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Tatsumi Hatakeyama | Yakuza [Terminée]




Fiche : ...
Liens & Relations : ...
Journal : ...
Grade : D
Niveau : 1
Expérience : 20



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Mar 5 Sep - 19:31
Hatakeyama Tatsumi
Race : Une bête dans un corps d'homme
Sexe : Mâle
Âge : 969 ans
Anniversaire : 21/10
Nationalité : Japonaise
Classe sociale : Moyenne
Groupe : Yakuza
Métier : Retraité - Père du clan Higanbana
Sexualité : Hétérosexuelle
Loisirs : Tout dépends de son humeur. Cela va de la poésie à retirer les yeux d'un malheureux à l'aide d'une petite cuillère. Il s’ennuie rarement.
Pseudo sur Kaibyou : Yoakemaegaichibankurai
Particularité : Exagérément Badass.
Mental
De nos jours, il serait difficile de comparer Tatsumi à la créature ailée de légende qu'il incarnait en des temps anciens. C'est qu'en plus de 900 ans d'existence, la bête a eu tout le temps nécessaire pour s'acclimater parfaitement à son apparence humaine. Il se surprend même à penser, aujourd'hui, qu'il est humain, principalement parce que ça l'amuse.

En tant qu'incarnation de la peur, on pourrait facilement imaginer Hatakeyama comme un être sombre et au tempérament glacial. Une ombre solitaire et sanguinaire respirant le malheur des autres en guise d'oxygène. Non, Tatsumi n'a rien à voir avec ce cliché, bien plus semblable à un adulte dépressif en sérieux manque d'affection qu'à un véritable démon... Non, la peur a un tout autre visage.

Celui qui inspire la peur semble incapable de la ressentir. Depuis l'aube de sa vie, Tatsumi n'a jamais craint quiconque, fonçant toujours, la tête basse et sans jamais sourciller, vers les troupes ennemies, avec ou sans alliés à ses côtés. Un large sourire habite presque toujours les lèvres de cet éternel prédateur. On a toujours l'impression que le démon s'amuse, comme si le monde n'était qu'un gigantesque parc d'attraction et la vie, une plaisanterie sans aucun enjeu majeur. Celui autrefois appelé « l'ombre d'ébène » a toujours eu l'impression d'être invincible, d'être en mesure de tout accomplir par la seule force de sa volonté. Pour une raison qui échappe à la logique, les choses vont souvent dans son sens, le réconfortant dans son idée que le monde entier courbe l'échine face à ses désirs. Dire qu'il a confiance en lui serait maigre et insuffisant. Hatakeyama en est à un point où, il ne serait guère étonnant qu'il développe un culte consacré à la grandeur de sa personne.

L'une des légendes liées aux identités passées de Hatakeyama, celle de Benkei plus précisément, le désigne comme un symbole de loyauté. En effet, la loyauté de l'ancien samouraï est sans conteste à toute épreuve. S'il vient à jurer fidélité envers une personne, jamais il ne reviendra sur sa décision. Ni la torture, ni la mort ne pourrait érafler son allégeance. Ceux ayant la chance d'être considérés comme ses frères d'armes bénéficient autant de sa loyauté que de sa protection. Le bretteur porte également l'exploit d'avoir réussir à tenir toutes ses promesses en plus de 900 ans d'existence ! Il en est très fier. Il le rappelle souvent. Trop souvent...

Loyauté ne rime pas avec vérité. Enfin si, en quelque sorte, mais on va dire que non. En presque un millénaire de « vie humaine », Tatsumi a eu tout le loisir de collectionner un nombre incalculable d'identités, réécrivant régulièrement l'histoire de sa vie afin de cacher sa véritable nature, mais aussi, par simple jeu. Si Hatakeyama était très silencieux par le passé, il est devenu assez bavard avec le temps. S'il vient à se retrouver seul avec une personne avec qui il se sent à son aise, fort à parier qu'il se lancera dans l'un de ses récits épiques dont il a le secret. Il modifie si souvent la tournure de ses histoires, l'alcool aidant le plus souvent, qu'il est devenu impossible de définir si ce qu'il raconte n'est qu'une pure fantaisie ou, un véritable récit de ses batailles passées. L'ancien samouraï apprécie grandement la poésie et les jeux de mots bien, qu'il ne semble aucunement destiné à faire carrière dans l'un ou l'autre de ces domaines...

On aurait presque pu qualifier Tatsumi d'homme d'honneur mais, sa vision de l'honneur est en proie à tant de caprices, que cette valeur prend une tout autre forme avec lui. Son honneur se limite à tenir ses obligations, ses promesses, à protéger les rares personnes qu'il apprécie, à honorer le Pays du Soleil Levant et, à se montrer toujours élégant et classe en toute circonstance... L'influence du genre humain, hélas.

Jusqu'ici, on pourrait presque croire que Tatsumi Hatakeyama n'est pas si démoniaque que ça, notamment à cause de sa loyauté, une valeur tant rare qu'elle est appréciée. Mais si vous êtes assez fou pour ignorer les montagnes de cadavres que le dragon noir a accumulé dans sa longue vie alors, peut-être finirez-vous par rejoindre l'une de ses piles... Si le temps a fait de lui un être civilisé, il l'a également rendu beaucoup plus calculateur, patient et... sadique. Loin de s'en prendre gratuitement au premier venu, l'ancien samouraï a toujours besoin d'une raison pour tuer. Ces raisons sont le plus souvent quelconques, empruntées à d'autres. Dans sa longue vie, Hatakeyama a fréquenté un très grand nombre de champ de batailles, portant allégeance à de nombreux commandants ou Empereurs du Japon. Dans les ères plus modernes, il a d'abord côtoyer les rangs des forces de l'ordre avant de s'y ennuyer et de rejoindre diverses organisations criminelles. Qu'il soit noble guerrier, soldat, assassin ou nettoyeur n'a jamais eu la moindre importance pour lui. Tatsumi aime la guerre comme on aime une amante et passe sa vie à lui courir après. Même un millénaire de plus ne pourrait parvenir à effacer sa véritable nature : celle du plus sublime des prédateurs régnant en maître dans son immense territoire.

Ainsi décrit, Tatsumi Hatakeyama donne l'impression d'être un homme surpuissant, que rien ne semble pouvoir atteindre. Mais, ce serait mentir de croire qu'il est aussi invincible qu'il pense l'être.

Tatsumi est vieux. Très vieux. Si son corps est toujours aussi puissant et jeune d'apparence, son âme quant à elle est vieille. Il arrive vers la fin de sa longévité, il le sait, il le ressent. Cela le rend assez nostalgique de l'ancien Japon. Il passe une grande partie de son temps libre au calme, à repenser au passé, souvent perdu dans les encrages de son impressionnante mémoire. Gardant de nombreuses valeurs liées à son ancienne vie de samouraï, Tatsumi espère avoir l'honneur de transmettre un jour son savoir de maître d'arme à un disciple avant, de disparaître à jamais.

Celui qu'on a surnommé « l'ombre d'ébène » devrait être sans peur, incarnant lui-même la terreur. Pourtant, Tatsumi possède bien une faiblesse, une peur capable de lui faire perdre tous ses moyens. En effet, il est pyrophobique. Cette peur du feu, bien qu'inimaginable pour un être ayant un jour était une créature capable de transformer le monde en une mer de flammes sous le caprice d'une simple colère, est apparu lors de la mort présumé de Benkei, l'une de ses nombreuses identités passées. Suite à la fourberie d'un ennemi, le corps de Tatsumi a été en partie dévasté par les flammes. C'est à cette époque que son œil droit perdit la vue, aujourd'hui toujours masqué par un bandeau de cuir sombre. Une grande partie de son dos porte les marques parcheminées d'une aussi ancienne que violente brûlure, remontant jusqu'à ses cotes, à sa droite. Sa main droite a également été victime du feu alors qu'il tentait désespérément de sauver son œil. La laideur de son corps le répugne. Il a honte d'être marqué de ces cicatrices, évoquant tant la ruse que la lâcheté humaine. Si Hatakeyama ne porte pas de vêtements pour les masquer, il évite tous les miroirs à proximité de lui et ce, jusqu'à être certain qu'il ne croisera pas de son seul œil valide le désastre qu'incarne son apparence dénudée. Il porte toujours des gants et, refuse catégoriquement que quiconque le voit sans vêtements.
Physique

Jadis, il était l'incarnation même de la peur. D'une violence bestiale, d'une force dévastatrice et d'une fourbe intelligence, le monde n'était pour lui qu'un immense terrain de chasse. Empereur de ce royaume, il avait le droit de vie et de mort sur tous les êtres vivants. Immense créature ailée protégée par une épaisse armure d'écailles noires, il se moquait du sens même de la vie, embrassant de ses flammes ou déchiquetant de ses crocs ou de ses serres tout être ayant le malheur de lui opposer un tant soit peu de résistance. Cauchemar des Hommes, il était appelé « l'ombre d'ébène ».

Mais, le temps où le dragon noir arpentait le ciel est bien loin...

En plus de neuf cents ans d'existence, « l'ombre d'ébène » a eu un nombre considérable d'identités. Néanmoins, un souvenir reste en commun à tous ceux ayant un jour empruntés le même bout de chemin que l'être issu de ses cendres. Celui d'un grand homme vous tournant le dos, avançant avec certitude vers l'aube naissante du jour. Au fur et à mesure qu'il avance, sa silhouette rétrécit, rongée par l'astre de lumière. Il ne se retournera pas. Il ne reviendra pas. Vous le savez et pourtant, lorsque son ombre finie par se faire totalement engloutir par la lumière dorée, vous ne pouvez que sentir votre gorge se nouer et votre cœur se compresser dans votre poitrine. Nul ne saurait remettre en doute la grandeur de cet être.

Tatsumi Hatakeyama n'est clairement pas le genre d'individu à passer inaperçu. Non pas qu'il rayonne d'une incroyable beauté ou qu'il agit de sorte à attirer l'intention sur lui d'une façon ou d'une autre. Non, cela n'a rien à voir. Cet homme, si seulement s'en était réellement un, vous le percevez comme une imminente et inévitable menace.

La première chose sur laquelle vous vous attardez, alors que l'homme se trouve encore à une bonne distance de vous, c'est sa carrure. Non seulement il semble possédait un corps bien entretenu sous ses vêtements sombres, mais surtout, il est grand, très grand. Mais aussi absurde que cela puisse-t-il paraître, vous le considérez comme plus grand encore. Bien plus grand. Comme si, ce n'était pas un homme qui se dirigeait vers vous mais, quelque chose de gigantesque. Un être immense capable de vous écraser à tout instant. Cette tension, aussi pesante soit-elle, disparaît alors qu'il arrive à quelques mètres de vous. Là, votre cerveau arrive finalement à vous ramener à la raison. S'il est grand pour un homme, il n'en est pas gigantesque pour autant !

Vous auriez dû être rassuré mais, son seul œil valide vous fixe, vous imposant un autre trouble. Son œil affiche une couleur ambrée surnaturelle, rappelant cette lueur sauvage qu'on les bêtes féroces dans leur regard avant de fondre sur leur proie. Vous êtes tellement absorbé par cette orbe dorée que vous remarquez à peine qu'il ne possède plus qu'un seul œil valide, le droit étant masqué par un cache-œil de cuir noir. Ses cheveux sont sombres et portés mi-longs, offrant un bien étrange air sauvage à un homme portant vêtu d'un ensemble costume-cravate des plus luxueux. En plus de son costard, il porte d'étranges éléments rappelant des pièces de l'amure portée jadis les samouraï. Sans être connaisseur, vous savez que vous ne pouvez pas vous tromper sur ce point. Car, cet homme porte également un katana, soigneusement rangé dans un splendide fourreau... Nul doute qu'il sache le manier à la perfection.

A nouveau, cette peur irrationnelle vous prend d'assaut. Vous sentez votre cœur cogner fort dans votre poitrine. Votre cerveau vous ordonne de fuir mais, vos jambes semblent incapables de vous porter. Vous êtes à sa merci. L'homme arrive à vous, vous gratifiant d'un large sourire. Loin d'être un sourire ordinaire, bienfaiteur, poli ou encore ravis, ce sourire vous glace les sangs. Il est digne d'un parfait psychopathe. Il est semblable à celui d'un prédateur ravi d'avoir trouvé une proie facile. Tout votre être vous hurle qu'un monstre terrible se cache dans le corps de cet homme.

Seulement, vous ne l'intéressez pas. Tatsumi Hatakeyama ne faisait que passer.

La prochaine fois, il est probable que vous changiez de trottoir en l'apercevant au loin...


Oni borgne
Nom du Pouvoir : Personnification de la peur
Nature du Pouvoir : Don
Costume : Lorsqu'il agit comme assassin des Yakuza, il porte un masque d'Oni. C'est à ce masque qu'il doit son surnom d'Oni Borgne. Ses vêtements et son équipement, dont des pièces d'armures et un gilet pare-balles, sont recouverts par une longue cape noire usée.
Description :
Véritable héritage de son ancienne apparence de dragon, Tatsumi inflige aux êtres, présents dans une proximité d'une trentaine de mètres de lui, une sensation saisissante et écrasante de terreur. Plus vous êtes proche de lui, plus cette lugubre sensation vous dévore. Cette peur vous glace les sangs, transforme la réalité en un monde d'incertitudes, éveille et affole tous vos sens. Face au dragon noir, les plus chanceux prennent la fuite quant aux autres, paralysés sur place, leur sort ne dépend que de l'humeur de Hatakeyama. Cette particularité est ce qui a permit à Tatsumi de traverser les siècles sans succomber aux lames et aux balles de ses adversaires. C'est aussi à ce don que l'Oni Borgne doit la plupart de ses exploits et de ses victoires.

Ce pouvoir possède néanmoins des limites. Il ne fonctionne pas sur tous les individus, sans qu'aucun élément commun, reliant ces personnes entre elles, ne puisse être trouvé. Bien évidemment, rares sont les êtres à faire partis de cette première catégorie. Par ailleurs, ce don est sans effet sur un être ne possédant aucune peur. Toute personne surmontant l'effroyable sensation de terreur, comme en réussissant à se convaincre parfaitement que l'ancien samouraï ne représente aucune menace dans l'actuel, rend ce pouvoir inefficace à jamais sur elle. Les esprits bienfaiteurs sont parfois capables de voir l'aura de terreur de Tatsumi, sous la forme d'une lugubre fumée noire qui ne le quitte jamais.


Présent

D'un air détaché, Tatsumi lance souvent qu'il est à la retraite, que ses folles années sont loin derrière-lui. Mensonge. Il suffit de le regarder, de voir son petit sourire de côté pour comprendre qu'il est tout sauf un vieillard qui attend sagement sa fin. Et pourtant, il est facile de se laisser prendre par son petit jeu. Tatsumi passe le plus clair de son temps dans son domaine, à la campagne. Il passe ses journées à s'occuper de son potager, de sa petite ferme, à s'entraîner au maniement du sabre, à écrire et lire des poésies quand il ne s'occupe pas de ses petits protégés. Que c'est adorable ! Non, en fait, absolument pas.

Lorsqu'il troque son confortable yukata pour un costard, le démon rejoint la capitale afin de rappeler à Tokyo la puissance du clan Higanbana. Tatsumi est le leader du clan de Yakuza contrôlant Akihabara depuis l'ombre. Pour les Yakuza, Hatakeyama est un véritable Père. Il les protège tout en leur offrant un travail et une famille soudée ou... Une espèce de secte cheloue, au choix. La loyauté du clan vers Tatsumi est un astucieux mélange de respect et de crainte.

Sous le masque d'un démon Oni, Hatakeyama est aussi l'assassin attitré du clan Higanbana. Rien à Tokyo n'est plus violent, vorace et effrayant que l'Oni Borgne. Lorsque ce dernier vous prend pour cible, sa traque ne peut cesser qu'avec les battements terrorisés de votre cœur.
Histoire 1/3
L'ombre d'ébène (1102~) - Période Heian

Le regard du jeune soldat n'avait pas quitté un seul instant l'étendue de ténèbres que formait le ciel nocturne. La lune se faisait timide cette nuit-là, aidant la peur à se transmettre de soldat en soldat, telle une maladie contagieuse. Quelques fois, certains des gardes de nuit quittaient temporairement leur poste pour aller rassurer leurs frères d'armes, assurant que dans une nuit aussi noire, aucun ennemi ne serait assez fou pour attaquer. Mais, ce n'était pas les humains que le jeune homme craignait au point de ne plus être capable de décrocher son regard de la robe étoilée de la nuit. Une nuit sans lune était ce qu'il y avait de plus parfait pour un esprit maléfique. A plusieurs reprises, l'apprenti soldat crut apercevoir quelque chose se déplaçant rapidement dans le ciel, hésitant à hurler le nom du démon ailé à l'haleine enflammée, le Itsumade noir. C'est en songeant à sa famille, sagement endormie dans le village, qu'il trouva le courage de ne pas se laisser submerger par la peur. Une fausse alerte causerait une panique inutile... Lorsqu'un autre homme, à une vingtaine de mètres de lui, hurla le nom de la bête, il était déjà trop tard.

Un puissant jet de flammes avait jailli de l'obscurité, incendiant tout ce qu'il pouvait toucher, mettant le feu aux maisons à l'entrée du village et aux écuries dans le même instant. Un violent courant d'air et une série de bruits distincts fit prendre conscience au jeune soldat que le démon s'en était allé retrouver les ténèbres du ciel. Mais jamais, le Itsumade noir ne frappait qu'une seule fois. On sonna la cloche, donnant l'alerte, tirant les villageois du lit pour leur hurler de s'abriter. Mais, le jeune homme savait déjà que le village était condamné. Car le démon qu'on surnommé l'ombre d'ébène n'en était pas à son premier massacre. La légende disait qu'il attaquait un village chaque nuit, ne laissant derrière-lui que des cendres au petit matin.

Les jambes de l'apprenti soldat lui permettaient à peine de tenir debout. Il ignorait si c'était plus rassurant de guetter l'ombre tueuse dans le ciel ou, s'il devait au contraire l'oublier et baisser les yeux pour contempler avec effroi la contagion de la peur dans le village. Les guerriers s'étaient rassemblés à l'entrée du village, là où la bête venait de frapper, tirant leur sabre de leur fourreau ou bandant une flèche à leur arc. Durant un court instant, le jeune homme avait eu l'espoir que l'ombre d'ébène puisse avoir renoncé à son attaque. Bien évidemment, ce genre de prière n'est jamais entendue à temps. La lueur des flammes éclaira à nouveau l'obscurité de leur chaleur dévastatrice. Deux hommes, dévoraient par les flammes, luttèrent vainement contre la douleur et la mort avant de s'écrouler, raides morts.

Fier et certain de sa victoire, le Itsumade noir s'était posé. Le terrible monstre avait replié ses deux immenses ailes voilées contre son corps recouvert d'une armure d'écailles plus noires que l'encre, scintillante à la lueur des flammes. Aucune arme ordinaire ne pouvait franchir sa lugubre carapace. Dans un silence macabre, l'ombre d'ébène balaya les environs de son regard fauve. Ses yeux ambrés brillaient comme deux torches dans l'obscurité. Sa longue queue de reptile battait joyeusement le sol derrière le monstre tandis qu'il offrait son plus beau sourire, un aperçu de ses impressionnantes mâchoires garnies de dents, véritables poignards tous plus tranchants les uns que les autres, aux soldats qui se réunissaient autour de lui, l'encerclant progressivement. Beaucoup décrivaient le fléau des Itsumade comme l'incarnation d'un oiseau cracheur de feu mais, celui-ci ne ressemblait pas un oiseau... Il se tenait tel une gigantesque chauve-souris, utilisant ses longs membres-avant pour se tenir sur ses quatre pattes. Son corps rappelait celui d'un énorme reptile ou d'un Ryū qui serait devenu maléfique. Ses yeux jaunes brillants et ses immenses cornes à sa tête évoquaient les attributs d'un Oni.

Un animal attaque les hommes pour se nourrir ou, afin de protéger son territoire ou sa progéniture. Mais une bête maléfique comme l'ombre d'ébène ne s'en prenait pas aux humains dans un but aussi noble. Non, ce que l'immense reptile noir cherchait, c'était le massacre pur et simple. L'ombre releva la tête, regardant par-dessus les quelques soldats face à elle, au loin... Avec le plus grand des effrois, le jeune guerrier comprit qu'elle venait d'apercevoir la masse que formait un petit groupe de villageois, quittant leur maison pour sauver leur vie. Subitement, les guerriers autour de l'ombre tueuse n'existait plus pour elle. Faire un maximum de victimes, c'était là son seul objectif ! Le cauchemar vivant ouvrit ses immenses ailes d'ébène et, levant la tête comme s'il était en mesure d'avaler la demi-lune d'un simple coup de mâchoire, laissa un grognement sombre grimper dans sa gorge avant de le libérer, relâchant avec force un sinistre rugissement.

Une nuée de flèches vola vers la bête mais, ces dernières ricochèrent, leurs pointes n'étant pas en mesure de percer l'armure noire de la créature ailée. Dans un mouvement que rien ne pouvait empêcher, le Itsumade noir décolla, rejoignant le petit rassemblement de villageois en quelques battements d'ailes. Le jeune soldat tomba à genoux, impuissant. Au loin, il distingua l'ombre immense de la bête fondre sur ceux qui lui étaient si chers. Une lumière ardente illumina ce qui n'était encore qu'une rassurante obscurité. Tout était déjà fini. Il ne pouvait qu'être spectateur à l'incarnation de la destruction.

En ce qui n'était en réalité qu'une dizaine de minutes et, qui paraissait être une éternité d'angoisse, le village et les bois alentour avaient été mis à feu et à sang. Ravis de gouverner une fois de plus les humains, l'ombre d'ébène s'était à nouveau posé, avançant parmi les ruines en flammes, cherchant avec amusement quelques éventuels survivants à achever de ses crocs ou de ses serres. Il en avait trouvé plusieurs, ignorants ceux trop mourant pour l'intéresser et dévorant lentement ceux encore en état de hurler. Bien des braves avaient essayé de lui faire face, mais tous, n'étaient plus que de vulgaires morceaux de viandes carbonisés. Rapidement lassée, l'abominable créature allait partir lorsqu'elle aperçue, du coin de l'œil, un humain jouvenceau. Ses écailles noires s'étaient dressées à la vue de l'arme qu'il tenait, lui donnant un aspect encore plus menaçant. L'ombre d'ébène le savait. La lame de courage que tenait cet homme pouvait la terrasser.

Le jeune homme ne tremblait plus. Il n'y avait plus aucune raison pour lui d'avoir peur. N'avait-il pas déjà tout perdu ? Les flammes du démon lui avaient tout arraché. Son village, sa maison, sa famille, ses amis, son quotidien, sa vie. La pâle lueur argentée de la lune caressait la lame de son katana, dont il tenait fermement le pommeau. Le démon poussa un rugissement de colère. Sans crier garde, la créature s'élança vers le survivant, avançant sur ses quatre membres avec une effrayante vitesse. Par il ne sait quel miracle, l'apprenti soldat avait réussi à esquiver les griffes mortelles du Itsumade noir en effectuant une roulade sur le côté. Profitant de la surprise et de sa soudaine proximité avec le côté droit de l'ombre cracheuse de feu, il enfonça avec détermination son sabre dans la cuisse du monstre. Le sabre pénétra la chair jusqu'à sa garde.

Un cri strident de douleur résonna dans la nuit. Les mâchoires de la créature s'étaient refermés avec sauvagerie sur le corps de l'homme, seul responsable de son supplice. Ainsi, le jeune héros perdit la vie, tué sur le coup, son katana encore enfoncé dans la chair de la bête. Secouant frénétiquement le corps déjà inerte de l'humain, la bête s'autorisa à le lâcher que lorsqu'il ne fut plus que morceaux. Dans une nouvelle plainte de douleur et, en quelques puissants battements d'ailes, l'ombre d'ébène disparut dans le ciel nocturne.

Jamais plus, les japonais ne rencontrèrent l'ombre d'ébène.

Nul autre expérience dans ma longue vie ne pourrait être comparée à la douleur que j'ai ressentie à cette époque. J'étais rongé et déchiré de l'intérieur. Mon supplice avait prit naissance à ma cuisse avant de se déverser dans mon sang pour se répandre dans tout mon corps. Je n'étais qu'à l'aube de mon règne de terreur et déjà, ma fin approchait. C'était injuste. Nul humain n'était censé pouvoir m'atteindre... La lame de courage était encore plantée dans ma chair, continuant de déverser son fulgurant poison dans mon corps. J'avais voulu la retirer mais, il suffisait à peine que je la frôle pour que mon calvaire soit insupportable. A l'agonie depuis des jours, j'étais couché face à une rivière, espérant secrètement que je n'avais pas tué tous les esprits bienfaiteurs des rivières afin, que celui de cette étendue d'eau-là, puisse venir m'achever.

Mais, l'esprit de lumière blanche qui répondit à mon appel n'était pas celui que j’espérais. Face à sa forme, semblable à celles de ces pitoyables humains, j'avais poussé un grognement menaçant, dévoilant mes dents. Même avec le recul, je ne pourrais dire s'il s'agissait d'une femme ou d'un homme, tant ses traits étaient fins et curieux. Sans savoir dans quelle langue il s'exprimait, j'avais compris chacun de ses mots.

Un marché. C'était là l'objet de sa venue. Il me proposait de vivre, de survivre à ce qui était ma toute première défaite. En échange, je devrais trouver un humain. L'être de lumière me promettait le plus glorieux des combats face à cet humain mais, inévitablement, cet affrontement se solderait par ma toute fin. Car, c'est en triomphant de la peur de l'ombre d'ébène que ce mortel était destiné à gagner le titre suprême de héros. Même à cette lointaine époque, j'avais compris que l'esprit bienfaiteur ne m'ordonnait aucunement de me laisser abattre... L'issu de cet affrontement ne pouvait pas être joué par avance.

Afin de tenir en laisse le monstre de destruction que j'étais, l'être bienfaiteur m'imposait une malédiction : Celle d'être emprisonné dans le corps d'un homme. Il était entendu, qu'une fois le héros prêt à m'affronter, je regagnerai mon apparence maléfique dans le sommet de sa gloire. Un étrange objet était apparu dans la main lumineuse de l'être. Un sablier doré. L'esprit bienfaiteur me promettait qu'une fois que tous les grains de sables dorés seraient passés d'une extrémité à l'autre de l'objet, je regagnerai ma véritable apparence et ce, même si je n'étais pas parvenu à accomplir la tâche qu'il me confiait.

A l'époque, je ne m'étais pas attardé sur un questionnement inutile. Je me mourrais. Seul vivre m'importait. J'ai accepté de survivre, de subir la malédiction et j'ai donné ma parole à l'esprit de lumière : Je trouverais l'élu et je l'affronterais dans un combat singulier. Je me souviens que mon regard s'était perdu sur la contemplation du sablier d'or puis, une froide obscurité s'était emparée de moi. A mon réveil, j'avais pris cette autre apparence. Celle qui pour la plupart était celle d'un démon. Celle qui pour quelques rares était celle d'un homme.

Ma vie d'humain avait débuté par des meurtres violents et des vols. Je n'étais qu'un être désorienté qui luttait désespérément pour survivre. Si je n'avais plus toute la force de mon ancienne forme, j'étais bien plus grand et bien plus fort que les humains ordinaires. Utilisant la lame de courage, le katana ayant vaincu l'ombre d'ébène et que j'avais gardé, je tuais froidement les humains égarés de leurs congénères, les dépouillant de leurs vives et de leur argent. Malheureusement, c'était insuffisant. J'étais très affaiblis lorsque je fis la connaissance des premiers humains capables de reconnaître en moi l'un des leurs. Ces moines m'avaient tendu une main, me désignant dès notre premier échange de regards comme leur « frère ».

Le loyal Benkei (1155-1189) - Période Heian - Aube de la Période Kamakura

La légende de Saitō Musashibō Benkei s'était répandue comme une flamme sur une traînée de poudre à travers tout le pays. Celui qu'on appelait plus courant « Benkei » était un guerrier venant de la secte Yamabushi, un groupe de moines montagnards reconnaissables à leur long manteau noir. On racontait qu'il gardait le pont Gojo depuis des mois, affrontant tous les guerriers souhaitant le traverser. En cas de défaite, le moine guerrier prenait la vie du perdant et récupérait son katana en signe de triomphe. Si Minamoto no Yoshitsune avait tendu l'oreille à chaque fois qu'on évoquait ce fameux moine guerrier, il n'avait jamais réussi à trouver de véritables renseignements sur cet homme. Tout ce qu'on savait de lui, c'était qu'il venait de mettre fin à un long pèlerinage, ayant passé les dernières années à fréquenter plusieurs monastères bouddhistes. Des rumeurs l'appelaient aussi « l'enfant du démon », le décrivant comme un homme immense aux yeux dorés. Minamoto, plus connu sous le nom de Ushikawa, adorait écouter les fanfaronnades, mais encore plus les vérifier de ses propres yeux.

La lune était pleine cette nuit-là. Ushikawa s'était rendu au pont Gojo, désireux de vérifier le fondement de la légende de Benkei. Alors qu'il arrivait au milieu du pont, il aperçut la silhouette d'un homme immense, frôlant sans peine les deux mètres de haut. Un sourire d'enfant s'était dessiné sur ses lèvres alors qu'il continuait d'avancer, distinguant le fameux long manteau noir des moines de la secte Yamabushi. Tel une statue, l'enfant du démon semblait être figé là depuis un long moment, attendant son prochain adversaire avec une effrayante patience. Autour de lui, un nombre incroyable de katana étaient plantées dans les rambardes en bois du pont. Laissant son sabre au fourreau, Minamoto no Yoshitsune sortit une simple flûte, commençant à jouer un air joyeux tout en s'approchant du moine guerrier. Avec euphorie, il s'était mis à compter combien d'armes comportait la collection du Yamabushi Benkei. Si la légende en annonçait neuf cents quatre-vingt-dix-neuf, Ushikawa n'en conta que quatre-vingt-dix-neuf... Les gens adorés en rajouter des couches ! Alors qu'il arrivait près du géant, une voix sombre s'éleva, ordonnant à lui «  l'enfant » de passer rapidement au risque, d'aller nourrir les poissons de la rivière. Peu impressionné par la menace, Ushikawa continua de jouer, croisant le fameux regard de l'immense guerrier. Dans l'obscurité, ses orbes brillaient d'une incroyable lueur ambrée. Benkei avait soupiré, proclamant qu'il était rare de rencontrer un être capable de résister à la peur qu'il incarne, s'étonnant d'autant plus qu'un vulgaire enfant puisse s'amuser ainsi en sa présence. Mais, Minamoto no Yoshitsune n'avait rien d'un gamin... Comment ce lugubre sōhei pouvait-il confondre un digne samouraï général avec un simple enfant ?

Tout bascula au moment où Benkei aperçut le katana de Ushikawa, caché à moitié sous sa cape du général. Dans un hurlement d'acier, le moine guerrier avait dégainé son sabre, se jetant avec férocité sur celui qu'il considérait jusqu'ici comme un simple enfant. Agile, Yoshitsune avait esquivé la lame de son adversaire, restant stupéfait quant à la force employée dans cette fulgurante attaque. Si par malheur, le katana de Benkei avait touché sa cible, la tête du samouraï aurait été décroché de son corps ! Sortant son sabre à son tour, Ushikawa s'était préparé à combattre la progéniture du démon. Ses yeux jaunes brillant de sauvagerie, le söhei Yamabushi vêtu de noir avait réclamé le katana du général de sa voix lugubre. Toujours aussi amusé, Minamoto no Yoshitsune le provoqua en lui demandant de venir le chercher lui-même ! Il était facile de comparer Benkei à un démon. Il était possédé par une barbarie innée, ses yeux étaient ceux d'une bête féroce, sa lame répondait avec violence à ses désirs de trancher la chair de son adversaire. Mais, la force brute du moine guerrier n'était pas suffisante pour vaincre un maître comme Ushikawa. Esquivant à nouveau la fureur du guerrier noir avec adresse, le samouraï avait pris appuis sur son épaule, passant par dessus l'immense homme pour se placer dans son dos. Le combat était déjà terminé. La pointe de la lame du samouraï général effleurait la nuque de son adversaire. Benkei venait de connaître une défaite après quatre-vingt-dix-neuf victoires consécutives !

Même si son corps restait figé par la menace de la lame, Benkei avait tout de même osé jeter un regard par-dessus son épaule. Aucune peur, aucun malaise, aucune inquiétude ne se lisait dans le regard ambré du moine guerrier. Le général avait senti son sang se glacer en remarquant qu'au contraire, le guerrier noir souriait ! Cet homme, si s'en était bien un, était si lugubre ! Était-ce que Benkei attendait depuis tout ce temps sur le pont Gojo ? La raison pour laquelle il avait démarré cette impressionnante collection de katana ? Depuis le début, il espérait être vaincu ?! C'était insensé ! L'assurance de Ushikawa n'était plus qu'un jeune pousse de bambou en proie à une tempête. Dans un murmure, le fils du démon déclara que même si le guerrier à flute n'était pas celui qu'il cherchait, il était le seul vrai adversaire qu'il avait jusqu'ici eu l'honneur d'affronter dans ce faible corps... Les paroles du söhei étaient si étranges... D'un rire cristallin, le général s'était laissé aller dans son amusement. Non, il ne pouvait pas tuer un tel homme ! S'il manquait cruellement de technique et d'entraînement, c'était le genre de monstre qu'on préférait voir à sa droite plutôt qu'à celle de son ennemi ! Quant à le tuer, ce serait du gâchis, frôlant même la stupidité ! Ainsi, Minamoto no Yoshitsune proposa à Benkei de devenir son compagnon d'armes. Sans l'ombre d'une hésitation Benkei accepta, remettant son sabre au fourreau dans un petit rire lugubre, parfait contraste à celui enfantin du samouraï général.

Depuis cette rencontre sur le pont Gojo une nuit de pleine lune, il était devenu rare de voir Ushikawa sans son fidèle Benkei. D'une manière étonnante pour un monstre comme le söhei, il prêtait une oreille attentive à tout ce que lui enseignait celui qui était devenu son maître. Minamoto no Yoshitsune n'avait pas pu s'empêcher de transmettre sa passion pour la poésie au géant toujours vêtu de noir. Aussi étonnant soit-il, Benkei y adhéra. Ces deux-là passèrent beaucoup de temps à deux, à observer les fleurs de cerisiers, le moine guerrier silencieux alors que Ushikawa laissait son amour pour la poésie s'exprimait librement. Le reste du temps, Benkei le passait à perfectionner son art du sabre, le kenjutsu. En compagnie de son loyal compagnon de,Ushikawa enchaîna les victoires sur le champ de bataille. La stratégie était simple mais d'une efficacité hors-pair. Conscient de l'effet de terreur que provoquait le guerrier noir, Minamoto no Yoshitsune l'envoyait toujours en première ligne face à l'ennemi. Benkei avait pour rôle de percer et détruire la formation ennemie. Ses adversaires terrorisés lui cédaient le passage, s'enfuyaient ou mourraient sous la lame sauvage du guerrier noir. A lui seul, le Yamabushi faisait basculer l'issue de la bataille dès son commencement. Yoshitsune et son armée n'avaient ensuite plus qu'à tendre la main pour cueillir la victoire. Les exploits de Ushikawa se répandirent dans tout le pays, lui offrant une place d'honneur auprès de l'empereur retiré Go-Shirakawa quand la guerre toucha à sa fin. Durant tout ce temps, Benkei resta au côté de son maître, tournant le dos au rôle qu'il devait jouer pour le destin. Mais, le destin rattrape toujours les imprudents.

La renommé de Yoshitsune avait attiré la jalousie de son demi-frère, Yoritomo. Tout ce que faisait Ushikawa déplaisait grandement à Yoritomo, ce dernier l'accusant d'infliger le plus profond des déshonneurs à sa famille en employant des tactiques de guerre indignes des samouraï. Si durant plusieurs années, le général samouraï parvient à fuir son frère, la trahison d'un de ses proches permis finalement à Yoritomo de lui mettre la main dessus...

Le château de Fujiwara no Motonari était encerclé. Yoshitsune et Benkei, piégés dans sa forteresse se savaient perdus par avance. Cette fois-ci, c'était la fin. Si le samouraï avait encore un bon nombre de fidèles, leur adversaire avait soulevé toute une armée dans l'espoir d'avoir enfin leur tête. Conscient que l'heure des adieux sonnaient, Benkei demanda à son maître quel était son ultime souhait. Souriant comme lors de leur première rencontre sur le pont Gojo, Minamoto no Yoshitsune émit le vœux de mourir dignement, en se donnant lui-même la mort par seppuku. Jamais, le moine guerrier ne comprit cette fascination pour l'honneur qu'avaient les habitants de son pays. Pourquoi les hommes préféraient-ils se donner la mort plutôt que de périr par celles de leurs ennemis ? Faire face à l'adversité, ne restait-il pas une chance, même minuscule, de survie ? Posant une main sur l'épaule de son compagnon, Benkei lui fit une dernière promesse.

- « Ushikawa, tu es et tu resteras à jamais cet enfant insolant jouant de la flûte, mon maître, mais aussi le seul ami qu'il m'ait été donné de rencontrer. Je vais retenir les hommes de Yoritomo alors, n'ai aucune crainte et part dignement. »

Nul homme présent ce jour-là ne pourrait oublier cet instant. Le soleil se levait à peine, illuminant de son éclat doré la neige d'un rude hiver. L'attaque des troupes ennemies était imminente. Un homme chevauchant un grand destrier noir s'élançait en solitaire vers la mort. Alors que sa monture filait au triple galop vers l'armée envoyée par Yoritomo, l'enfant du démon dégaina son sabre de son fourreau, tendant entièrement le bras sur son côté, comme s'il désirait que sa lame aiguisée puisse trancher le vent lui-même. Ses yeux ambrés brillaient d'une rage animal. Dans un terrible cri de guerre, Benkei chargea les troupes ennemies. Le dragon noir était de retour.

Une pluie de flèche s'abattit sur lui. Quand bien même elle avait atteint le genou gauche du guerrier noir, elle avait à peine réussi à le ralentir. Un geyser de sang ennemi accueillit le söhei lorsqu'il perça les premiers rangs de l'armée. La terreur s'était aussitôt installé, grignotant le cœur des hommes, balayant leur courage comme de simples feuilles face à une tempête. Dans une fureur qu'il n'avait pas connu depuis l'aube de sa vie, Benkei répandit la mort autour de lui, ignorant les projectiles qui sifflaient autour de lui. Il n'avait même pas sourcillé lorsque l'un d'eux s'était logé dans son épaule. Rien ne semblait pouvoir arrêter la férocité du démon noir. Benkei déversait toute sa colère sur les troupes dirigées par Fujiwara no Yasuhira, le traite.

Lorsqu'il aperçut Yasuhira, à l'abri à l'arrière de ses troupes, la rage de Benkei n'en fut que plus dévastatrice, brûlant en lui comme un feu ardent. Une nouvelle série de flèche tomba, causant la mort de la monture du Yamabushi. Trop terrorisés pour lui faire face dignement, les hommes envoyés par Yoritomo se contentaient d'essayer d'abattre le moine guerrier à distance. Se libérant des étriers de son défunt cheval, le loyal Benkei se rua en direction du traite, balayant de son katana tous ceux assez fou pour s'opposer à son désir de vengeance. Mais, Yasuhira n'était pas venu sans une quelconque ruse pour triompher du célèbre démon de Ushikawa... Un soldat à cheval s'était placé dans le dos du guerrier noir. Sans que Benkei ne puisse avoir le temps de réagir, l'homme lui aspergea le dos d'un liquide épais. L'odeur du liquide agressa violemment les narines du söhei. Ayant aussi reçu cette suspense dans l’œil droit, Benkei perdit quelques secondes à essayer de l'enlever. Ces quelques secondes lui furent fatal. Le moine guerrier eut à peine le temps de se retourner, de comprendre la situation, d'apercevoir la flèche enflammée qui le ciblait, qu'il était déjà trop tard. Dans un abominable hurlement de douleur, Benkei fut submergé par les flammes.

Aujourd'hui encore, nul ne sait si Minamoto no Yoshitsune est mort par la lame de ses ennemis ou, lors du seppuku qu'il espérait tant. Quant à Benkei, nombreuses sont les légendes nées de son incroyable loyauté. On raconte qu'il serait mort debout, le corps criblait de flèches...
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Commentaire : Ce perso aussi improbable que badass. J'crois que je vais kiffer le rejouer. Il m'éclate tellement Tatsumignon !


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Mar 5 Sep - 19:31
Histoire 2/3
Akihito Kenbukai (1575-1582) - Période Azuchi-Momoyama

Le vent soufflait si fort, que certains superstitieux, nerveux avant la bataille, prétendaient que c'était là un mauvais présage du Dieu Fūjin. Un rire sinistre grimpa dans les rangs. Bien que personne n'était surpris de sa provenance, il était difficile de garder son calme face au horo-shu du seigneur de guerre Nobunaga Oda. Le cheval noir d'Akihito Kenbukai se frayait un chemin parmi les rangs, avançant d'un pas lent pour rejoindre les premières lignes des troupes. Le seul œil valide du samouraï – l'autre, aveugle, étant caché par un bandeau de cuir -, d'une couleur ambrée des plus étonnantes, balayait ses troupes avec un amusement qu'il était facile de confirmer au sourire lugubre qu'il abordait. Cet homme, terriblement grand et sinistre, était considéré comme un véritable monstre sur le champ de bataille. Il faisait partit des horo noirs, l'une des deux unités d'élites de la garde rapprochée de Nobunaga Oda. Avant son entré au service du seigneur de guerre, personne n'avait jamais entendu parler d'Akihito. Bien que le recrutement de ces guerriers d'élites se basaient uniquement sur leurs capacités physiques et morales, il était étonnant qu'un être effrayant autant ses alliés que ses ennemis puissent être au service du premier unificateur du Japon. Pour le plus grand malheur des hommes de cette petite fraction de l'armée d'Oba pour la bataille de Nagashino, Kenbukai était leur commandant.

Portant l'armure noire des horo-shu, le grand homme était l'un des rares samouraï de haut niveau à avoir refusé une arme à feu. Il avait prétendu préférer qu'une telle arme sert à un être bien plus faible que lui, avançant avec peu de modestie qu'il n'avait besoin que d'un bon destrier afin, de facilement se mouvoir lors de l'assaut. Si la stratégie d'Oda reposait sur les arquebusiers, le seigneur général entendait également utiliser la ruse afin de faire sortir les troupes du clan Takeda du château de Nagashino. Akihito Kenbukai était à la tête d'une de ces troupes « leurres ». Le horo noir avait déjà envisagé d'utiliser une rivière, à proximité de sa position, afin de freiner l'assaut des troupes du clan Takeda, célèbre pour leurs charges de cavaleries. Ainsi ralentis, les armes à feu feraient un véritable carnage dans les rangs ennemis. La pluie avait commencé à tomber alors que le commandant en armure noir donna l'ordre à sa troupe d'avancer en direction du château. Si les hommes d'Oda suivaient le horo-shu par loyauté envers leur seigneur, beaucoup savaient qu'Akihito ne souhaitait aucunement gagner cette bataille. Ce n'était, pour lui, qu'une simple formalité. Une seule chose l'intéressait : que le sang coule à flot !

La bataille de Tenmokuzan venait de toucher à sa fin. Si une fois encore, Akihito Kenbukai pouvait se vanter d'avoir survécu et triomphé d'une nouvelle bataille, c'est dans un piètre état qu'il rentrait. Laissant son cheval avançait à son rythme, l'homme avait porté une main au pommeau de son katana, caressant du bout des doigts un ruban de couleur bleue nuit attaché à la garde de l'arme. Si l'homme n'avait rien d'un superstitieux, croyant tout simplement que tout pouvait arriver, sa femme avait insisté pour qu'il garde ce ruban accroché à sa fidèle lame, assurant que cela lui porterait chance et qu'il rentrerait, après la bataille, dans leur petit village de campagne. Cela ne lui plaisait guère mais, il devait avouer qu'elle avait eu raison... Bien que, Akihito estimait qu'il était destiné à survivre à toutes les batailles. La peur ne pouvait être vaincue. Alors, son fils incarnant sa personnification, devait au moins pouvoir faire de même. D'une certaine façon, Akihito avait été le premier surprit par sa relation avec la jeune Chiyuki. Cette douce femme ne percevait pas en lui le monstre qu'il était réellement, elle ne voyait qu'un homme, dont la principale qualité était sa grande loyauté et son amour pour son pays. Charmée par la beauté des poèmes qu'il lui offrait, elle avait même réussi à ignorer à quel point le corps du guerrier avait été marqué par la tragédie. Jamais Chiyuki n'avait questionné le samouraï au sujet des brûlures qu'il portait tel une malédiction. Au souvenir du sourire de la jeune femme qu'il aimait tant, Akihito Kenbukai talonna sa monture, ayant hâte de rentrer et d'enlacer sa moitié.

L'obscurité de la nuit naissante avait été clémente avec l'horo noir. A la manière d'une mère bienveillante, elle l'avait préparé à l'horreur qui l'attendait. Même s'il était encore à une bonne demi-heure de chevauché de son village, la gorge du guerrier noir s'était serrée en voyant une lueur ardente illuminée anormalement le lointain. D'épais nuages de fumée grimpaient lugubrement sur le voile céleste, dévoilant la nature de la lumière : Le feu ! Son village était en proie aux flammes ! L'inquiétude avait lacéré le cœur du samouraï. Lançant son cheval au galop, Akihito sentait sa propre force - la peur - lui grignoter les minces espoirs qui lui restaient encore. Sa course s'était arrêtée seulement quelques mètres après avoir pénétré l'entrée du village... Aussi puissant et féroce était-il sur le champ de bataille, face aux flammes Akihito était le plus impuissant des hommes. Il ne pouvait plus avancer. Tout son être était paralysé par une peur glaciale. Là où aurait dû se tenir sa douce femme, attendant patiemment le retour de son mari devant leur demeure, d'immenses flammes dévoraient avec appétit le cadavre d'une maison. Le samouraï avait l'épouvantable sensation de vivre un cauchemar éveillé. Le ciel était rougi par les flammes. La fumée et le vent distribuaient une odeur macabre de bois brûlé. Les corps de malheureux gisaient un peu partout, leurs dépouilles offertes à la folie du feu. Quelques heures auparavant, des barbares avaient attaqué le petit village. Sans défense, les villageois s'étaient faits pillés et massacrés. Quant aux flammes, Akihito le savait, elles étaient là pour lui. Pour lui rappeler qu'il n'avait toujours pas accompli la volonté de l'être de lumière. Pour lui rappeler que dans ce corps, il était terriblement faible.

Peut-être Chiyuki était encore en vie ? Peut-être criait-elle de terreur ? Peut-être pleurait-elle de douleur ? Peut-être priait-elle les divinités pour que son époux viennes la sauver ? Mais, Akihito était incapable d'avancer. Même s'il avait entendu la voix de sa femme le supplier de venir, il n'aurait jamais pu la rejoindre. Les flammes étaient sa plus grande faiblesse. Le feu se propageait davantage, agressant les plaines et les bois encerclant le village, menaçant de rejoindre rapidement l'horo noir. Dans le plus douloureux des regrets, le commandant Kenbukai fit faire demi-tour à son cheval. Dos au carnage, il lança par-dessus son épaule un dernier regard aux ruines enflammées qui étaient autrefois sa maison. Dans un déchirant hurlement de chagrin, Akihito Kenbukai avait rebroussé chemin.

Durant des jours l'homme chevaucha sans but, sans destination. Sa folle course ne s'arrêta que lorsque sa pauvre monture tomba d'épuisement. Désorienté, Akihito avait continué à errer à pied jusqu'à ce que ses jambes cèdent à leur tour. D'une main tremblante, il avait détaché le ruban bleu de la garde de son arme. Pendant un long moment, il l'avait gardé au creux de sa main, l'observant avec une grande tendresse. Puis, avec violence, le vent lui déroba son bien, l'emportant au loin. Pour la première fois depuis l'aube de sa vie, le dragon noir pleurait.

L'Oni borgne (1706-1861) - Période Edo

La jeune femme savait qu'elle prenait des risques en se rendant dans la forêt au beau milieu de la nuit mais, elle était si désespérée... Si beaucoup avaient entendus parler de la légende de l'oni qui exhaussait tous les vœux d'assassinats contre d'importantes somme d'argent, peu étaient assez fous pour se rendre à son autel, perdu au milieu des bois. La femme avait fini par trouver le fameux autel, reposant au centre d'une large plaine. Dans la pénombre, elle remarqua la présence d'un objet brillant d'un éclat doré sur le petit sanctuaire dédié au démon. Après avoir regardé dans toutes les directions, sans rien y remarquer d'inquiétant, elle avança d'un pas incertain vers cette curiosité. L'étrange objet évoquait un sablier mais, d'une étrange façon, il semblait ne pas appartenir à ce monde... La jeune femme tendit sa main vers l'objet de lumière mais, une voix sombre dans son dos lui ordonna de ne pas y toucher. Dans un cri de terreur, la jeune femme recula, perdit l'équilibre et tomba dans l'herbe humide. Ses yeux marron s'étaient écarquillés en découvrant le propriétaire de la voix. C'était celui qu'elle désirait rencontré, l'Oni borgne.

D'une carrure immense, le corps du démon était recouvert d'un long manteau noir, se finissant en une cape déchirée aux extrémités, comme si le temps avait eu raison d'un vêtement ayant été pourtant robuste jadis. Il portait un masque hideux et cornu, évoquant le démon oni qu'il était. Entièrement noir, il était décoré de quelques motifs dorés. Si le masque ne laissait aucune ouverture pour l'œil droit du monstre, la partie gauche disposait d'un orifice en amande, laissant un œil brillant d'une lueur dorée surnaturelle toisait la jeune femme.

A nouveau, la voix du démon résonna autour de l'humaine, lui ordonnant de lui soumettre sa requête. Plus terrifiée qu'elle ne l'aurait imaginée, il avait fallu un long moment à la femme pour retrouver un tant soit peu ses moyens, sortant maladroitement une bourse pleine de son vêtement. Sa requête exigeait la mort de toute une famille. La voix brisée par les larmes qu'elle n'arrivait pas à contenir, la jeune femme expliqua que cette famille lui avait pris son fils unique et ainsi, elle demandait justice, mais aussi vengeance ! Un rire sinistre s'empara du démon borgne. Avec amusement, il avait déclaré que les humains l'étonneraient toujours, se vantant d'être des symboles d'honneur et d'amour mais, au final, ils ne faisaient que mentir et dissimuler leurs véritables prières. Tout humain venait dans sa vie à désirer ce qu'il y a de plus sombre : le sang de leurs congénères. L'oni avait accepté le vœu d'assassinat de la femme, il n'en refusait jamais après tout. Ses mots étaient troublant pour la jeune femme, car d'une étrange façon, il lui avait « promis » qu'il prendrait la vie de toute la famille qu'elle désirait voir disparaître.

La nuit suivante, le démon s'était mis en chasse. Sans faire aucune distinction entre homme, femme ou enfant, il trancha de son katana tous les membres du clan qu'on lui avait demandé de tuer. En quelques minutes, ce qui était un charmant repas d'une grande famille s'était transformé en une véritable boucherie. Sans le moindre état d'âme, l'Oni borgne avait réalisé le vœu de la jeune femme. Une fois loin de des lieux du crime, le démon retira son masque, levant son visage vers le ciel étoilé, ce ciel qui autrefois était aussi son trône... Quelques nuits plus tard, le démon borgne décapita un homme dont le seul péché avait été d'avoir été infidèle. Deux semaines plus tard, l'oni avait massacré un prétendant à un noble titre, à la demande de son frère cadet jaloux. Un mois après, le démon à l'œil ambré massacra une nouvelle famille, épargnant un nourrisson hurlant seul dans son berceau sous le simple prétexte qu'il ne faisait pas parti de ses cibles. Encore, encore et encore il tua. Son existence ne se résumait plus qu'à attendre qu'on viennes lui donner un nom à effacer de ce monde. Tel un Shinigami, le démon ne vivait plus que pour être le serviteur de la Mort.

Celui qui autrefois avait cherché à vivre comme un homme avait fini par devenir un démon. C'était ainsi. C'était sa véritable nature. Il était un être démoniaque destiné au massacre et condamné à la solitude. Qu'importe si les flammes le menaçaient. Qu'importe si l'être de lumière revenait lui reprendre ce qu'il lui avait donné. Il s'abandonnait au mal. Il incarnait la peur originelle. Il était le dernier des dragons noir.

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Mar 5 Sep - 19:32
Histoire 3/3
Tatsumi Hatakeyama (2012) – Japon, Tokyo

Beaucoup proclament encore haut et fort que le monde a changé. Ce qui, n'a rien de nouveau. Le monde n'a jamais eu cesse de changer, se modelant aux caprices des Hommes et de Dame Nature. La guerre du béton contre la terre. La seule différence marquante, c'est qu'un troisième challenger, indéfinissable et inattendu, a fait subitement son apparition, bouleversant cette guerre. L'apparition de la faille noire a seulement accéléré la guerre et, probablement avancé son issu de quelques siècles... Qui vivra, verra. Telle est la vision de celui qui se fait désormais appelé Tatsumi Hatakeyama. Il a bien eu des noms et des surnoms au court de sa longue vie, mais sa préférence pour ce prénom et pour ce nom, difficilement prononçable pour les étrangers, est notable.

Tatsumi Hatakeyama sera son dernier nom.

Le temps du dragon noir, du guerrier loyal, du samouraï amoureux, du démon borgne... Le temps où il volait la personnification de la peur à la Mort elle-même... Lui semblait si loin, désormais. Tatsumi Hatakeyama est vieux. Il a vécu plus que de raison. Il a survécu à des siècles de guerres et de violence. Notre époque, qu'il voit comme l'âge funeste des Hommes, est bien trop bruyante et va à une allure trop vertigineuse pour un être ancien tel que lui. Tatsumi a déposé les armes. Il a renoncé une bonne fois pour toute à cette vieille promesse, faite il y a bien longtemps, à cet être de lumière... Il aurait voulu faire honneur à son serment - quant bien même il a toujours eu l'impression d'avoir subi la plus grosse arnaque du siècle en acceptant l'offre de cet être trop pur et trop blanc pour être fiable – cependant, il était au crépuscule de son existence. Sa fin approchait. Il n'avait plus assez de temps pour remplir sa part du marché.

Il l'avait tant cherché. Il avait parcouru le Japon, encore et encore. Il avait participé à toutes les guerres, risqué sa peau dans chaque bataille, affronté tous les braves croisant son chemin, dans le seul espoir de le reconnaître parmi ses adversaires. L'élu, le héros destiné à terrasser l'Ombre d'ébène, Tatsumi avait passé sa vie à le chercher, sans jamais, ne serait-ce, apercevoir son ombre.

C'est avec un arrière goût d'échec, que l'ancien démon prit sa retraite, souhaitant finir sagement ses jours en retrait des humains, ces éternels idiots devenus encore plus agaçants depuis l'apparition de la faille. Pour une bouchée de pain, il récupéra une vieille ferme à la campagne et, avec un peu plus de moyen, la transforma en un splendide domaine. De différentes manières, cet endroit provoquait en Tatsumi un flot de nostalgie. Le cerisier dans la cours lui rappelait celui sous lequel son maître écrivait des poèmes. La vue sereine que la chambre offrait sur le jardin lui rappelait les longues nuits qu'il avait partagé à discuter avec sa femme. Ne pouvant apprécier le présent, Tatsumi préférait se souvenir.

Le sablier, confié par l'être divin, brillant d'un glorieux éclat doré, cet objet que le démon avait toujours gardé avec lui, censé l'aider à trouver le fameux Héros, avait fini au milieu d'autres objets inutiles au fond d'une pièce servant d'entrepôt.

Tatsumi Hatakeyama (2015) – Japon, Tokyo

Il avait sombré à nouveau. Il est commun pour un drogué de faire une rechute, pour un fumeur de se laisser tenter lorsqu'on lui propose une cigarette, pour un vieux démon comme Tatsumi Hatakeyama de commettre la pire des atrocités à la moindre contrariété. Le goût et la couleur du sang lui avait tant manqué... Le poids de son katana, augmentant sans cesse durant le combat jusqu'à devenir lourd, lui rappelait les longues batailles de sa jeunesse. Son souffle saccadé quittait ses lèvres amusées en lui offrant cette sensation unique d'être vivant. Une fois de plus, il avait joué en compagnie de la Mort. Une fois encore, il était le seul à ne pas verser des litres et des litres de sang sur une moquette probablement neuve.

Non, ce n'est pas la folie qui a poussé le démon à sortir les crocs. L'ère était si folle, que désormais, les humains s'attaquaient même aux êtres les plus dangereux. Qu'importe les pouvoirs farfelus et étranges que le genre humain avait gagné par il-ne-sait quelle connerie, Tatsumi Hatakeyama n'y voyait là qu'un petit rebondissement amusant, sans enjeu majeur, lorsqu'il dégainait son sabre pour trancher et transpercer ces idiots. Le vieux démon venait de couper la tête du gang de Yakuza d'Akihabara. Durant un instant, il observa de son unique œil ambré le cadavre sur lequel il s'était le plus défoulé, celui du leader d'un clan désormais éteint. Ce dernier, avant que Tatsumi ne se déchaîne, avait proclamé avoir agit pour protéger « sa famille »... Chassant sa vilaine curiosité, le démon avait quitté les lieux, avant que d'autres humains ne viennent compromettre sa retraite.

Tatsumi Hatakeyama ne pouvait alors pas se douter que l'année suivante, il serait la nouvelle tête du clan de Yakuza d'Akihabara.

L'hiver avait déjà commencé, imposant sa robe blanche à ce monde de béton et de lumières artificielles. Tatsumi détestait cette saison, probablement parce qu'elle clôturait parfaitement tout et n'importe quoi... Un livre, un film... C'était aussi une saison parfaite pour mourir. Ce soir-là, il avait emprunté le parc, notamment parce que le pont s'y trouvant lui rappelait de ces souvenirs qu'il chérissait plus que tout. Le katana à sa ceinture, ce ciel étoilé encadrant la majestueuse pleine lune... Sous une autre identité, dans un monde complètement différent, sur un tout autre pont, il avait défié en combat singulier tous les guerriers voulant traverser ce dernier... Dans l'espoir d'y rencontrer un certain Héros... Une bien vieille histoire.

Le démon borgne délaissa le passé pour le présent lorsqu'il aperçut, de l'autre côté du pont, une silhouette s'avançant dans l'obscurité. Cette nuit avait un parfum de nostalgie, mais aussi quelque chose d'irréel que Tatsumi n'arrivait pas à définir. La pénombre, faiblement éclairée par les lampadaires du parc, dont la lumière rendait le blanc de la neige lumineux et fantomatique, ainsi que l'ambiance faussement silencieuse devait y être pour quelque chose. Du moins, c'est qu'il pensait, jusqu'à distinguer le fourreau d'un katana à la ceinture de l'homme qui s'avançait vers lui.

Oublié dans une pièce servant d'entrepôt pour de vieux objets, des boites remplies de choses inutiles, des katana endormis au fond de leur fourreau, le masque d'un démon japonais ou encore, un sablier ancien dont la faible lumière était étouffée par la poussière. Subitement, ce dernier se mit à briller comme jamais, si fort, que toute la petite pièce s'illumina d'un doré divin.

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Tatsumi Hatakeyama | Yakuza [Terminée]
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