis, quelque part dans ce bas monde. Qu'il suffit d'un peu de volonté et de beaucoup de courage pour le trouver. Tu en as un toi aussi, Cross. Quelque part... » Souffla-t-elle avec un petit sourire rassurant.

La réaction négative de Cross avait été stoppé dans son élan par le pouvoir de l'Héroïne. Profitant de la paralysé temporaire du justicier, elle s'était tranquillement levé, s'approchant pour ensuite déposer un chaste baiser sur ses lèvres.

Sans tourner complètement le dos à leurs rôles, Cross et Heather se voyaient en secret. J'ignore par quel miracle, l'Héroïne avait réussi à rendre le justicier un poil moins détestable. Elle s'était amusée à lui trouver des vêtements de type casual afin, de le sortir en ville. Même s'il peut suivre le cours de ma vie, Cross restait un ignorant quant à ce que font les humains pour se divertir. En seulement trois petites heures, le duo avait fait les magasins – et Cross s'était plaint à chaque nouvel article acheté par la demoiselle -, s'était arrêté dans un bar, avait mangé dans un restaurant – notons que le justicier ne sait pas se tenir à table... - avant de se quitter après avoir échangé des « bon, j'y vais » pendant vingt interminables minutes. Et après, il ose dire que ma vie est stupide... Le lendemain, ils étaient restés chez Heather, passant une soirée au calme. Ils s'étaient rapprochés l'un de l'autre d'une façon assez originale, mais néanmoins, ce serait mentir de dire qu'ils n'étaient pas sincères l'un envers l'autre...

Pendant que Cross jouait le lover, ma vie quant à elle, poursuivait plus tranquillement son cours. Sa relation avec l’Héroïne l'avait quelque peu poussé à mener une vie moins palpitante certes, mais également moins dangereuse. Et, j'en étais terriblement soulagé... Car n'oublions pas, qu'il risque ma vie en même temps que la sienne durant ses affrontements. Moralement comme physiquement, je me portais mieux au point, de même me surprendre à tolérer davantage l'existence de Cross. J'avais même délaissé mes projets d'aller étudier à l'étranger dans le but de dompter mon pouvoir... J'en étais... J'acceptais presque de donner un peu de ma vie au pseudo-Héros.

Ces beaux jours durent du printemps, passant par l'été, jusqu'à ce qu'arrive l'automne.

[ Suite dans le second post... ]
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Fiche joueur : MDR oui je vais la faire.
Commentaire : Bonjour, voici chaton.

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Mar 20 Fév - 16:33
Histoire
Puis, il eut cet automne...
Les souvenirs qu'il m'en reste... Sont flous, fractionnés, incomplets.
Dès que j'ose, ne serait-ce, qu'y songer, ma gorge me...

C'était un grand parc, comme on en trouve un peu partout en Angleterre. Dans mes souvenirs, c'était une forêt. Vaste et sans fin. Je me souviens des couleurs qu'avaient les feuilles mortes, tapissant l'endroit... Le jaune, l'orange, le brun et l'écarlate. Je courrais. Le sang ne cessait pas de fuir. Il était chaud, bouillant. Tous les arbres se ressemblaient, grimpant haut dans le ciel et essayant, mais en vain, de dissimuler la lune et le ciel étoilé de leurs branches dégarnies. Je courrais à en perdre haleine. Mes bras me faisaient atrocement mal, tant ma charge était lourde. L'odeur acre du sang était tout bonnement insupportable. J'ai hurlé, appelé à l'aide. Seuls mon souffle saccadé et le bruit de mes pas saccageant le tapis forestier me parvenaient en retour. Mes vêtements étaient trempés de ce liquide trop précieux. Pourquoi ne cessait-il pas de couler ?! Je courrais, cherchant une issue à cette mer d'arbres. Je n'en voyais tout simplement pas le bout ! J'ai hurlé, encore et encore. Pourquoi personne ne pouvait m'entendre ?! Mon cœur cognait fort dans ma poitrine. Je vous le jure... J'ai couru aussi vite que je le pouvais !! À bout de force, je m'étais laissé tomber à genoux. La vision troublée par les larmes, je ne voyais plus que les contours flous de son visage. Il m'avait presque semblé l'entendre murmurer quelque chose... Non. Elle était blanche, blanche comme un linge, blanche comme un cadavre, blanche comme la mort... Mon imagination essayait peut-être de me rassurer, de me réconforter, telle une mère bienveillante. J'ai osé y croire quelques instants avant, de lever mon regard aveuglé par le chagrin vers le ciel et, de hurler mon désespoir comme l'aurait fait une bête.

C'est parce que le temps de Cross s'est écoulé que Heather est morte dans mes bras.
Ma faiblesse, mon impuissance... Ont effacées à jamais sa gentillesse et sa douceur.
J'ai dépossédé Cross de sa seule lumière, de sa seule source de chaleur...
Plus que jamais, je souhaitais disparaître.

C'est bien plus tard, lorsque le jour fut levé, qu'on me trouva moi et, Heather... J'avais rapidement été transféré à l’hôpital, n'ayant même pas été en état d'avoir la moindre réaction au moment où me soulagea de ma funeste charge. Vide. J'étais vidé de toute émotion, vidé d'une part de moi-même. J'avais refusé de répondre aux questions, si ce n'est quelques hochements de tête à l'adresse de mes parents morts d'inquiétude. J'avais refusé de dormir. Jusqu'à ne plus avoir le choix...

De nouveau, je m'étais retrouvé dans ce rêve... Non. Dans mon monde intérieur. Dans cet univers étrange et changeant tout droit issu de mon imagination débordante, où il n'y avait que moi et... Ma création. Cross m'attendait. Il m'attendait probablement depuis l'instant même où il fut contraint d'accepter que Heather était partie... Pas un mot, juste une lame. Et cette dernière s'était enfoncée jusqu'à sa garde dans la partie la plus à droite de mon ventre. La douleur m'avait alors semblé aussi authentique qu'insupportable. Je m'étais figé. Mes mots s'étaient étouffés dans ma gorge. Je cherchais à voir le visage de Cross, à comprendre... Ce n'était que le commencement. Sa dague avait brusquement virée à gauche, tranchant tout ce qui se présentait à sa lame. Le guerrier avait reculé d'un pas, me laissant tomber au sol tendit que tout s'échappait de mon ventre. Quelques gémissements étouffés, l'attente pressante de la mort, puis... C'est en hurlant que je m'étais redressé sur mon lit d’hôpital, le corps en sueur et le ventre encore douloureux.

Il peut... Il peut me tuer... Non... Il peut me torturer...

Il est impossible pour un humain ordinaire de ne pas dormir. J'avais bon lutter, j'avais bon tenir, je finissais toujours dans les bras de Morphée à la première seconde d'inattention. Et à chaque fois, Cross m'attendait dans ce même décor mourant. Il avait rapidement compris le fonctionnement de cette anomalie, cherchant à chaque fois à m'infliger la douleur la plus dense possible sans pour autant me tuer. Puisqu'à ma mort, je quittais mon monde intérieur et, je me réveillais dans la réalité... C'était impossible de lui parler. Il ne m'en laissait pas le temps. Je ressentais la douleur de ses armes avant même d'ouvrir les yeux dans cet autre monde. Cross sombrait dans la violence et la folie. Il me regardait souvent avec désintérêt me tordre au sol, ignorant mes supplications. Je lui demandais à chaque fois de m'achever... Jamais il ne m'accorda cette faveur. Les morts ne peuvent pas revenir à la vie. Qu'importe s'il pleure, qu'importe s'il hurle, qu'importe s'il me tue, rien ne saurait ramener celle qu'il a tant aimé. Les seules échappatoires qu'il avait trouvés pour fuir sa peine, était la vengeance et l'auto-destruction. Si je venais à mourir, Cross disparaîtra probablement avec moi... Cependant, il désirait que je m'ôte moi-même la vie. Ainsi, je lui donnais raison... Bien, qu'il avait raison. J'étais bel et bien responsable de la mort de Heather.

Cross ne peut pas pleurer. Il pourrait crier de tout son être, que personne ne l'entendrait. Il n'avait même pas un Dieu envers qui adresser une quelconque prière. Tout ce qu'il avait, c'était moi, sa peine et sa colère. J'aurais probablement dû le haïr ou, au moins chercher à me défendre contre lui. Mais tout, absolument tout, était de ma faute. Je ne pouvais que le comprendre. Je n'étais pas plus à plaindre que lui. Nous étions tous les deux dévastés. A chaque fois que ses dagues tranchaient ma chair, à chaque fois qu'une de ses flèches dévastait l'un de mes organes vitaux, à chaque fois que son regard d'acier restait indifférent face à mon agonie... A chaque fois, Cross essayait de partager sa douleur dans l'espoir qu'elle puisse s'alléger.

J'ai goûté à cet enfer durant des jours avant, que Cross ne s'en lasse. Il est probable que mon manque de réaction et de combativité l'aient poussé à réaliser qu'importe l'horreur qu'il me faisait subir, je ne comptais pas abandonner la vie pour autant.

- « Si tu n'en peux plus, tu es au cinquième étage. » Souligna-t-il après avoir comme retrouvé l'usage de la parole.

Nous étions dans mon monde intérieur, un endroit que Cross ne semblait plus vouloir quitter depuis la mort de Heather. C'était comme si... Il rejetait la réalité. Non, c'est ce qu'il faisait.

- « Ça fait... Un moment que tu n'es pas apparu. » Murmurais-je, à genoux, une main tremblante posée désespéramment contre la jambe sur laquelle Cross et ses flèches s'étaient acharnés juste avant.

- « Pourquoi ne pas accepter de mourir ? » Demanda-t-il, attrapant deux flèches entre ses doigts.

- « C'est ma vie. Tu n'as aucun droit dessus. » Répondis-je en le défiant du regard.

J'ignorais alors l'impact violent qu'auraient mes mots...

Cross avait aussitôt lâché son arc et ses flèches. Il avait agit si rapidement, que je n'avais pu qu’entre-apercevoir le tranchant brillant de ses dagues, pas même son début de mouvement. Jamais, je n'avais subit une douleur pareille. C'était plus qu'une mort dans mon monde intérieur, ça m'avait poursuivit jusque dans la réalité. J'étais tombé brutalement de mon lit, me tordant de douleur sur le carrelage gelé de ma chambre d’hôpital. Mes mains cherchaient désespéramment à retirer quelque chose qui n'existait pas à mon cou, mes doigts serrant ma propre gorge jusqu'à la marquer de rouge, mes ongles grattant et griffant la peau jusqu'au sang. Je n'arrivais plus à respirer. Je luttais dans l'espoir de retrouver un semblant d'oxygène. Mes parents étaient présents, insistant impuissants face à ce qui ressemblait à une violente crise. Mon père luttait pour me maintenir les bras, un aide-soignant me tenait fermement les jambes, tandis que ma mère essayait, en vain, de me rassurer à l'aide de mots tendres et désespérés. J'avais fini par perdre connaissance...

Je n'ai réalisé que plus tard, que dans son élan de rage, Cross m'avait... décapité...

Je n'avais plus mon mot à dire désormais. J'avais fait que trop souffrir mes proches. Je ne pouvais désormais que suivre les directives des médecins et les décision de mes parents dans l'espoir, de pouvoir ensuite leur demander pardon. Dans un premier temps, on m'avait laissé me remettre de ma « crise », me donnant suffisamment de médicaments pour que je puisse dormir tranquillement, sans le moindre monde intérieur ou justicier... La série de tests qui suivit fut terriblement longue et angoissante. Les médecins comme mes parents soupçonnaient que mon triste état soit dû à l'apparition tardive d'un pouvoir. Néanmoins, les tests ne révélèrent rien, si ce n'est une activité surnaturelle dans mes mains. Rien n'avait évolué aux yeux du peu que la médecine et la science maîtrisaient. Les semaines qui suivirent, fut ponctuées par des rendez-vous chez des spécialistes de toutes sortes. Rapidement, ils en étaient venus à comprendre que mes pouvoirs n’apparaissent que sous certaines conditions, sans réussir à les reproduire malgré leur persévérance. En effet, il fallait que Cross lui-même décide d’apparaître pour mon pouvoir se manifeste. A aucun moment, je n'ai évoqué l'existence du justicier, à aucun moment, je n'ai cherché à le trahir... Un mélange  de peur et de remords me nouaient la gorge à chaque fois que l'idée me traversait l'esprit.

J'avais temporairement arrêté d'aller à l'école et, c'était plus la décision de mes parents que la mienne. Mes parents, notamment ma mère, étaient devenus surprotecteurs. En même temps... Je peux comprendre qu'ils avaient peur de me retrouver encore perdu au milieu de la nuit, peur que je fasse subitement une crise, peur de me perdre un peu plus... Je m'en voulais tellement de leur faire subir ça. J'avais eu bon lâcher sincèrement « je vais bien » quelques mois plus tard, ils n'y avaient plus personne pour essayer de me croire.

Cross avait totalement disparut. Depuis la « crise », il n'était apparut ni dans notre monde intérieur, ni dans la réalité...

J'avais soufflé ma seizième bougie d'anniversaire sans qu'un autre accident ne vienne s'en prendre à la tranquillité que la famille Owen avait, tant bien que mal, réussi à retrouver. Cross était parti en emportant avec lui une grande partie de mes problèmes. J'avais réintégré l'école depuis un moment déjà et, ma vie ressemblait à celle qu'elle était avant que mon pouvoir ne se manifeste malgré moi. Tout est bien qui finit bien... ? C'est-ce pas ?

Non. Il ne se passait pas une nuit sans que je me retrouve à me questionner de manière incessante. Chaque soir, en me couchant, je ne pouvais pas fermer l’œil avant plusieurs heures, sombrant dans de cruelles réflexions. Cross s'était-il suicidé ? Était-ce seulement possible ? Étais-je responsable de la mort de ma propre création ? La mort de Heather était réellement la raison de tout ça ? Avait-il disparut parce qu'il ne supportait plus sa vie, en partie à cause de moi ? Était-il possible qu'il ait regretté ce qu'il m'avait fait, au point de s'ôter la vie ? Qu'en était-il de mon pouvoir ? Risquais-je de l'utiliser à nouveau sans en avoir conscience ? Devais-je l'utiliser... Pour faire revenir Cross ? Pourquoi... Cela me travaillait autant... ? Ne devrais-je pas être une ordure et, être satisfait que le justicier ne soit plus là... ?

C'est lors d'une séance royale de glandage devant la télévision, un après-midi où je n'avais pas cours, que je découvris pour la toute première fois dans un reportage l'académie d'Edoshima. Cette fameuse institution est une école prestigieuse située au Japon. Elle se spécialise dans la maîtrise et la perfection des pouvoirs, poussant jusqu'à prétendre pouvoir façonner des Héros. Sur le coup, j'ai trouvé le concept... Un peu trop en avance sur son temps. Néanmoins... Je ne pouvais pas m'empêcher de penser que si un tel établissement avait existé en Angleterre, j'aurais peut-être eu une chance de trouver une solution à l'utilisation malheureuse de mon don...

Je devais en avoir le cœur net. J'avais repris un carnet à croquis et quelques crayons et, même si mon talent en dessin était équivalent à celui d'un enfant de six ans, je m'étais persuadé que tout ce qui comptait, c'était la force de mon imagination. Ce carnet était seulement un outil pour mettre à plat mes... rêves ? Curieusement, je trouvais l'utilisation de « rêves » maladroit, compte tenu de ce qui s'était passé avec Cross... Cette fois encore, j'avais autant utilisé des croquis que des textes pour illustrer mon idée. Aucun justicier, aucun personnage. Il s'agissait seulement d'une sorte de compétence, une attaque que je m'imaginais capable de réaliser à l'aide d'un arc et d'un carquois qui ne contiendrait plus qu'une seule et unique flèche : Shooting Star !

J'avais eu beaucoup de mal à convaincre mes parents que je souhaitais pratiquer un sport... Qui plus est, du tir à l'arc... Certes, c'était envisageable, il y avait un club pas très loin de chez moi. Difficile de réellement trouver une excuse, je pratiquais assez d'activités sportives pour ne pas manquer d'être physiquement en forme... Je voulais juste avoir un prétexte pour avoir le droit de posséder un arc et des flèches... J'avais besoin de vérifier s'il était réellement possible que je puisse obtenir la compétence que j'avais inventé. C'est parce que j'étais un « bon garçon » que finalement, mon père avait accepté de n'emmener au club de tir à l'arc afin que je puisse, selon lui, voir si ça me plaisait vraiment. Au bout d'une petite heure, le gérant du club m'avait laissé tenir un arc, tout en me guidant oralement pour que je puisse tirer « ma première flèche ». Sauf... Qu'il n'avait réellement rien à m'apprendre. Avant même qu'il ne puisse m'expliquer comment tenir la flèche entre mes doigts, cette dernière s'était jetée vers la cible. Si elle ne toucha pas le plus petit des cercles de la cible, elle s'y planta malgré tout. J'avais réalisé mon erreur un peu tard... Me retrouvant à m'excuser sans trouver un quelconque mensonge pour expliquer mon inattendue performance. Finalement, le malaise avait continué avec des rires gras et des « petit prodige » à tout va... Ah... C'était pratique qu'ils aient eux-même trouvés une excuse... Étant donné que je me sentais comme le dernier des abrutis...

Combien de flèches avais-je autrefois tiré avec Cross ? Plusieurs centaines, probablement... Même si en effet, ça avait été ma toute première flèche, j'en avais connu beaucoup d'autres avant celle-ci... Le corps n'était pas la même, la force et la précision non plus, mais la maitrise de cet art s'était comme transmise. D'une certaine façon et, probablement sans l'espérer le moins du monde, Cross m'avait appris à tirer à l'arc.

J'étais déterminé. Il fallait à tout prix que je réussisse à utiliser le Shooting Star !

Rapidement, j'avais sympathisé avec tous les membres du club, prenant de plus en plus de plaisir à m'y rendre. Tout le monde était si gentil... J'en avais presque oublié pourquoi je m'étais mis au tir à l'arc, à la base... Si mes techniques et ma maîtrise à l'arc s'étaient grandement améliorées grâce au club, je n'arrivais tout bonnement pas à réaliser le Shooting Star. Régulièrement le matin, je m'isolais en prétextant vouloir m'entraîner en solitaire. Et, ce n'était en rien un mensonge. J'essayais de produire le miracle du Shooting Star. Le plus long, restait de vider mes réserves de flèches, de toutes les tirées, qu'elles atteignent ou non leur cible. C'est seulement à la dernière flèche restante dans mon carquois que l'essai du Shooting Star était possible. Finalement... Je devenais certes, un meilleur archer, mais mon pouvoir ne se manifestait pas le moins du monde. Enfin, « meilleur archer »... En réalité, il suffisait qu'il y ait un peu de monde autour de moi pour que le stresse me fasse perdre tous mes moyens. J'étais bon que lorsque j'étais seul ou, avec moins de trois personnes et, encore, ça dépendait avec quelles personnes... Dans le club, j'étais tout juste considéré comme dans la moyenne, bien que le gérant du club en attendait beaucoup de moi.

Ce n'est qu'après deux mois, qu'un matin, alors que j'étais mentalement encore dans mon lit, que ma dernière flèche, tirait vers le ciel, avait subitement disparut. J'ai d'abord cru à un tour de mon imagination saupoudré d'espoir. Seulement... Après quelques minutes à m'interroger, la bouche grande ouverte, j'avais compris - certes, un peu tardivement - que la première étape du Shooting Star venait de s'enclencher. Je m'étais fait violence pour me réveiller totalement, lâchant mon arc avant de lever la main vers le ciel encore sombre et, avec une maladroite précipitation, indiquer la trajectoire à suivre à ma flèche fantôme. Seulement... La flèche n'était jamais réapparue comme elle était supposée le faire dans un monde aussi illogique que le nôtre...

Néanmoins, ce n'était pas un échec. J'avais réussi. J'avais forcé le miracle. J'avais utilisé mon pouvoir. Il n'avait pas disparu... Il était toujours là. Ce qui signifiait que Cross, devait toujours exister, quelque part...

J'avais, en quelque sorte, des comptes à régler avec le justicier né de ma maladresse et de l'absurdité que la faille noire à imposer à notre monde... Je me devais de lui parler. Mon pouvoir était toujours-là... S'il existait une possibilité, même désespéré, de le sauver... Ah, oui. Je suis un parfait idiot. Cet homme a toujours souhaité ma mort, tantôt pour pouvoir exister, tantôt pour pouvoir disparaître... Et pourtant, je n'arrive plus à me placer en victime. Cross... Son existence est tellement dénuée de sens, tellement dénuée d'espoir, qu'il préfère disparaître plutôt que de la poursuivre telle qu'elle est. Au début, il espérait seulement pouvoir prendre ma place avant... De vivre quelque chose de similaire à un rêve. Pour la toute première fois de son existence, on l'a considéré comme une personne à part entière, comme quelqu'un d'important. Il fut couvert de douceur et d'attention, avant que l'illusion ne vole en éclats... Avant qu'il ne réalise, que le temps qu'on lui accordait ne permettait ni de bâtir une vie, ni de sauver celle qui comptait le plus à ses yeux... Alors, Cross a souhaité mourir. J'imagine que seule ma propre mort pourrait réellement provoquer sa fin. Nous sommes deux personnes différentes possédant la même et unique existence. Il est possible... Qu'à chaque fois que Cross m’attaquait dans notre monde intérieur... Il essayait de se suicider. Un peu comme s'il espérait que chaque coup portait le ferait lui-même souffrir au point où il se sentirait mourir... C'est idiot et prétentieux, surtout venant d'un faible tel que moi... Mais, je veux sauver Cross.

Il m'avait fallu plusieurs matins d'essais en présence de mes parents pour réussir à reproduire le phénomène de la flèche qui disparaît mystérieusement dans le ciel. S'en était ensuite suivi une longue, très longue, discussion. J'avais enfin avoué à ma famille avoir pleinement conscience de posséder un pouvoir depuis plusieurs années déjà. Que les problèmes que j'avais posés étaient tous liés, d'une façon ou d'une autre, à ce pouvoir. C'est en retenant mes larmes que je leur avais demandé pardon. Pardon de leur avoir tant menti, de leur avoir caché quelque chose d'aussi important, d'avoir autant provoqué de souffrances dans le cœur de ceux qui comptent le plus pour moi... Je n'ai à aucun moment mentionné l'existence de Cross. Étant donné que les Héros à l'arc sont très communs et, que Cross s'est toujours montré discret, mes parents n'ont à aucun moment fait le rapprochement entre moi et le justicier au long manteau rouge. La discussion nous avait rapidement amenée à songer à un début de solution afin, que mon pouvoir ne puisse plus nous nuire. Mon père avait lui-même abordé le sujet de l'académie japonaise cependant, ma mère avait rapidement enterré le sujet en mentionnant le fait que ce genre d'institution n'existait pas en Angleterre et, qu'il était inconcevable d'envoyer un enfant de seize ans à l'autre bout du monde. Mes parents avaient longtemps échangés, débattant un peu des autres alternatives possibles, cherchant une façon de museauler ou de supprimer mon pouvoir. Des alternatives toutes plus inquiétantes les unes que les autres. Les deux adultes parlaient comme si je n'étais pas présent, comme si j'étais incapable d'avoir déjà réfléchit à tout ça... Oui, je ne suis qu'un gamin éternellement paumé et pas spécialement malin... Cependant...

- « Mon don n'est pas un parasite qu'il faut absolument extraire et tué... C'est quelque chose que je n'ai jamais souhaité et, je sais que j'ai absolument fait n'importe quoi avec... Beaucoup de gens ont souffert à cause de moi... Depuis le parc et l'hôpital... J'ai comme l'impression d'avoir perdu une part de moi. Plus les jours passent, plus j'ai peur d'en devenir fou... Ça m'obsède. Je voulais rejoindre le club de tir à l'arc parce qu'il me fallait à tout prix réussir à utiliser mon pouvoir... Papa, maman, je ne vous demande pas de m'envoyer au Japon, je sais ce que ça représente... Je vous demande juste de prendre en considération... Que je veux y aller. »

Un silence inquiétant avait suivi mon petit discours. J'imagine que c'était la toute première fois, que j'exprimais ce que je voulais à voix haute. Un garçon sage, sans problème et surtout sans aucune folle ambition. Se contentant de ses acquis, ne demandant rien, ne se comparant pas aux autres et, n'ayant aucun rêve totalement dingue, comme il est coutume d'en avoir à notre époque. J'imagine... Que tout le monde m'a toujours vu ainsi. Sauf qu'en réalité, je n'ai jamais été ce garçon-là... J'ai rêvé d'avoir des pouvoirs aussi incroyables que ceux que possèdent les Héros. Je voulais en devenir un. J'ai été jaloux des pouvoirs de mes amis, au point de tout faire pour regagner l'attention. J'ai envié les pouvoirs et les attitudes de Cross au point, de le détester injustement... J'ai toujours été jaloux de tout et, de tout le monde. Puisque tout le monde est forcément mieux que le gentil Ethan Owen. Je ne suis gentil... Que parce que cela a toujours été ma seule chance d'être un minimum intéressant pour les autres. Je suis serviable que parce que les gens ne remarquent que les personnes incroyables ou, celles en arrière-plan, qui leur sont tout juste utiles. Cependant... Ces rêves et, tous les sentiments négatifs qui les accompagnent, ne sont plus les miens. Tout ce que je souhaite désormais, c'est me sentir à nouveau entier. Je dois à tout prix réparer mes torts et, pour y parvenir, je dois apprendre à comprendre et à maîtriser mon pouvoir... Sans ça, je sais que je vais sombrer davantage puis, me noyer dans la folie qui s'est déjà installée dans ma tête. Cette académie au Japon, c'est tout ce que j'ai trouvé comme prise pour m'accrocher.

Les négociations avec mes parents, les médecins et les spécialises sur les pouvoirs s'étaient déroulées sans que je ne puisse intervenir à nouveau. J'attendais sagement qu'on me donne le verdict et, les jours s'étaient faits longs... Mais pas autant que les semaines qui les avaient encadrées. Lorsque ma mère m'annonça elle-même, d'une manière détournée qui révélait toute l'ampleur de sa peur, qu'elle avait finie par céder à l'idée que je puisse rejoindre l'académie d'Edoshima au Japon, il m'avait fallu plusieurs minutes pour réellement me rendre compte que, mes parents avaient accepté de me faire confiance et surtout, m'avait finalement répondu « oui ». J'ignore si c'était mes mots, les médecins, les spécialistes ou... Que sais-je, mais on venait de m'annoncer qu'il était envisageable que je puisse rejoindre l'école spécialisée dans l'éducation des pouvoirs... Si cette dernière acceptait mon dossier. Ce sont les spécialistes, à l'aide de démonstration et d'analyses de mon Shooting Star, qui ont convaincu les japonais de me recevoir pour passer les examens d'entrée à l'académie d'Edoshima.

Mes parents ne venaient pas avec moi. Un proche ainsi que des professionnels de l'académie avaient pour mission de me récupérer à l'aéroport dès que mon avion se serait posé. C'est les larmes aux yeux, que mes parents m'avaient laissé à l'embarquement. Le voyage fut long et, j'étais partagé contre l'impatience d'arriver et, l'angoisse de ce qui m'attendait là-bas... Je m'étais documenté sur le Japon avec mes parents, sans pouvoir prétendre maitriser la culture et les coutumes nippones pour autant. Il y avait bien trop à retenir ! Rien que les formules de politesses méritaient à elles seules un dictionnaire ! J'avais tellement peur d'être irrespectueux ou, carrément insolant... Pire encore, et si cela contribuait à ce que j'échoue aux examens ? Retour en Angleterre... Non, ce ne serait pas juste un retour au pays. Ce serait bien plus terrible que ça...

Après un vol interminable, c'est au petit matin, heure locale, que je découvris pour la toute première fois le ciel japonais au travers d'un hublot. Lorsque le personnel de l'avion nous avait annoncé qu'on allait atterrir sur une autre piste d'atterrissage, pour cause de dégâts matériels sur celle normalement prévue, je ne m'étais pas réellement posé de question. Rien ne me semblait alors suspect... Jusqu'à ce que des types lourdement armés, en combinaison dignes de celles qu'on aperçoit dans les films de guerre modernes, fassent immersion dans l'avion fraîchement posé. Tout en s'avançant au pas de course dans l'avion, ils répétaient en boucle avec violence de rester assis et de ne pas bouger. Dans un premier temps, la stupeur m'avait pétrifié sur mon siège. J'avais d'abord cru à du terrorisme avant, de songer à quelque chose d'encore plus effrayant... Lorsque plusieurs armes à feu furent braquées sur moi, je n'avais pas su comment réagir... J'étais tétanisé. On m'avait hurlé dessus plusieurs fois pour que je lève les mains et, à peine avais-je réussi à obéir, qu'on m'arrachera presque un bras pour y enfoncer une seringue. S'ils ne m'avaient pas fait perdre connaissance à l'aide d'un produit, le résultat aurait été le même. J'étais tout bonnement incapable de surmonter une telle peur.

La seule fois où j'ai réussi à ouvrir les yeux et à aligner quelques pensées cohérentes assez longtemps, j'ai pu déterminer que j'étais couché et attaché. On s'acharnait à tripoter et torturer l'un de mes bras et, avant qu'on me replonge dans l'inconscience, j'ai compris que j'étais dans un véhicule sur la route... Entouré de sortes de médecins.

J'avais repris connaissance dans ce monde semblable à celui qu'on trouve dans les rêves, dans cet autre monde qui ne semble existait que dans ma tête. Cela faisait si longtemps que je n'avais pas pénétré mon monde intérieur, que j'en fus aussi dérouté que la toute première fois. À vrai dire, je ne pensais pas y revenir un jour... J'avais écarquillé les yeux et presque sourit en apercevant la silhouette au manteau rouge à quelques mètres de moi. Cross me faisait dos, assis sur un rocher à raz au sol, la tête basse.

Avait-il de lui-même rétablit le contact à cause de la situation terrible dans laquelle je me trouvais ? J'aurais dû paniquer, trembler de tout mon corps, être à deux doigts de pleurer et... Pourtant. J'étais en quelque sorte détaché de la réalité. J'avais comme mis au second plan le fait que je venais d'être brutalement enlevé dans la réalité. Sans ressentir la moindre peur, je m'étais avancé vers le justicier. Sagement, je m'étais assis dans son dos, écrasant un peu la cape terminant son long manteau rouge. J'avais volontairement collé mon dos contre le sien, établissant un premier contact. Le dos de Cross s'était raidit, il n'appréciait pas.

- « Je n'ai jamais cherché à te comprendre... Je ne sais jamais à quoi tu penses, même en vivant à travers toi, je n'ai jamais été capable de deviner à quoi tu pouvais songer lorsque ton regard se perd au hasard... » Commençais-je d'une voix neutre.

- « Et... En quoi ça t'avancerais de le savoir ? » Demanda-t-il d'une voix méfiante, mais pas agressive.

- « Nous avons établi que nous serions ennemis avant même de réfléchir au pourquoi nous devrions l'être... »

- « Deux âmes, une seule vie. » Rappela sèchement Cross avec un brin de reproche.

- « Je suis au courant... Seulement, c'est justement le problème. Nous sommes tous les deux attachés à cette même vie... Et tout ce que nous avons fait jusqu'ici, c'est tirer de toutes nos forces pour se détacher l'un de l'autre, négligeant cette vie au passage... » Continuais-je.

- « C'est très imaginé et casse-tête... Mais, je vois où tu veux en venir. » Lança-t-il, un poil agacé compte tenu du fait qu'il avait courbé le dos. - « Ce qui ne veut pas dire que je compte me sacrifier humblement pour te permettre de vivre ta petite vie ennuyeuse. Si je pouvais t'épargner, peut-être que je le ferais. Seulement... Non, ce monde ne fonctionne pas de cette façon. Navré. »
Le simple fait qu'il évoque de m'épargner m'avait fait sourire. Pas un si mauvais bougre, au fond...

- « Je suis peut-être idiot, mais même en sachant ce que cela implique, je ne cesserais pas de tirer. Je veux vivre. Je veux vivre de toutes mes forces et, mener la vie que j'ai envie de mener. S'il existe une solution pour t'épargner, je la choisirais ! Si je n'en trouve pas... » Je n'avais pas réussi à terminer ma phrase.

- « Loin de moi l'idée de vouloir casser tes petites rêveries, mais tu n'as aucune chance de l'emporter. Tu as peut-être atteint le Japon, mais tu t'es fait attraper aussitôt arrivé... Gros looser. »

- « En fait, tu n'as pas compris où je voulais en venir... » Relevais-je en soupirant. - « Nous devons cesser de négliger cette unique vie qui est la nôtre. Que je le veuille ou non, tu es une part de moi. L'inverse est tout aussi vrai. C'est ainsi, il faudra faire avec jusqu'à ce que l'un de nous trouve un moyen de supprimer ou d'épargner l'autre ! Mais... Je veux aussi apprendre à te connaître... un peu. Je sais... Que rien de tout ça ne serait arrivé si j'avais accepté... Enfin, tu vois, tu as tes propres sentiments, Cross. Tu es une personne... Une personne affreuse, mais une personne quand même... Vite fait... »

Certes, j'avais peut-être bafouiller la fin - un peu plus que la fin, en fait -, mais au moins, c'était dit...

- « Oh... Comme c'est mignon. Le gamin aurait-il grandit ? » S'amusa Cross, moqueur. Seulement, son sourire avait dû mourir aussi vite qu'il était né. - « Tu te trompes néanmoins sur un point. Je ne suis pas une part de toi. Je ne possède pas tes souvenirs, pas ceux datant avant mon apparition. J'ai plutôt l'amère impression que tu m'as arraché à quelque chose... » Ses derniers mots étaient étonnement... Tristes. - « Ce serait mentir de prétendre que je n'ai aucun regret. Je ne pourrais jamais me racheter pour toutes les horreurs que tu as subis et endurer à cause de moi. Ma condition ne les excusent en rien... » Je m'étais subitement retourné vers le justicier, le regard écarquillé.

La posture de Cross s'était faite plus droite, plus fière et plus forte.

- « Il y a peut-être quelque chose que je puisse faire dans l'immédiat... Comme par exemple sauver la vie d'un insupportable gamin... » Termina le Héros sans nom.

La porte du véhicule, celle face à moi il y a encore un instant, s'était brutalement envolée pour aller s'écraser plus loin sur la route. Aucune prise, aucun lien, n'avait pu retenir toute la férocité du justicier. Sans se préoccuper de la vitesse à laquelle le véhicule filait, Cross avait bondit hors du camion, atterrissant au beau milieu de la route. D'autres véhicules, suivant probablement celui dans lequel j'avais été fait prisonnier, s'étaient brutalement arrêtés, certains se cognant entre eux sous la stupeur. En un rien de temps, des hommes lourdement armés étaient descendus pour encercler Cross. Ce dernier n'avait pas bougé d'un pouce, patient. Toutes les armes s'étaient presque pointées à l'unisson sur lui. Cross s'était contenté de les balayer d'un regard féroce, comptant chaque individu, mémorisant leur position, observant leurs armes et, calculant probablement ses faibles chances de s'en sortir entier.

- « Tirez... J'ai besoin d'un semblant de motif pour tuer ! » Lança-t-il d'une voix menaçante, le regard fou.

Nous étions sur une zone déserte de tous témoins. À la fois proche de l'aéroport et loin du centre-ville, le décor autour de nous était curieusement celui d'une route encadrée d'une... forêt.

La peau de Cross est aussi dure que la pierre. Ses vêtements sont faits en une matière si résistante, qu'elle fait office d'un très bon pare-balles. Pourtant, tous les sens de Cross ont hurlés au danger lorsque les hommes ont ouvert subitement le feu sur lui. Dans un grognement de rage, il avait pressé avec violence son pouvoir pour qu'il se manifeste, matérialisant ses dagues à une vitesse vertigineuse. Avec cette prouesse dont lui seul est capable, il avait dévié plusieurs balles à l'aide de ses armes jusqu'à se faire submerger par le nombre. Une seule et unique balle. Lourde, la protection de Cross n'avait fait que stopper la possibilité que la balle puisse ressortir. Cette dernière s'était logée dans son épaule avant d'éclater, libérant une multitude de particules destructeurs.

Serrant les dents sous l'effroyable douleur, Cross avait échangé ses dagues contre son arc. Il tira deux séries de deux flèches, touchant ses cibles à chaque fois tout se mouvant pour ne pas devenir à son tour une cible facile. Une autre balle s'était heurté à son ventre, mais grâce à un inespéré mouvement de recul, elle n'avait fait des dégâts qu'en surface. L'arc avait disparu pour laisser à nouveau place aux tranchants des doubles dagues. Cross est si rapide, qu'il aurait dû avoir l'opportunité de fondre dans le groupe d'hommes aux allures de militaires sans qu'ils ne puissent réaliser assez vite sa nouvelle position. Seulement... Il ignorait la présence en ces lieux de cette chose.

La douleur était d'une telle ampleur, que Cross cru d'abord avoir été littéralement coupé en deux. Une partie de ses entrailles, tranchées nettes, avaient volées en même temps que des morceaux de chairs et un impressionnant flot de sang. Le tout était tombé au sol dans une série de bruits abominables. La chose était inhumaine et immense. Ses griffes écarlates venaient d'éventrer Cross avec une facilité déconcertante. N'importe quel humain aurait succombé à une aussi effroyable blessure. N'importe quel autre démon aurait baissé les armes fassent à une telle puissance. Cross était tombé à genoux, le souffle coupé, le regard écarquillé sur la silhouette abominable d'un corps qui semblait avoir été autrefois celui entier d'un humain.

La créature leva le bras telle l'épée de Damoclès prête à abattre son châtiment. Dans un cri soudain enragé, Cross s'était redressé tout en serrant au plus fort la prise sur ses dagues. L'impact de son attaque en croix avait touché de plein fouet sa cible avant, que le pied de Cross ne s'écrase sur cette dernière dans une tentative de la renverser vers l'arrière. L'immense monstre n'avait fait qu'un pas en arrière, son sang versé à son tour. Cross n'avait pas cherché à profiter de son avantage, pas alors qu'il était encerclé et, affreusement certain de ne pas pouvoir gagner un quelconque duel contre cet être inhumain. Usant de sa prodigieuse vitesse, il avait bondit et, dans le même élan rapide, filé à toute vitesse vers la seule issue possible : la forêt. Il n'était pas rare que dans des situations désespérées, Cross puisse donner vie à un miracle. Seulement, les miracles sont éphémères. Ils naissent puis, meurent comme toute chose dans ce monde.

Le Héros sans nom était encore trop près de ses poursuivants et pourtant, il avait cessé de courir. Un bras entièrement plaqué contre son ventre, il n'était plus qu'un mort en sursis. Sa vie se déversait en quantité dans cette couleur écarlate. Une fois de plus, les feuilles de l'automne étaient souillées par le sang.

- « Tu sais... Parfois, je hais ma vie... Non, c'est souvent le cas. » Commença-t-il.

Cette odeur inquiétante, curieusement comparable à celle du cuivre, n'était plus que la seule qu'il arrivait à sentir. Sa vision s'était faite floue, mais il avait secoué la tête avec violence, refusant de perdre ce combat. Plié en deux, Cross utilisait sa main libre pour s'agripper à tout ce qui venait à lui, branches, rochers ou troncs. Il continuait d'avancer. Le sang quant à lui, continuait de ruisseler.

- « Tout ce que je fais est à chaque fois mauvais... Tout ce qui vient à ma rencontre est souillé... »

Sa démarche était bancale et, à deux reprises, il trébucha et tomba lourdement sur le plancher forestier. À chaque fois, j'ai cru qu'il y resterait pour toujours. Où pouvait-il bien trouver la force de se relever ? Il était si fatigué, si fiévreux... Non. Il était mourant. Tout simplement mourant. Le justicier avançait, se traînant à moitié. Comment...

- « Tu m'as fait traverser l'enfer. Maintenant, je dois comme revenir d'entre les morts... J'ai bon regarder autour de moi, il n'existe rien qui me lie à cette vie... Tout est si étranger. »

Il était à deux doigts de mourir et... Non, on ne pouvait même pas parler d'instinct de survie ou d'envie de vivre. Si ça ne tenait qu'à Cross, il se serait sagement assis pour attendre la Faucheuse avec un certain sourire. Cet idiot... Ne souhaitait, comme il l'avait dit un peu plus tôt, que sauver la vie d'un pitoyable gamin.

- « Je me suis perdu dans la brume... Je ne peux pas m'en échapper. » Confessa-t-il d'une étrange façon. - « Tu dois me trouver rustre et cynique... J'ai tué pour sauver des vies mais, j'ai aussi tué pour avoir raison. »

Oui, Cross a pris des vies. Seulement, combien de cœurs continuent-ils encore de battre aujourd'hui grâce à sa cruauté ? À côté, je ne suis qu'une larve incapable de vivre sans ne rien casser autour de moi. Qu'importe ce qu'il subit, Cross endure toujours. Le monde pourrait s'écrouler sur lui, qu'il continuerait de se battre. Il s'est déjà écroulé... J'aurais, à sa place, abandonner mille fois. Mais, pourquoi... Pourquoi ? Il le dit lui-même, c'est sans issue... Il n'existe pas de miracle assez puissant, pas d'espoir assez pur... Pourquoi continue-t-il d'avancer ? Qu'espère-t-il apercevoir au bout de cette forêt ?

- « Dis-moi, Ethan... Peut-être le sais-tu... » Demanda-t-il dans un souffle.

Il s'était immobilisé et son sang s'était soudainement glacé. Sa voix n'était ensuite plus qu'un hurlement terrorisé et désespéré.

- « Vais-je réellement combattre jusqu'à la fin de mes jours ? »

La silhouette immense était subitement apparut dans le dos du Héros, déchirant la végétation dans le mouvement avec lequel elle avait mis fin à sa course. Serrant les mâchoires, Cross s'était instantanément retourné. Dans des étincelles rouges, ses mains avaient saisie ses dagues. Les griffes infernales de l'anomalie se confrontaient aux tranchants des dagues du justicier dans une valse mortelle. L'échange était effroyablement impétueux et sauvage. Chaque attaque était destinée à tuer l'autre. Chaque entaille reçue n'était qu'un léger sacrifice en échange d'une chance de l'emporter. Dans cette tempête de lames, le sang giclait, coulait, la vie courait, fuyait.

Saisissant la première ouverture à sa portée, Cross avait tenté avec frénésie d'atteindre la gorge de son adversaire. D'un mouvement in-extremis d'esquive sur le côté, la créature avait pu observer avec délice les armes du justicier trancher l'air. Cross était resté interdit. Jamais, on ne l'avait pris de vitesse. La main de la créature s'était refermée avec cruauté sur l'un des avant-bras de Cross. Dans un geste d'une brutalité sans pareille, le monstre lui avait littéralement arraché le bras avant, de le jeter avec négligence vers l'arrière. Dans un ultime effort, la dague tenue par le membre restant de Cross s'était enfoncée jusqu'à sa garde dans le cou du monstre. Dans un cri animal suffoquant, la bête était devenue folle. Un ultime coup fut assimilé à Cross, le projetant jusqu'à ce que son corps en charpie ne rencontre la dureté d'un arbre.

Les dernières choses que Cross vu avant de sombrer, ce sont les minuscules particules brillants d'une lumière bleutée qui semblent le fuir de toute part lorsqu'il disparaît. Il avait entendu des pas se dirigeant dans sa direction, lesquels étaient rythmé par une inquiétante patience. N'ayant pas même la force de tourner la tête vers l'origine du bruit, il avait ouvert brutalement la bouche pour y laisser couler du sang, dans l'espoir de pouvoir ensuite attraper un peu d'oxygène. Il n'en eut pas le temps. Il avait déjà quitté notre réalité.

J'avais ouvert les yeux avec difficulté, toussant violemment en cherchant à retrouver mon souffle. Ma main gauche alla directement saisir mon bras droit, comme pour vérifier qu'il était bien à sa place. J'étais assis à terre, le dos appuyé contre un arbre. J'étais... de retour. J'avais émergé aussi rapidement que l'inquiétude avait grimpée en moi. Levant les yeux, j'avais repéré avec effroi un homme, dont les vêtements blancs tranchés violemment avec la pénombre de la forêt. Il portait un masque, rappelant ceux que portent les Japonais lors des festivals. Mon regard écarquillé s'était attardé sur le fourreau qu'il portait à sa ceinture. Cet homme portait un sabre japonais... Fort à parier qu'il possédait un pouvoir lié à cette arme. De quoi m'abattre à tout moment...

- « Voici donc ce à quoi tu ressembles en réalité... » Commença-t-il d'une voix parfaitement calme. - « Je crois que le Gouvernement a sous-évalué ta force. Il est rare que Hurricane soit contraint de battre en retraite... Qu'importe. C'est terminé. »

Terminé...

Cross n'était plus en état de combattre. Il avait tout fait pour m'écarter au maximum de nos adversaires, sans réussir toutefois à me sauver... Je ne pouvais pas lui en vouloir. Il avait repoussé ses limites jusque dans leurs derniers retranchements. Cet homme en blanc était armé et, il n'allait pas tarder à être rejoint par les militaires... Ou peu importe qui ils sont. C'était terminé. J'avais rejoint le Japon dans l'espoir d'y trouver un début de solution et, finalement... Tout était devenu si compliqué... Le monde entier semblait s'acharner sur moi... Pourquoi ? Qu'ai-je fait pour mériter ça ? Tout ce que je veux, tout ce que je souhaite, c'est juste pouvoir mener une vie tranquille. Pourquoi... ?

- « C'est ce que vous voulez... » Commençais-je avant de serrer les poings jusqu'à en faire blanchir les jointures. Je m'étais relevé, maladroitement à cause de la désorientation qu'entraîne le changement d'apparence, mais je m'étais relevé. - « C'est ce que vous voulez... Moi ? Vivant, ou mort ?!! » Criais-je en tremblant de peur comme de rage.

La réponse ne s'était pas faite attendre.

- « Cesse de hurler comme une bête. Ils te veulent vivant, ne va pas les contrarier. Ce serait en ta défaveur. » Répondit l'homme.

Je venais alors de remarquer qu'il avait porté sa main vers le pommeau de son arme. Je serrais toujours les poings, me mordant la lèvre inférieure pour me retenir de hurler comme une bête, comme il le disait si bien. Ces gens... Ont débarqués comme ça, du jour au lendemain, réclamant ma vie comme si... Comme si ce n'était qu'une petite chose insignifiante ! Putain de merde ! C'est ma vie ! Je ne la leur céderais pas ! Ni à eux, ni à lui ! Jamais ! J'avais braqué mon regard enragé sur cet homme au masque de renard.

- « Honnêtement... Je ne suis qu'un idiot, un fou, un rêveur... Un être incomplet et, je le serais probablement jusqu'à la fin de mes jours... » Le calme avant la tempête. - « Mais, je refuse qu'il soit trop tard ! NON... C'est moi... C'est moi, qui vais combattre jusqu'à la fin de mes jours ! Qu'importe si je me perds, si je me noie, si je me rapproche de lui !! JE VAIS COMBATTRE... JUSQU'À LA FIN DE MES JOURS !! JUSQU'À LA FIN DE MES JOUURS !! ! » Hurlais-je de tout mon être.

- « Tu as fini ? » Demanda l'homme dont la voix calme trahissait néanmoins un certain agacement.

Si seul un miracle pouvait me permettre de m'en sortir alors, je n'avais qu'à en façonnerais un !

J'avais légèrement écarté les jambes, courbant le dos et plaçant mes bras en croix devant moi. Les étincelles blues n'avaient pas tardé à apparaître, crépissant avec fureur sur mes membres avant. C'était douloureux... Mais supportable. L'homme en blanc faisait subitement moins le malin. Dans un geste souple et élégant, il avait ôté son sabre de son fourreau. Je sentais du sang chaud coulait de mes narines et de mes oreilles.

- « Me sous-évalué, hein ?! » Grognais-je dans un début de menace. Un sourire mauvais s'était dessiné sur le coin de mes lèvres. Un mince filet de sang coulait sur le côté de ma bouche. - « Vous ne savez rien de moi !! » Criais-je.

Les étincelles s'étaient rassemblées sur mes mains avant, de se concentrer à l'intérieur de mes paumes. Mon pouvoir est celui d'un rêveur. D'un rêveur jaloux ! Mes mains s'étaient refermées sur les gardes des doubles lames de Cross. J'avais écarquillé les yeux, réalisant avec un mélange de peur et de satisfaction que j'avais réussi à appeler ses dagues... Serrant les dents, j'avais prit appuis sur les muscles de mes jambes avant, de foncer en flèche vers mon adversaire. Lui aussi s'était décidé à passer à l'attaque.

Mes yeux ne quittèrent plus sa lame. Dans un cri de guerre, mes armes jumelles s'étaient abattues avec une rage ciblée sur le sabre japonais, dans l'espoir de briser ce dernier en une seule attaque. Un son métallique lugubre avait résonné dans la forêt, comme si le sabre japonais hurlait de douleur. Avec agilité, j'avais bondit sur le côté, ré-attaquant aussitôt, retrouvant à nouveau la lame sombre du katana sur la trajectoire de mes dagues. Dans un grognement, j'avais répété mes attaques, me faisant violence pour accélérer la cadence, jouant de mes doigts pour alterner entre le tranchant et la pointe de mes lames. Je n'avais peut-être pas la puissance ou la vitesse de Cross, mais mon corps tout entier connaissait par cœur la danse sauvage avec laquelle il œuvrait en combat !

La pointe d'une mes dagues avait fini par atteindre le flanc droit de mon adversaire. Une blessure superficielle, mais qui fit suivi instantanément de deux autres. Puisant dans l'adrénaline, mes attaques s'étaient faites plus endiablées et plus voraces, jusqu'à ce que le katana soit totalement dévié sur la gauche... Par une seule des mes dagues ! C'était ma chance ! Faisant tournoyer l'autre lame dans la main, je m'apprêtais à porter un coup direct à l'homme en blanc lorsque ce dernier, dans un mouvement que je n'avais pas vu venir, braqua le canon d'une arme à feu à quelques centimètres de mon front. Mon corps tout entier avait cessé de bouger. Mon regard s'était égaré dans la stupeur. Paralysé, je cherchais à comprendre à quel moment sa main gauche avait lâché le pommeau du katana... L'avantage que je pensais avoir sur lui, était évident... S'il avait fini par combattre en tenant son arme avec une seule main...

- « Intéressant... » S'amusa-t-il, bien qu'essoufflé. - « Tu n'es pas un maudit, encore moins un damné. Juste un enfant dépassé par son don... Un enfant farouche et dangereux. Je vais être franc avec toi. Ils ne cesseront jamais de te traquer. Tu représentes beaucoup pour eux. J'ai quelque chose à te proposer. »

Mon regard avait rencontré fatalement le sien. Je ne pouvais pas m'empêcher de fixer la curieuse couleur de ses iris. Cet homme avait les yeux jaunes ou, plutôt dorés. Il avait commencé à baisser son arme. Un peu en retard, j'avais compris ce qu'il attendait, lâchant mes dagues. Mes armes avaient à peine rencontrées le sol, qu'elles avaient disparues de la même façon que Cross : dans une poussière bleue composée de fins particules brillants. Comme convenu silencieusement, l'homme en blanc avait rangé son arme. Je m'étais alors laissé tomber au sol, à bout de force. Après avoir pris tout le temps du monde pour ranger son lugubre katana dans son fourreau écarlate, l'homme au masque de renard reprit tranquillement la parole.

- « Je vais tâcher de faire en sorte qu'ils t'ignorent quelques jours. Profitons s'en pour nous retrouver plus tard, afin de discuter calmement. » Proposa-t-il.

- « Et... Si je refuse ? » Tentais-je, à tout hasard.

- « Je me chargerais personnellement de corriger mon erreur. » Lança-t-il. Si son masque cachait son visage, son sourire sadique était quant à lui auditif. - « Tu devrais filer... Les négociations ne sont même pas encore entamées. Il est probable que Hurricane repasse à l'assaut. Nous nous reverrons prochainement, Ethan Owen. »

Il s'était alors attardé sur ses blessures superficielles ou, sur l'état de sa tenue blanche souillée... Qu'importe ! Sans demander mon reste, je m'étais enfuis, traînant avec moi la peur absurde que cet homme puisse à nouveau se jouer de moi et, me coller une balle dans le dos. J'ignore combien de temps j'ai couru à l'aveuglette, plongé dans le noir par une nuit affichant une lune trop timide pour me saluer. J'avais fini par me faire rattraper alors, que je m'étais recroquevillé dans une cachette de fortune. Plusieurs lampe-torches s'étaient pointées sur mon visage. La peur de ma vie... Pour pas grand-chose. Des voix se voulant rassurantes m'avaient interpellées et, je n'avais pas tardé à reconnaître l'un des professeurs de l'académie d'Edoshima. Cet homme était dans presque tous les reportages sur l'établissement. Ces gens étaient... Des gentils ?

Peu de temps après, j'avais retrouvé un semblant de sécurité en étant transporté dans un véhicule de police. J'étais en compagnie de plusieurs membres du personnel de l'académie ainsi, que des pauvres personnes qui m'avaient attendu que trop longtemps à l'aéroport... Une couverture réconfortante sur les épaules, je m'étais autorisé à fermer les yeux, buvant à intervalles réguliers dans la bouteille d'eau qu'on m'avait donnée. De fil en aiguille, j'avais appris que le professeur possédait la faculté pratique de retrouver les personnes égarées. On m'avait ensuite relayé la version officielle de ce qui s'était passé.

Un Criminel recherché avait attaqué l'aéroport et, m'avait pris en otage. J'avais réussi malgré tout à m'échapper avant, de me perdre dans la forêt. Un Héros connu avait aidé à l'arrestation du Criminel et, c'est le personnel de l'académie d'Edoshima qui m'avait finalement retrouvé... J'avais instantanément validé cette version d'un hochement de tête. L'homme au masque de renard avait parlé de négocier avec ceux qui me traquaient... Tout en mentionnant, un peu avant, qu'il s'agissait du Gouvernement. J'ignorais si je pouvais avoir confiance en les adultes qui m'entouraient. Parler ou me taire, j'allais prendre la peine d'y réfléchir à deux fois. La parole d'un gamin n'est rien contre des gens capables de modifier à leur guise le court des événements à travers les médias... Pour le moment, je devais me taire.

Quelques jours après mon arrivée catastrophique au Japon - et après avoir supplié ma mère de ne pas débarquer -, j'avais passé les examens d'entrée à l'académie d'Edoshima. Loin de me contenter du Shooting Star - ce qui revenait juste à faire disparaître une flèche par magie, je le rappelle -, j'avais aussi fait une démonstration de mon autre capacité... Celle qui me permettait de pouvoir manier une arme blanche à la perfection, comme si j'avais passé toute une vie à m'entraîner et à perfectionner la maitrise de cette arme. Bien évidemment, je m'étais gardé d'appeler les armes de Cross... Je n'étais pas idiot au point de me trahir et, encore moins suicidaire pour trahir Cross par la même occasion. C'est à un jour du potentiel billet d'avion « retour à la maison pour le looser », qu'on me contacta pour m'annoncer la nouvelle : mon dossier à l'entrée à l'académie d'Edoshima venait d'être accepté... Je n'avais pas réussi le moins du monde à retenir mes larmes de joie, pleurant à chaudes larmes tel l'adolescent que j'étais. Après toute cette galère, toute cette horreur, on m'accordait enfin le droit de faire un pas en avant... Non. C'était bien plus que ça. On venait de me redonner espoir.

***

C'est dans l'entrepôt abandonné d'une ville voisine que Cross s'était rendu afin de répondre à l'invitation d'un certain homme vêtu de blanc. Avant même que l'homme ne daigne enlever son masque en signe de bonne foi, la pointe d'une flèche s'était pointée dans sa direction, son encoche appuyée contre la corde tendue de l'arc du justicier.

- « J'espère pour toi que tu es du genre convainquant. Je rêve éveillé de t'exploser le crâne depuis plusieurs jours déjà... » Grogna Cross en guise de bonsoir.

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Sam 7 Avr - 19:10
Arg

Je crois qu'en tout, j'ai dû lire le début de la fiche trois fois, pour me la remémorer à chaque fois que tu la mettais à jour x.x

Elle est tellement longue que je sais même plus ce que je voulais dire dessus, mais globalement, c'est que ça devait surtout être des points positifs, sinon je ne t'aurais pas loupé. Et puis de toute façon, tout le monde aime Ethan et Cross sur le fow, on les attend depuis si longtemps...

Je pourrais dire que c'est l'histoire que j'ai préféré, mais c'est surtout parce que c'est le plus gros morceau, et le temps de la lire, j'ai oublié tout le reste xD. Plus sérieusement, j'aurais juste aimé que tu ne coupes pas l'histoire comme ça. Je l'ai pardonné pour Yoshino, je vais visiblement devoir l'accepter pour Ethan, mais la prochaine fois, je serais pas d'accord. Bon ok, j'aurais surement pas mon mot à dire de toute façon et ça sera validé, mais quand même, essaye de ne pas me refaire le coup ;.;

Je ne vais pas te ressortir les mêmes compliments d'à chaque fois, hein, on commence à avoir l'habitude. Oui c'est bien écrit, oui c'est fluide, non il n'y a rien à en redire. Puis t'es staff, tu es un peu la logique du forum.

Donc après tout ce temps (j'y croyais même plus pendant un moment ;.;) je valide enfin cette fiche. Ce soir c'est champagne sur le Discord, c'est moi qui invite !

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