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Yoshino Tokugawa | Gardien [En cours]




Fiche : Une tartelette à la fraise.
Grade : D
Niveau : 1
Expérience : 18



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Sam 18 Mar - 21:03
TOKUGAWA YOSHINO
Race : Humain
Sexe : Masculin
Âge : 21 ans
Anniversaire : 07/07
Nationalité : Japonaise
Classe sociale : Haute
Groupe : Gardien
Métier : Chef de famille Tokugawa - Leader des Gardiens
Sexualité : Homosexuelle
Loisirs : La littérature lorsqu'il était plus jeune. Si vous lui demandez ses loisirs aujourd'hui, il vous certifiera n'avoir pas le temps pour ce genre de pratiques.
Pseudo sur Kaibyou : Sudden Strawberry
Particularité : Il a les cheveux bleus cyans. C'est une particularité assez marquante pour son entourage. Après tout, on ne connait jamais deux personnes ayant les cheveux de cette couleur. Yoshino raffole des pâtisseries et, d'un peu prêt tout ce qui est sucré en général. Il adore la cuisine française. La situation la plus embarrassante pour lui, c'est lorsqu'on le surprend entrain de fumer en cachette.
Avatar : Ichigo Hitofuri - Touken Ranbu
Mental
Yoshino porte un masque et, sous ce masque, il y en a un autre. Quant à ce qu'il y a en dessous de ce deuxième masque, cela pourrait être une face effrayante et vide tout comme, le véritable visage de l'héritier des Tokugawa.

Un calme impérial.

Sagement assis à une table légèrement en retrait aux autres, le jeune homme semble avoir formulé le souhait d'être seul. Comme de coutume, il attire bien des regards, curieux ou connaisseurs. À sa table, une tasse de thé vert encore fumante, un livre ouvert dont n'importe qui serait curieux de connaître le titre. Cependant, personne n'ira troubler le moment de détente du jeune homme. Ce serait un sacrilège. Yoshino Tokugawa semble être dans l'instant qui le représente le plus : le calme. Ses gestes sont beaux, lents et raffinés, soulignant une éducation si stricte, que toute notion de maladresse ou d'impolitesse semblent avoir été totalement effacées de son être. Son regard fait d'or et de miel reflète parfaitement son esprit vif et travailleur. Qu'importe ce qu'il fait, Yoshino semble perpétuellement concentré, comme plongé dans des réflexions qu'il garderait secrètes. Ses yeux enchanteurs analysent chaque objet à sa portée comme si, il les redécouvrait à chaque fois, sous un tout nouvel angle.

Tel un enfant sage, il s'amuse à remuer la petite cuillère dans son thé pour y contempler les spirales qui s'y forment. Le sourire enfantin sur ses lèvres lui donne un aspect terriblement innocent. La serveuse trouve enfin le courage d'aller déranger le calme impérial du Tokugawa, lui souriant tout en lui déposant une petite assiette transportant une merveilleuse pâtisserie. S'ensuit un échange de sourire, de courtoisie et de mots gentils. Yoshino n'a pas besoin de regarder sa montre pour savoir que son temps de repos touche bientôt à sa fin et pourtant, il prendra tout son temps pour déguster avec gourmandise sa pâtisserie. Bien évidemment, cela ne l'empêchera pas d'être à l'heure pour la suite de son programme.

Un caractère princier.

Il n'est pas réellement possible de dire « non » à Yoshino Tokugawa. Loin d'employer ses atouts et son pouvoir à tout va, Yoshino ne supporte tout simplement pas qu'on lui refuse quelque chose. Ce trait de caractère vient de son éducation, directement de son paternel, à qui personne ne ferait la bêtise d'adresser un refus. Les Tokugawa sont une famille puissante et influente et, Yoshino a bien apprit sa leçon.

Ce qu'il désire, Yoshino l'obtient toujours. Qu'importe le temps, l'énergie ou les moyens, il emploiera ce qui est nécessaire pour parvenir à satisfaire ses royaux caprices. Loin de jeter son dévolu sur la nouveauté ou le rare, le Tokugawa est au contraire très sélectif. Il fonctionne au coup de cœur, d'une manière aussi spontanée qu'inattendue. Il est même assez rare que quelque chose lui plaise au point où il en fait une obsession.

S'il est le prince des manipulateurs, le jeune Tokugawa est aussi très influençable et, certaines remarques le sortent étonnamment de sa ligne de conduite. Ainsi, un seul commentaire particulièrement stupide sur le fait qu'il ressemblait à n'importe quel autre jeune japonais de son âge, a suffit à remettre Yoshino en question. Dès le lendemain, il affichait fièrement la chevelure bleue cyan que nous lui connaissons si bien.

Avec ses proches, Yoshino est toujours calme et plutôt discret. Il est rare qu'il participe et se mêle à l'ambiance générale, préférant prendre la parole que lorsqu'il considère que son intervention est requise. Sans son pouvoir, il serait peut-être même effacé. S'il ne semble pas très sociable aux premiers abords, Yoshino adore la compagnie, plus il est entouré de vie et d'énergie, plus son humeur est bonne. Quant il s'agit d'agir en chef de famille ou en leader des Gardiens, la personnalité du Tokugawa est beaucoup moins passive. Il utilise astucieusement les mots, les gestes et les regards afin que le cours des évènements soit contraint de suivre ce qu'il a décidé. Derrière ses airs parfois désintéressés et désinvoltes, Yoshino est très protecteur envers ceux qui ont fait le choix de le suivre.

Le nom des Tokugawa représente beaucoup pour Yoshino. Jamais l'un de ses actes ou l'une de ses paroles aura pour conséquence de salir le nom de sa famille. Quant à ceux souhaitant souiller l'honneur des Tokugawa, il pourrait très bien connaître l'un des rares excès de colère et de violence de leur héritier.

Un certain sens de la justice.

Lorsqu'on demande à un Héros, ce qu'il ferait s'il avait le choix entre secourir un bateau de 200 passagers contenant l'un de ses proches ou, un autre contenant 300 passagers, celui-ci se doit de répondre qu'il choisirait la troisième option : celle de sauver les deux bateaux. Si on pose la même question à Yoshino Tokugawa, ce dernier répondra immédiatement qu'il ferait le choix du second. Aucune hésitation. Si on vient à lui faire la remarque qu'il devrait réfléchir un peu plus longtemps à la question, Yoshino forcera un petit sourire en guise de réponse.

Pour Yoshino, la justice n'existe pas. C'est une utopie qui est souhaitable de vouloir toucher, mais totalement in-atteignable. Pour sauver des individus, il faut parfois en sacrifier d'autres. Pour qu'une société prospère, il faut parfois plonger une partie de la population dans le malheur. Aux yeux du Tokugawa, rien n'est tout blanc ou tout noir, tout est d'un gris qui, même s'il est parfois plus ou moins délavé ou sale, restera toujours gris.

Si cette façon de penser semble terre-à-terre et réaliste, elle est particulièrement mal vue par la société actuelle, plus enthousiaste à supporter les belles valeurs des Héros. Ce qui exaspère au plus haut point le Tokugawa, accentuant l'hostilité personnelle qu'à le jeune homme envers les Héros. Disons, qu'il n'apprécie pas de voir des êtres aux pouvoirs monstrueux et dévastateurs faire étalage de leur puissance devant des caméras en guise de justice. Sous l'identité d'Imperial Fox, il est fréquent que Yoshino nargue les Héros en les observant au loin ou, en les ridiculisant lorsque son devoir de Gardien croise les directives que reçoivent les Héros de la Ligue de Justice. À ses risques et périls.

Derrière ses allures de prince, son sourire d'ange et son regard ensorceleur, Yoshino Tokugawa est un jeune homme transportant une vision du monde malheureuse, faisant passer son devoir en tant que leader des Gardiens avant ses propres sentiments et son humanité, agissant en suivant un mode de pensée réfléchit et écrit par avance. Si le jeune homme est droit et confiant envers ses principes, il n'en reste pas moins affaiblit et blessé par le poids de ses propres actions, affichant un éternel sourire de façade pour dissimuler ses faiblesses et ses remords. L'héritier du clan Tokugawa ne prends jamais le temps de réfléchir à son propre bonheur, il ne se sent pas malheureux, il considère seulement que son existence doit être dévouée à protéger l'humanité de la folie provoquée par la faille. Ce devoir est l'héritage qu'il a reçu de son mentor, l'ancien leader des Gardiens, appuyé par la vision du monde et de la Justice que lui a enseigné son paternel.

Le premier masque que porte Yoshino est le prestige transmit par les Tokugawa. Le second est le noble héritage des Gardiens. Sous ces faces fatalistes et sans sentiments, il n'y aurait qu'un homme comme les autres.
Physique

Des prunelles dorées, précieuses qui semblent être faites d'or. Il est difficile de décrocher le regard de celui du jeune homme, tant ses yeux sont envoûtants. En les scrutant attentivement, vous apercevez ce doré impérial, évoquant la richesse et le pouvoir, ainsi que des nuances plus douces, plus mielleuses, caractérisant tout aussi bien l'héritier des Tokugawa. Seulement, est-ce bien prudent de regarder cet homme droit dans les yeux ? Vous ne pouvez que vous en rendre compte, ses iris sont spéciaux…

Mais, avant d'en venir à regarder de manière intense Yoshino dans les yeux et ce, dès votre première rencontre, votre attention s'est très probablement attardée sur autre chose… Ses cheveux d'une couleur cyan, bien que certains aiment penser sous forme de débat qu'ils sont bleus ou verts, sont tels une tâche de peinture sur une toile d'une valeur inestimable. Sa couleur de cheveux surprend peut-être au début, mais ne déplaît pas. Il y a bien une histoire derrière ce choix de couleur capillaire seulement, il est rare que Yoshino en parle. C'est comme une confidence qu'il ne fait qu'à des privilégiés.

Vous n'avez pu que remarquer sa gestuelle élégante et, inévitablement, le fait qu'il porte toujours des gants, comme pour dissimuler ses longs doigts. S'il ne le laissera jamais transparaître, le jeune homme n'aime pas ses mains, qu'il cache depuis une remarque de son paternel. D'allure générale, Yoshino Tokugawa est grand, mince et élancé. Vous ne vous êtes probablement pas attardé sur sa tenue, parce qu'elle est impeccable et splendide, parfaitement assortie à l'endroit prestigieux dans lequel vous avez rencontré le Tokugawa. Inutile de vous dire qu'il n'y a pas la moindre chance de croiser le jeune homme dans la supérette au coin de la rue... Dans le cas contraire, il serait presque impossible de le reconnaître, tant la situation serait surprenante.

Peut-être avez-vous profitez que les iris impériaux vous quitte le temps d'une distraction de quelques minutes pour détailler le reste du visage du jeune homme ? Un visage fin, entre l'ovale et le cœur, au teint frais, à la bouche douce et au nez court. Si ce cadre n'était pas celui d'un regard précieux et unique, peut-être qu'on aurait qualifié le visage de l'héritier des Tokugawa comme ordinaire, voir même banal. L'attention du jeune revient à vous et, une fois encore, vous vous perdez dans l'or envoûtant de ses yeux. Si son regard est votre prison, sa voix pourrait très bien être votre bourreau. Elle est basse, au point de quémander toute votre attention, que vous lui soyez entièrement exclusif. Son timbre est doux, elle prend le temps de prononcer proprement chaque mot, leur donnant un autre impact, une nouvelle force. Une voix charmeuse, dont on écoute les paroles comme on boit du petit lait.

Yoshino Tokugawa est un homme perpétuellement occupé. Il n'a malheureusement pas plus de temps à vous accorder. Il est rare qu'on puisse approcher le jeune chef du clan Tokugawa d'aussi prêt. Néanmoins, il vous a fait cet honneur. Vous devriez en être heureux. Plus tard, cette rencontre fera naître en vous une tout autre saveur. Vous auriez l'étrange et troublante impression d'avoir échappé de justesse à un ensorceleur.
Imperial Fox
Nom du Pouvoir : Regard Impérial

Description du Pouvoir : Avez-vous déjà essayé d'imaginer qu'elle serait la couleur des yeux d'un Dieu ? Dans le cas contraire, inutile de vous donner cette peine. Ils seraient certainement d'une couleur semblable à celle de l'or. Un doré à la fois doux et cruel, tantôt mielleux, tantôt brut. Connaissez-vous Yoshino Tokugawa ? Il est probable que son nom vous dise quelque chose, on parle beaucoup de lui, dernièrement... Yoshino Tokugawa n'est qu'un homme. Du moins, il l'est jusqu'à ce qu'on le regarde droit dans les yeux. À ce moment-là, on lâche prise. On tombe sous son charme. On se noie dans l'or impérial de ses yeux. Durant ce court instant, Yoshino Tokugawa n'est plus un homme. C'est un Dieu.

Lorsqu'on communique avec un autre individu, naturellement, notre regard cherche celui de notre interlocuteur. Il n'en faut pas plus au Tokugawa pour exercer son emprise. Lorsqu'on est piégé dans le regard du jeune homme, on ressent comme une grande dévotion à son écart. Il devient alors difficile de détourner le regard des prunelles dorées, difficile de refuser quoi que ce soit à leur propriétaire, difficile de ne pas boire les paroles de Yoshino comme du petit lait. On souhaite lui plaire et, on est prêt à tout pour attirer ses faveurs. On se soumet aux désirs et aux ambitions du chef de clan Tokugawa comme s'il s'agissait du plus illustre des Empereurs. Lorsque Yoshino ferme finalement les yeux, mettant fin à l'échange, on se sent toujours perdu et malheur. Si les effets du regard impérial s'estompent peu après, que la raison se fait à nouveau entendre, il reste horriblement difficile pour un individu de revenir sur une décision prise sous l'emprise de Tokugawa Yoshino.

Il faut une certaine intensité à Yoshino pour exercer son pouvoir. Ainsi, il fonctionne bien mieux lorsqu'il est seul avec sa cible, ou très peu entouré. De même qu'il doit garder son regard dans celui de son interlocuteur et, ne le détourner à aucun moment. Les endroits calmes et isolés sont préférables. Le regard impérial ne peut pas être utilisé plusieurs fois sur la même personne dans la même journée, perdant beaucoup trop son efficacité lorsqu'il est poussé à cette extrémité. Le pouvoir de Tokugawa Yoshino ne semble pas avoir de contre-coup. Fait intéressant à savoir, il semblerait que le chef de clan Tokugawa puisse utiliser son propre pouvoir sur sa propre personne, lorsque qu'il se perd dans la contemplation de son reflet au travers d'un miroir.

Nom de l'artefact : Lame Silencieuse

Description du pouvoir de l'artefact : C'est presque offensant de savoir que l'artefact d'un Tokugawa est une lame Muramasa... Les lames Muramasa ont toujours étaient craintes par le clan Tokugawa et ce, depuis l'ère Edo. Elles ont toujours étaient perçues par les Tokugawa comme anormales et maudites. Ces lames du démon ont causées maintes fois malheur et déshonneur au clan. Néanmoins, Yoshino tient énormément à son artefact qui, pendant bien des années de sa vie, l'a appelé sans que le jeune homme n'ose approcher l'arme prétendue maudite.

L'artefact de Yoshino Tokugawa, qu'il a nommé "Lame Silencieuse", a le pouvoir de faire taire les dons de ceux qu'elle entaille jusqu'au sang. Plus la coupure est longue et profonde, plus le temps d'annulation du pouvoir est long. La Lame Silencieuse ne peut pas faire taire les pouvoirs des autres artefacts ainsi que certains pouvoirs d'êtres surnaturels ou légendaires.

Costume : Masque de renard. Très loin de vouloir passer inaperçu à l'aide de ce genre de masque - les cheveux cyans le trahissent toujours en moins de dix secondes -, il lui sert principalement à se cacher des esprits et, à prouver sa dévotion à la déesse renarde Inari. Il possède toute une collection de masques, bien qu'ils représentent tous le visage d'un renard. Il porte également un long manteau blanc, se finissant en cape, avec l’emblème des Tokugawa en son dos, représentant trois feuilles de rose trémière.

Présent

Il y a quelques années, dans le courant de la même année, Yoshino est devenu le chef de famille du clan Tokugawa et le meneur des Gardiens. Cette montée en puissance et en responsabilités a fait du jeune homme l'un des personnages de la haute société japonaise les plus importants. Même si le père de Yoshino a laissé son fils prendre les reines du clan Tokugawa, ce dernier est constamment dans son dos, s'assurant que Yoshino suive impérativement ses pas.

En prenant la suite de son mentor, Yoshino a enfilé le manteau du leader des Gardiens. Si son jeune âge aurait dû faire grincer des dents un bon nombre de vétérans de l'organisation, c'était sans compter sur le don du Tokugawa. Yoshino a utilisé et abusé de son pouvoir afin de soumettre les membres les moins dociles, utilisant simplement son charisme naturel et l'éducation qu'il a reçu pour convaincre les autres. Loin d'être le genre de chef à rester au chaud pendant que ses Hommes risquent leur peau, Yoshino est régulièrement sur le terrain. Missions après missions, Yoshino a su prouver ses capacités en tant que meneur et s'attirer le respect des héros de la nuit.

Les Gardiens ne sont pas les seules victimes du Regard Impérial de Yoshino. Afin de rendre la gloire passée aux Tokugawa et d'offrir plus de terrains aux actions des Gardiens, Yoshino n'a pas hésité une seule seconde à manipuler un grand nombre de personnes influentes, se créant ainsi tout d'un réseau « d'amis ». Il est par ailleurs, invité d'honneur à toutes les soirées et banquais les plus ennuyant du pays.

S'il n'avait pas rencontré d'obstacles,Yoshino aurait probablement continué sa quête de pouvoirs. Cependant, il fut stoppé brutalement dans son ascension. Ne pouvant se dresser contre un ennemi comme le Gouvernement, lequel possède entre ses mains une multitude de moyens pour fissurer voir détruire le petit monde du Tokugawa, Yoshino fut contraint de se soumettre, lui et les Gardiens, aux exigences du Gouvernement. Depuis, les Gardiens poursuivent leurs activités dans l'ombre tout en étant à la solde du Gouvernement.

Aussi étrange soit-il pour quelqu'un portant autant de responsabilités, Yoshino trouve encore le temps de disparaître certains jours, réapparaissant le lendemain. Personne ne sait réellement ce qu'il fait et où il va, mais après tout, si le Tokugawa arrive à avoir un semblant de vie personnelle... Qui irait le blâmer ?
Histoire
À vrai dire, je m'attendais à autre chose. Quelque chose de plus « japonais », avec un sol à l'ancienne, des murs en papier, le personnel en kimono... Peut-être quelque chose de plus modeste, aussi. Cet endroit ressemblait plus à un quelconque palais occidental, exposant richesses sur richesses, vieilleries sur vieilleries, affichant bien des monstres et des héros sur les murs, les sculptures et les tableaux afin d'impressionner les visiteurs. J'avais l'impression d'avoir pénétré dans le palais impérial. Enfin, j'imagine qu'il devait ressembler à ça. Jamais on irait inviter un pauvre gars comme moi chez l'empereur de ce pays. Je m'appelle Illarion Wolkoff. Et à cette époque, j'arpentais les couloirs de la demeure familiale des Tokugawa en compagnie d'une escorte peu charmante. Autrefois, les Tokugawa ont dirigé le Japon et ce, durant des siècles. De nos jours, s'ils n'en restent pas moins redoutables, les Tokugawa ont perdu toute possibilité de gouverner à nouveau. Les trois hommes m'accompagnant s'étaient immobilisés devant une double porte finement décoré d'or et de rouge. J'allais enfin rencontrer mon client, Masazane Tokugawa. Que pouvait-il bien vouloir aux Gardiens ?

On avait ouvert qu'une seule porte pour me laisser rentrer, me rappelant clairement à quel point j'étais petit pour ces gens-là. Si déjà les employés de la maison me prenaient de haut... La pièce était si large, qu'on aurait facilement pu y faire rentrer ma propre maison. Rien que ça... Au centre de la pièce, de beaux fauteuils encadraient une large table basse de marbre et, face à celle-ci, le plus beau fauteuil que j'ai vu de toute ma triste vie. Il était occupé par un homme à la carrure imposante pour un japonais, aux cheveux grisonnants et au visage dont les quelques rides venaient accentuer son aspect sévère. Masazane Tokugawa... Le chef de famille de la maison du même nom. Ignorant aussi bien les domestiques que eux m'ignoraient, je m'étais avancé, jetant un léger d'œil derrière-moi pour y toiser les trois hommes de main qui avaient pris place devant la seule véritable issue de la pièce. Pour me rassurer, je m'étais rappelé que je n'avais jamais rien fait à l'encontre de ces japonais-là... Je m'étais légèrement incliné une fois la table basse atteinte, adressant mes respects au Tokugawa. J'avais sagement attendu qu'il me donne l'autorisation avant de prendre place. S'en était suivi un très long silence où, je n'avais eu pour distraction que les actions des domestiques, servant le thé et quelques biscuits.

Masazane Tokugawa prit enfin la parole. Si je comprenais le japonais grâce aux dernières innovations en terme de technologie, la traduction se faisant dans ma tête était si hasardeuse et difficile à mettre en ordre, que je sus directement que le Tokugawa s'exprimait d'une façon qui nécessitait toute mon attention, ne tolérant pas qu'on puisse réfléchir en même temps que ses paroles. Il maîtrisait parfaitement son discours. Il connaissait bien les limites du traducteur. C'était un homme intelligent. J'en aurais mis ma main à couper. Malheureusement, les hommes intelligents et puissants sont toujours également dangereux. Pendant une dizaine de minutes, le japonais s'était présenté, lui et sa prestigieuse famille qu'on ne présente plus. Lorsqu'il évoqua mon organisation, les Gardiens, ainsi que les services que son clan nous avait apporté autrefois, je m'étais assombri. Qu'un homme comme lui rappel qu'on lui en doit une, ça ne peut rien signifier de bon. Certes, les Tokugawa avaient aidé mon groupe durant une traque importante au Japon. Certes, les Gardiens lui en devaient bien une. Seulement... Je n'étais pas le genre d'homme à rendre la pareille. J'avais espéré en répondant à son invitation, qu'il me demanderait juste l'intervention des Gardiens pour une requête entrant parfaitement dans nos cordes et non pas, de payer notre dette dans les plus bref délais...

Masazune avait ensuite parlé de son fils, Yoshino Tokugawa. Je pense que rien qu'à l'expression interrogative sur mon visage, le japonais comprit que j'avais totalement perdu le fil de la conversation... Où voulait-il en venir ? Qu'est-ce que le fiston faisait dans cette histoire de dette ? Puis, le Tokugawa demanda à son fils de s'avancer. Depuis le début, le gosse était dans la même pièce que nous. Tout comme j'avais ignoré avec brio le personnel arrogant des Tokugawa, j'avais également négligé l'enfant de dix ans qui se tenait debout, légèrement en retrait derrière son paternel, depuis tout ce temps. C'était la première fois que je voyais Yoshino. Loin de ressembler à son père, l'enfant était mince et peu grand, les cheveux sombres, la tête basse. Il regardait le sol. Il ne regardait que le sol. Loin de refléter l'arrogance, la fierté et la puissance des Tokugawa, le jeune Yoshino ressemblait plus à un enfant triste et effacé. Même un idiot l'aurait deviné. C'était ça, le problème de la maison Tokugawa. Masazune Tokugawa ne voulait pas d'un tel successeur. C'était ça, la raison pour laquelle il m'avait invité. Si ce fait n'était guère étonnant venant de la part d'un tel homme, la suite quant à elle, fut du grand n'importe quoi... L'homme à la tête de la prestigieuse famille voulait me confier l'éducation et la formation de son fils. Il ne voulait pas seulement en faire un successeur, il voulait aussi en faire un Gardien.

Yoshino Tokugawa était un enfant incroyablement calme et silencieux. Il ne protestait jamais, ne posait aucune question. Tel un petit chiot, il me suivait partout où j'allais. Sauf que je fréquentais tout sauf des airs de jeux et autres bacs à sables. Loin de faire dans la maltraitance enfantine, je ne faisais que ce pourquoi j'étais payé. C'était ce que désirait Masazune Tokugawa. Si cet homme avait vécu à une autre époque, il aurait emmené son fiston à la guerre à peine ce dernier aurait-il eu l'âge d'ouvrir les yeux et de voir le monde. Qu'importe la morale. Du moment que les Tokugawa soient profitables aux Gardiens, je suis prêt à me sacrifier en me coltinant un gosse de riches dans les pattes.

Le rôle des Gardiens est de repérer et localiser les humains utilisant leurs pouvoirs, souvent non déclarés, de façon à nuire à la société, en s'enrichissant de manière illégale par l'exemple. Autre que les humains, il y a aussi les anomalies engendrées par la faille noire. Je ne vais pas vous sortir tout le bestiaire.... Vous savez probablement de quoi je veux parler ! Une fois que la cible est à notre porté, nous faisons ce qui est nécessaire pour l'arrêter. Tout ce qui est nécessaire. Quand les humains nous laissent cette possibilité, nous les remettons aux autorités... Sinon, leur sort est similaire à celui des inhumains. Ce boulot serait probablement plus confortable si notre priorité n'était pas d'être les plus discrets possibles. Notre organisation se doit de rester dans l'ombre. Le grand public ne doit pas voir le sang durci sur nos mains.

Comme son père lui avait ordonné, Yoshino se contentait d'observer en silence, restant constamment en retrait. J'étais certain que ce gosse ne comprenait même pas la moitié de ce que je faisais, mais il gardait le silence et continuait d'observer, laissant probablement des centaines de questions bourdonner dans sa petite tête. Il n'était pas mon premier disciple, mais il était le plus particulier et le plus facile d'entre tous. Cet enfant était un livre aux pages entièrement blanches, vides de toutes lettres. On pouvait y écrire ce qu'on voulait, y définir ce que serait cet enfant plus tard, une fois devenu adulte. Masazune l'avait-il seulement réalisé ? La question serait plutôt... Masazune avait-il seulement déjà réellement prêter attention à son fils ? Ce dernier semblait avoir jusqu'ici vécu dans l'ombre de son paternel.

La seule chose qu'avait demandé le jeune Tokugawa, fut qu'on passe une fois par semaine à un vieux temple aux abords d'une forêt. Je n'ai jamais compris son obsession pour la déesse renarde répondant au doux nom d'Inari. Je connaissais les légendes et attributs que les japonais portaient à cette divinité, mais rien ne correspondait vraiment aux souhaits d'un jeune garçon... Je dois avouer que Yoshino avait un certain feeling avec les renards. Bien souvent, ces animaux s'approchaient si près du gamin, que j'étais obligé de claquer du pied pour les chasser. Fort à parier que certains d'entre eux étaient des esprits déguisés en animaux... Seulement, je n'avais vraiment pas de temps à gaspiller pour des esprits mineurs et inoffensifs.

C'est vers les douze ans du Tokugawa que les choses furent plus compliquées. Un matin, il s'était réveillé aveugle. Le marron naturel de ses yeux avait laissé place à un jaune délavé et voilé. C'est avec toute l'hostilité du monde que je fus écarté de Yoshino. Loin de perdre mon énergie à m'inquiéter pour un gamin que je connaissais à peine, j'avais reprit ma route. Quelques mois plus tard, alors que j'avais quitté le Japon, les Tokugawa m'avaient recontactés afin de me rappeler mes engagements... Et les conséquences si j'osais leur tourner le dos. C'était trop difficile de m'envoyer une carte postale ?

Yoshino Tokugawa n'avait pas seulement retrouvé la vue. Son don s'était éveillé. Son regard s'était transformé, délaissant son innocent marron pour un profond doré. Ses yeux étaient si fascinant, que je les avais instinctivement classés sur la liste des choses douteuses à surveiller. À cette époque, nous ignorons encore les effets du pouvoir de Yoshino. Les seules informations que nous disposions confirmées seulement que son don était uniquement localisé dans ses yeux. Masazune lui avait interdit de regarder quiconque dans les yeux, par simple sécurité... Je présume. Cela ne devait pas changer grand chose pour le gamin, il ne regardait jamais les autres dans les yeux.

J'ignore si c'est l'âge ou le don, mais Yoshino s'est lentement éveillé dans les années qui suivirent. Son caractère se métamorphosa, transformant l'enfant qui ne fait que regarder et se taire en un adolescent observateur, capable de prendre la parole et de s'affirmer. Je n'avais alors pas remarqué qu'il choisissait ou non de regarder certaines personnes dans les yeux, ni comprit que ses tête-à-tête dissimulait quelque chose de curieux. Le garçon développa également des aspects pires qu'agaçants, me faisant par moment regretter le gamin trop effacé d'autrefois. Yoshino avait horreur de la cigarette et, j'étais probablement l'un des plus gros fumeurs au monde. S'il m'avait mainte fois demandais d'arrêter, je lui avais promis en guise de réponse que si quelqu'un devait mourir à cause de la cigarette, ça serait lui avant moi.

Jusqu'à ses dix-sept ans, Yoshino fut partagé entre son éducation avec les Tokugawa et son entraînement avec les Gardiens. D'une certaine manière, je voyais Yoshino comme un fils. Loin de faire dans le sentimental, c'était plutôt comme si je souhaitais me voir à travers lui. Mon ancienne carrière de militaire me collant encore à la peau, je n'ai pas toujours été tendre avec lui. Voir même rarement. Il n'avait clairement rien à voir avec mon reflet. Le Tokugawa avait cette sale habitude d'afficher un sourire lorsqu'il fallait attendre que la tempête passe. Plus il allait mal, plus il souriait. À cause de mon égoïsme, de mes réactions trop brusques et trop fortes, je n'ai jamais eu le droit à son véritable sourire.

Je perdis tout pseudo-lien-paternel avec Yoshino le jour où, pour la toute première fois, il prit une vie humaine. Ayant eu une arme à feu entre les mains dès son plus jeune âge, Yoshino s'est rapidement réconforté avec cette éventualité que s'il était menacé, il pouvait choisir de supprimer la personne à l'origine de la menace. Son assurance naturelle et de son absence d'hésitation ont souvent écartées des crises avant même qu'elles n'éclatent. C'était lui ou cet homme. Personne à sa place n'aurait fait un meilleur choix. Ce n'était pas réellement le fait qu'il ait tiré le premier qui me troubla. C'est son absence de réaction. J'avais attendu un état de choque pendant tout le reste de la journée, sans même en apercevoir l'ombre, ni ce jour-là, ni ceux qui suivirent. Le Tokugawa avait été forgé d'une façon à penser que chaque choix qu'il faisait, était inévitablement le bon. Cette religion allait beaucoup plus loin, il ne regrettait jamais ses choix, il ne lui venait même pas à l'esprit de les remettre en question. Depuis que je l'avais pris sous mon aile, j'avais voulu transmettre à Yoshino Tokugawa le sens moral qu'il me manquait cruellement et, ma vision parfaitement neutre, à défaut d’être fiable, de la justice. C'était sans compter sur le clan Tokugawa. Masazune avait gagné et, jamais il n'avait douté un seul instant de sa victoire. Yoshino n'avait qu'un père et, s'était ce dernier qu'il avait choisi de suivre.

Je ne me souviens plus vraiment de quand le jeune homme est passé du « stagiaire de Illarion Wolkoff » à « ce cher Tokugawa » aux yeux de l'organisation. Le respect de mes Hommes pour les choix de Yoshino était des plus troublants. Dans le feu de l'action, il n'était pas rare que certains Gardiens prennent des risques insensés pour mener à bien l'opération orchestrée par mon ancien stagiaire ou, pour sauver ses royales petites fesses. Je n'avais pas mis plus de temps à comprendre qu'il y avait quelque chose de louche derrière cette soudaine dévotion. Bien évidemment, piégé Yoshino n'avait pas été bien difficile. Il suffisait simplement de le mettre dos au mur. Le jeune Tokugawa avait horreur de souffrir et, ne possédait pas la moindre notion de sacrifice. Il suffisait d'une légère pression pour qu'il se voit contraint de tout déballer... C'est une main fermement posée sur le visage du jeune homme, barrant totalement son regard et, l'autre tenant impitoyablement une arme à la gâchette sensible, que le jeune homme prit sagement la parole. Son don est difficile à ré-expliquer. Yoshino utilise dans un premier temps son regard afin de séduire sa victime puis, une fois cette dernière prise dans ses filets, le pouvoir dans ses yeux s'amplifie et sa voix soumet sa proie à certaines demandes. Durant un instant, après avoir appris la vérité sur les yeux dorés du garçon, j'avais hésité à tuer Yoshino Tokugawa. A l'aide de son pouvoir, il pouvait me renverser à tout moment et, prendre le contrôle des Gardiens. C'est ce que son paternel souhaitait depuis qu'il m'avait confié une part de l'éducation de son fiston. Sauf que, j'ai préféré ranger mon arme, sortant une cigarette et mon briquet avec pour idée de cracher la fumée de ma clope dans la face de ce petit salopard de manipulateur.

Loin de cesser d'utiliser son pouvoir, Yoshino semblait s'entraîner et tester les limites de son don sur les plus faibles de mes Hommes. C'était donc ça, ce que Masazune lui enseignait lorsque je n'étais pas là... Qu'il ait conscience ou non du pouvoir de son fils n'y changeait rien. Les gens de la Haute Société jouaient constamment à un jeu malsain consistant à manipuler les autres pour en dérober le maximum de profits. Loin de se contenter des personnages politiques et influents servis sur un plateau par son clan, Yoshino semblait davantage intéresser par les Gardiens, notamment ceux possédant un pouvoir. Son regard surnaturel fait d'or et de mensonges n'avait jamais cessé de fuir le mien, tout comme celui de son père. Le jeune Gardien avait ses propres règles et, l'une d'elle semblait jouer en ma faveur. J'ai fermé les yeux sur les sombres ficelles que tirait le Tokugawa en secret. J'ai gardé ma langue sagement à sa place concernant son pouvoir et l'utilisation qu'il en faisait. J'avais conscience de le protéger plus que nécessaire. J'avais foi en Yoshino. Je ne doutais pas qu'il puisse devenir ce que j'attendais de lui. J'étais convaincu qu'il suffisait de lui faire confiance, à défaut de pouvoir le comprendre. Par moment, il me surprenait en regardant dans la même direction que moi.

J'ai passé de nombreuses années avec le Tokugawa dans mes pattes. Et jusqu'à la dernière, je n'ai jamais su ce qu'il pensait vraiment, ce qu'il espérait atteindre en risquant sa vie à nos côtés. La plupart de mes Hommes n'ont plus rien à perdre ou à gagner. Ils ont un jour soudainement tout perdu, ou plutôt, on leur a soudainement tout prit. Dépossédés de tout ce qu'ils chérissaient, ils ont presque vendu leur âme au diable en me rejoignant dans ma lutte. Nous enquêtons, traquons, arrêtons ou détruisons ce qui pourrait tout prendre à d'autres. Cependant, dans le cas de Yoshino... Son avenir aurait dû être des plus radieux. Ni le choix de son paternel de faire de son successeur un Gardien, ni le fait qu'en grandissant Yoshino accepte encore de n'être qu'un vulgaire pion n'avaient de sens. Un soir, après avoir fait en sorte que le verre de Yoshino soit aussitôt descendu, aussitôt rempli, j'ai essayé de savoir ce qu'il espérait gagner à jouer au héro sans gloire. Il m'a seulement dit qu'il voulait « faire comme s'il y avait une justice dans ce monde ». Je crois que ce soir-là, moi aussi j'avais trop bu. Je lui ai alors raconté la triste histoire d'un homme ordinaire, un ancien soldat, qui un matin, a vu sa femme et sa fille hurlaient et agonisaient durant un temps interminable face à son impuissance...

Si son pouvoir n'avait aucun intérêt sur le terrain, Yoshino avait une faculté étonnante pour l'anticipation. Avant de se risquer sur le terrain, ce dernier passait un temps incroyable à cogiter et à faire des recherches, parfois totalement stupides pour une personne extérieure à son mode de réflexion. Il avait aussi une sorte de don pour voir ce que personne ne remarquait dans le feu de l'action. Lorsque la situation jouait en notre défaveur, il trouvait des issues de secours jusqu'ici invisibles pour nous permettre de battre en retraite. S'il manipulait les Gardiens à l'aide de son pouvoir, Yoshino les protégeais également le tout, à sa manière. Sans que j'y sois pour quelque chose, le Tokugawa s'éloigna progressivement de l'emprise de son père. Il n'était pas rare que sur un mois, il se rendait plus au temple de la déesse Inari qu'à la demeure familial des Tokugawa.

S'il n'avait jamais montré la moindre émotion lorsque les Gardiens essuyaient des deuils, probablement habitué trop jeune à voir disparaître les personnes autour de lui, c'est un tout autre visage de Yoshino que je découvris le jour où c'était moi, qui contempla la lame de la Faucheuse de trop près. Nous étions dans les hauts étages d'un immeuble de Shibuya, lorsqu'un homme recherché pour meurtre utilisa son pouvoir pour me projeter. J'avais cogné la vitre et, celle-ci n'avait cédée qu'un petit instant après, me laissant tout juste le temps de me ressaisir et d'attraper un rebord de la façade, deux étages plus bas, échappant presque miraculeusement à une chute mortelle. Les pieds suspendus dans le vide, les mains agrippées férocement aux reliefs de la façade comme à la vie, mes bras menaçaient de lâcher à tout instant. J'allais finir par lâcher. J'allais tomber et, mourir.

C'était sans compter sur l'autre imbécile. Délaissant totalement la cible, sans même réfléchir au fait qu'il pouvait se faire descendre à n'importe quel instant par cette dernière, le Tokugawa était directement venu jeter un coup d'œil par la fenêtre à la vitre en morceaux. Je lui avais hurlé de retourner à la cible. Presque immédiatement, il avait disparu... Pour réapparaître quelques minutes plus tard, cette fois-ci à mon niveau. Il avait balancé quelque chose de lourd, comme un extincteur, pour briser la vitre de la fenêtre la plus proche de ma position. Le jeune homme avait courbé le dos et tendu la main, mais j'étais bien trop bas par rapport à lui. Il avait alors quitté la sécurité pour se risquer sur le rebord de la façade. Tout en ignorant royalement les insultes que je lui balançais à la figure, Yoshino joua à l'équilibriste jusqu'à se rapprocher suffisamment, assez pour que sa main puisse arrivée à mon niveau. Non, je n'étais pas stupide au point de refuser une échappatoire à la tombe.

À peine mes pieds avaient retrouvé un plancher stable et, suffisamment loin du vide pour m'autoriser un sentiment de soulagement, que le jeune Tokugawa m'avait sauté dessus. Pas le moindre mot, juste une petite étreinte le temps qu'il calme sa respiration saccadée et les battements affolés de son cœur. Il n'avait pas eu peur pour sa vie, mais pour la mienne. Il était peut-être temps de réaliser qu'on n'était pas plus humain que ce garçon à l'apparence trop sage. S'il avait un remarquable sang froid, il lui arrivait aussi de craquer. S'il semblait manipuler tout le monde à son avantage, il s'attachait aussi aux autres, parfois au détriment de sa propre personne. Alors que je découvrais la peur encore fraîche sur son visage, j'eus un profond sentiment de regret. Autrefois, j'avais jugé l'affection et le traitement que portait Masazune à son fils. Seulement, je n'ai jamais fait mieux que lui. J'avais espoir que le futur héritier de son nom puisse un jour se rendre compte que j'avais fait tout ce qu'un homme de ma trempe peut faire de mieux pour quelqu'un d'autre. Ce ne sera jamais assez, mais c'était tout ce dont j'étais capable.

Le sens moral des Gardiens fut remis en question le jour où les premiers dossiers sur les damnés arrivèrent entre nos mains. Jusqu'ici, le Gouvernement ne faisait que taire et dissimuler nos agissements, approuvant assez notre rôle pour nous rémunérés, pas assez pour nous permettre d'exister aux yeux du grand public. Puis sans crier garde, il nous refila un jour malheureux le plus sale des boulots... Sa requête était d'éliminer rapidement et, dans le secret absolu, des enfants aux pouvoirs incontrôlables puis, effacer toutes traces les concernant. Il ne devait rien rester d'eux. Pas même un témoin. Nous autres, les Gardiens, nous n'avons jamais hésité à prendre des vies. Le vainqueur est celui qui frappe mortellement le premier. Cependant... Mettre à mort des enfants parce qu'ils sont nés avec l'une des plus tristes anomalies de notre époque maudite... Et faire taire à jamais des innocents. C'était moyen. Plus que moyen. Pourtant, chaque damné causait des dégâts monstrueux. Il n'était pas rare que leur famille soit leur première victime puis, toute personne les approchant durant leurs crises... La liste des victimes était tout aussi effrayante que l'idée de mettre à mort des enfants. J'eus trois démissions ce jour-là. Yoshino aurait pu convaincre ces anciens Gardiens de rester – ou plutôt les obliger à rester -, mais je n'étais pas assez pourri pour remettre en question la foi et les valeurs des autres.

Yoshino Tokugawa, en découvrant les dossiers, s'était simplement préparé à sortir. C'était sidéré que je l'avais observé s'équiper de son arme et de ses minutions. Il ne m'a jamais regardé dans les yeux. Il n'a jamais utilisé son pouvoir contre moi. Pourtant, ce jour-là, je me suis levé de ma chaise et, à mon tour, je me suis préparé à sortir. Sans que je ne sache pour quelle raison, ce jour-là, j'ai laissé mon manteau blanc iconique sur le dossier de ma chaise de bureau.

La première mission était la plus alarmante. La liste des victimes me faisait que s'agrandir de semaine en semaine. Loin d'être des enfants de six à douze ans, comme d'ordinaires pour les cas des damnés, il s'agissait de deux frères jumeaux ayant dépassés les treize ans : Kinhira Murasaki et Takenao Murasaki. Le premier semblait avoir le pouvoir de casser et de projeter la matière par la seule force de sa pensée et, le second, de faire fondre tout ce qu'il touche, non-vivants comme vivants. Des monstres. Autre que leurs pouvoirs, ils sont aussi capables de prédire les attaques et, si au début ils ne faisaient qu'éviter l'affrontement, il faut croire qu'ils en ont eu marre qu'on leur court après... Dans une première tentative de faire taire l'affaire, le Gouvernement et la Ligue de Justice avaient envoyés en secret deux Héros. Les gamins ont gagné. Contrairement aux Gardiens, lorsqu'un Héros tombe, le pays tout entier est en deuil... Et les gens exigent des explications et des détails sur les conditions de la mort. Un véritable scandale a éclaté suite à cette bavure. C'est moins chiant de faire appel aux Gardiens, en fin de compte. Au pire, si on crève, on le fait en silence et personne ne vient chialer.

Comme bien souvent sur le trajet menant à notre prochaine intervention, je papotais avec Yoshino. Je lui avais proposé de faire un tour à Roppongi après la mission, notamment pour lui montrer un bar sympa. S'il avait soupiré dans un premier temps, il fut rassuré de savoir que ce n'était pas l'un de ses « bars karaokés démoniaques ». Je ne compte plus les semi-traumatisme que ce jeune porte à cause de moi et ma bande, où plutôt ce qu'il reste de la bande... Nous étions que deux, contre cinq à six Gardiens habituellement. La tension était difficile à digérer. Trop de blanc, trop d'absence, trop de silence. J'allais parler du fameux bar pour tenter de faire descendre la pression, mais Yoshino s'en était chargé à ma place. Ce fourbe m'avait piqué la petite boite en métal où je rangeais mes clopes. Il s'était engagé à me les restituer qu'une fois qu'on serait au bar. Il avait bon être un jeune adulte, le Tokugawa restait un éternel gamin à mes yeux.

Depuis quelques jours, les jumeaux damnés semblaient se terrer dans une vieille usine abandonnée, située au nord-ouest de Tokyo. Yoshino ne doutait pas qu'ils soient ici et, c'était ce qui nous inquiétait le plus. Les deux enfants avaient fait des dégâts impressionnants, de sorte à ce qu'on ne puisse que remarquer leur présence et, inévitablement, trouver leur repère : le seul abri abandonné du coin. Une invitation. Que cherchaient-ils à obtenir en nous offrant ainsi leur position ? Nous sommes ici avec la ferme attention de les exécuter. Pourquoi ouvrent-ils en grand la porte à leurs bourreaux ? La théorie de Yoshino était assez particulière. Le Tokugawa avançait que les damnés cherchaient à rentrer en contact avec une personne particulière, probablement un complice. Leur situation était tellement désespérée, qu'ils jouaient le tout pour le tout. Ils en étaient encore plus dangereux... Conscient que des adultes avec la ferme attention de leur ôter la vie pouvaient débarquer à tout instant, les jumeaux devaient être à cran et constamment sur la défensive.

Le plan qu'on avait élaboré n'était qu'une ébauche, susceptible d'être corrigé et modifié une fois enclenché. Inutile de chercher à surprendre les damnés, ils avaient l'avantage de connaître le terrain et, fort à parier, qu'ils étaient placés de sorte à pouvoir déchaîner leurs pouvoirs sans être à la portée de ceux de leurs très nombreux ennemis. En revanche... J'étais un cas assez rare, je ne possédais aucun pouvoir. Quant à Yoshino, il se disait incapable d'utiliser le sien dans cette mission. Ce qui, a toujours été étrangement à notre avantage. De nos jours, les Hommes ont bien plus peur des pouvoirs que des armes. Comme si, les dons pouvaient les tuer deux fois plutôt qu'une. Nos cibles ont toujours un stupide air surpris sur le visage lorsqu'elles réalisent, l'instant d'une fraction de seconde, que c'est une simple arme à feu qui les a privé de la vie. Une seule balle que la dextérité ou le hasard a portée sur un organe vital et, c'est terminé.

Dans la plus grande des discrétions, Yoshino et moi faisions le tour de l'endroit, lorsqu'un bruit léger nous glaça les sangs. On aurait dit du verre, doucement ramassé au sol, sauf que vous pouvez multiplier ce son par des centaines et des centaines. Nous avions pour consigne de ne pas nous séparer. Sauf que, le japonais en faisait toujours qu'à sa tête... Yoshino s'était subitement élancé dans une course folle, traversant le hall central de l'usine, parfaitement à découvert. Tout s'était déroulé si vite, que je fus incapable de savoir ce qu'il était advenu du jeune homme. Un nuage de morceaux de verre brisé s'était rué à vitesse folle dans la direction du Tokugawa, s'écrasant contre les murs et démolissant chaque obstacle qu'il rencontrait dans une explosion auditive. Sans perdre une précieuse seconde, je m'étais élancé dans la direction d'où les débris de verre avaient surgit, remontant ainsi la source de l'attaque. J'avais à peine aperçu la silhouette de l'agresseur que j'avais tiré. Si mes balles n'avaient pas atteint leur cible, beaucoup trop loin et mobile, je n'avais pas freiné mon élan pour autant. Sans hésiter l'ombre d'un instant, j'avais pris le damné en chasse. Les enfants damnés ne maîtrisent absolument pas leur pouvoir. Ils éclatent avec une puissance hors-norme durant des crises émotionnelles. Cependant... Leur puissance est telle, qu'il est rare qu'un damné puisse réutiliser son pouvoir deux fois de suite. Ce serait du suicide. Délaissant la cible devant moi, mon regard d'aigle balayait autour de moi, cherchant la seule réelle menace dans l'immédiat : l'autre enfant.

Des coups de feu non loin de ma position m'avait confirmé que Yoshino s'en était sorti. C'est avec un petit sourire que j'avais titiller mon adrénaline, accélérant pour ne pas perdre de vue l'enfant aux cheveux argentés qui courrait bien plus vite que ma pauvre vieille carcasse. C'est au détour d'un hangar que tout pris fin. Ma course avait subitement cessé devant l'inévitable. Loin devant moi, la cible continuait de courir, fuyant inconsciemment un danger imminent encore plus terrible que Illarion Wolkoff. J'entendais presque ses pas s'éloignant résonner alors qu'un vacarme de fin du monde fonçait droit sur moi. La chaleur des flammes m'avait agressée bien avant le reste, m'offrant un instant ultime de désespoir. La dernière chose qui m'avait été permise de voir fut le visage décomposé de mon fils. Je n'eus pas même le temps de fermer les yeux. Sans tenir compte de la distance, sans se soucier de la raison, Yoshino allait faire un pas dans ma direction, tendre une main, crier mon nom... Ou quelque chose comme ça. Il ne s'était écoulé que quelques secondes. Impitoyable, la déflagration m'avala.
Joueur

Pseudo : Sey
Fiche joueur : à venir c:
Commentaire : Il fallait bien commencer par Sudden Strawberry !


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Fiche : Une tartelette à la fraise.
Grade : D
Niveau : 1
Expérience : 18



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Lun 13 Nov - 16:03
Histoire
On entendait que la pluie. Indifférente aux émotions qui se déversaient dans le paysage brumeux, elle s'écrasait sur les parapluies sombres des vivants comme sur les pierres tombales des morts. La cérémonie avait touché à sa fin depuis un moment déjà et, ceux le pouvant, fuyait cet endroit lugubre comme la peste. Un jeune garçon avait commencé à suivre le mouvement en voyant sa mère faire demi-tour vers leur voiture, lorsqu'il remarqua que la personne qu'il surveillait depuis le début de l'enterrement n'avait toujours pas bougé. Il avait espéré que son frère suivrait sa famille une fois le cercueil six pieds sous terre... Yoshino Tokugawa avait refusé de prendre un parapluie. Il avait également chassé toutes les bonnes âmes qui avaient voulu l'abriter de l'averse. Il voulait être seul. Non. Il voulait être avec son mentor. Seulement, ce n'était pas possible... Akihiro Tokugawa n'avait jamais vu cette triste facette de son frère. L'aîné de la famille était à genoux, immobile, trempé et pitoyable. Malgré son jeune âge, Akihiro savait qu'il ne pouvait rien y faire. Seul le temps le pouvait. Respectant le souhait de solitude de son frère, il s'était approché jusqu'à une certaine limite.

- « Le temple n'est pas si loin... » Lâcha-t-il.

Si Yoshino était de dos, un petit mouvement de sa tête avait confirmé à son petit frère qu'il l'avait bien entendu. Avant de se faire chasser, Akihiro avait tourné les talons. Il n'y avait plus personne pour voir ses larmes lorsque Yoshino Tokugawa pleura enfin.

****
Le soleil commençait à caresser l'horizon lorsque Yoshino grimpa les marches du temple d'Inari. Ce jour-là, aucun renard ne s'était montré. Peut-être étaient-ils encore abrités de la pluie qui, venait tout juste de cesser ? Ou peut-être, avaient-ils senti la tempête de sentiments qui dévastait le jeune humain de l'intérieur, déchirant encore et encore ses espoirs comme sa foi, ne lui laissant aucun instant de répit. C'est avec la sensation qu'une multitude de lame le traversaient de toute part que le Tokugawa retrouva ce sanctuaire qu'il pouvait sans mal considérait comme l'un de ses foyers.

Le regard torturé du jeune homme s'était confronté à l'autel de la divinité renarde. Il avait fait un tour sur lui-même, parcourant le lieu sacré de ses yeux dorés, la gorge serrée comme si on essayait de l'étouffer. Il étouffait. Il se revoyait, au travers du temps et des saisons, grimper les marches en courant maladroitement, alors qu'il n'était qu'un enfant, murmurait un petit « Merci » à sa déesse avant de filer. Il apercevait l'adolescent triste qu'il avait été, venant d'un pas désespéré, murmuré à la déesse Inari : « S'ils vous plaît, protégez-moi d'eux... ». Puis, il contempla avec une jalousie profonde ce fier adulte en devenir qui, seulement le temps d'un instant, faisait preuve de faiblesse pour adresser son ultime prière à sa divinité : « Par pitié, protégez-le ! » avant, de se relever et, après s'être assuré que son masque - cette façade dissimulant ses émotions -, était bien en place, se retournait vers son maître qui, au loin l'attendait toujours. Ce jour-là aussi, Yoshino s'était retourné. Sauf que personne ne l'attendait en bas des marches.

Ses jambes avaient comme cédé et, c'est à genoux, les dents et les poings serrés, qu'il lutta contre toute cette remontée sauvage de ressentiments. Il sentait son âme se torde sous cette douleur terrible, cette plaie du cœur que rien ne pouvait calmer. Et, la tempête déborda.

- « Pourquoi m'avoir sauvé si c'est pour m'infliger ça ?! » Hurla-t-il d'une voix qui lui était étrangère. - « Durant toutes ces années... » Commença-t-il dans un grognement sans trouver un argument pour finir sa phrase colérique.

Le silence d'un lieu sacré est le respect qu'offre les vivants à ceux qui sont éternels. Yoshino brisa ce silence en bousculant d'un coup enragé d'épaule la statue d'un renard qui, dans un boucan outrageant, explosa en morceaux dans les marches. L'autre statue, celle ornant le côté droit de l'entrée au temple, n'échappa pas à la rancune du Tokugawa. Dans cette ivresse de peine et de désespoir, Yoshino avait utilisé son pistolet comme arme de fortune pour démolir l'autel d'Inari, frappant encore et encore le pauvre bois ancien avec une violence démente. C'est à quelques coups d'achever cette précieuse relique, qu'une voix autoritaire s'éleva dans l'ombre de l'humain insolant.

- « Hey l'humain, ne détruit pas mon sanctuaire. » Ordonna-t-elle.

Yoshino s'était pétrifié avant de subitement se retourner vers cette voix. Jamais il n'avait vu une jeune femme aussi belle. Il lui avait fallu un certain temps avant d'apercevoir les oreilles et les queues de renard qui s'ajoutaient et se fondaient dans l'apparence de la jeune femme. Son cœur rata un battement. Soudainement, tout semblait avoir changé autour de lui, tout semblait subitement moins gris, moins triste. L'endroit avait un arrière-goût de rêve, irréel et coloré. Yoshino avait ouvert la bouche, comme pour parler, mais aucun son n'avait quitté ses lèvres.

- « Oh... C'est toi ! Tu es l'enfant humain que j'ai trouvé l'autre fois dans les bois. Ta famille est morte, j'ai dû en choisir une autre... meilleure, je présume. » Lança la divinité comme s'ils étaient de vieux amis qui se retrouvaient après une longue séparation.

Le jeune homme avait écarquillés les yeux. Il savait qu'il avait été adopté par les Tokugawa. Il vénérait Inari, car son père lui avait raconté que c'était la déesse elle-même qui leur avait apporté Yoshino alors qu'il n'était qu'un enfant. Depuis toujours, cela avait sonné comme une légende, un mythe qu'on aurait inventé pour rassurer l'enfant dont le sang n'était pas celui royal et noble des Tokugawa. Et depuis toujours, la dévotion de Yoshino envers la déesse avait été son réconfort le plus précieux. Sa colère soufflait, Yoshino était comme vide et désarmé. Il tenait toujours son arme dans son poing droit et pourtant, jamais il ne s'était senti aussi impuissant.

- « Tes cheveux... Je n'aime pas. Tu es plus grand que moi... Quel âge as-tu maintenant ? » Continua Inari, penchant légèrement la tête sur le côté.

- « Vous êtes la déesse Inari... Alors... Si vous êtes là, si vous êtes réelle... Pourquoi est-il mort... ? Pourquoi... ? » Murmura l'humain complètement déboussolé.

Le visage de la déesse renarde pris une autre facette, plus sombre et sournoise. Une divinité ne converse pas avec un être qu'elle estime trop inférieur à elle. C'est un peu comme si un humain adressait la parole à une fourmille. D'un pas silencieux et léger, Inari se rapprocha de l'humain.

- « Tu n'es pas assez digne pour que je prenne le temps de débattre de telles absurdités avec toi, enfant humain. Tu es un faible qui utilise les forts afin de se donner l'illusion d'être fort. Peut-être... Que j'accepterais une requête, de t'accorder une faveur, si tu t'en montres à la hauteur. » Sur la pointe des pieds, Inari avait rapproché ses lèvres envoûtantes de celles du jeune homme. Son regard brûlait d'une lueur joueuse. - « Peut-être... Je dis bien peut-être, devrais-tu finalement la sortir de l'eau... » Souffla-t-elle avant de disparaître dans une pluie de paillettes brillantes.

Toute lumière s'était éteinte. Brutalement, Yoshino s'était à nouveau retrouvé seul dans la dure réalité, comme arraché d'un rêve. Les derniers mots d'Inari lui avait glacé les sangs. Il était resté immobile et interdit, son esprit ayant retrouvé son calme d'autrefois. Les nuages s'étaient éloignés, laissant derrière eux la promesse de quelques rayons de soleil. La tempête était passée.

****
Cela faisait maintenant plusieurs heures que Yoshino ignorait le renard. Le petit animal, qui s'était présenté de lui-même d'une voix étrange comme étant un certain Mashiro, avait suivi le jeune homme du sanctuaire de la déesse Inari jusqu'à la demeure familiale des Tokugawa. Même de nos jours, un renard qui parle le langage des Hommes aurait tôt fait de répandre la panique. Ainsi, Yoshino avait dû se faire discret, faisant un véritable détour, une fois le portail du domaine de la demeure passé. De toute façon, il n'était pas venu pour voir les siens. Ce qui l'intéressait, c'était les dernières paroles d'Inari... « Peut-être devrais-tu finalement la sortir de l'eau... » Avait-elle suggérée avant de disparaître. Pour Yoshino, les mots de la divinité étaient aussi clairs que de l'eau de roche. Il s'était éloigné de la grande maison jusqu'à atteindre le fond de l'immense jardin, là où dormait un lac. Depuis sa plus tendre enfance, le fils aîné des Tokugawa avait été attiré par cet endroit. Et plus précisément, par l'objet qui reposait d'une façon surnaturelle dans cet endroit.

Au centre du lac, reposait la lame d'un katana. Loin d'être au fond du lac comme le voudrait la raison, la lame reposait debout, à la verticale, sur la surface du lac. L'eau lui arrivait à l'arête centrale. Sa pointe dessinait sans cesse des petits cercles sur la surface du lac. Dès qu'une feuille morte avait le malheur d'approcher la lame immobile de trop prêt, elle finissait tranchée. Autrefois, dans ce lac, il y avait une multitude de poissons. La lame, cruelle, n'en a épargné aucun.

Ce katana est l'une des lames jadis forgées par le sombre Muramasa Sengo. Depuis toujours, les Tokugawa se transmettent une réelle crainte pour les lames de Muramasa. Tout commença avec Tokugawa Ieyasu, qui fut blessé deux fois par une lame Muramasa. Il s'intéressa assez à ses armes pour remarquer des faits étranges avec elles. Une simple coupure, même superficielle, avec l'une d'elles provoque une douleur anormale et terrible. C'est sur le champ de bataille, après avoir constaté qu'une lame forgée par Sengo Muramasa avait transpercé le casque et le crâne d'un homme d'un simple coup, avec une facilité plus que terrifiante, que Ieyasu proclama que toutes les lames forgées par Muramasa et son école étaient maudites. Et même encore aujourd'hui, les Tokugawa ont peur des armes du légendaire forgeron. Il fut bien triste, le jour où une lame signée par Muramasa apparut comme par magie sur le lac encadrant le jardin de la demeure familiale des Tokugawa. Cet événement s'était produit peu après l'adoption de Yoshino, bien que personne n'alla maudire l'enfant en lui attribuant la cause de ce malheur.

- « Il y a longtemps, un homme est entré dans l'eau pour retirer la lame. Elle lui a coupé les deux jambes ! Depuis, plus personne n'approche cet endroit... » Souligna Mashiro.

- « Personne... Sauf moi. » Murmura Yoshino, répondant au renard pour la toute première fois.

Depuis qu'il est en âge de s'aventurer dans le jardin, Yoshino n'avait eu cesse de développer une admiration pour cet œuvre tranchante faite d'acier et de malédiction. On lui avait interdit plusieurs fois d'approcher le lac. Il n'avait jamais réussi à obéir, même quand c'était un ordre de père. Cette lame l'avait toujours appelé. Elle l'appelait seulement, comme tous les Tokugawa, Yoshino en avait peur.

L'aîné des Tokugawa s'approcha du lac jusqu'à ce que l'eau viennent lécher ses chaussures. Le renard s'était alors alarmé.

- « Si tu y vas, l'épée va te trancher ! Elle n'aime personne ! Elle est maudite ! » Cria Mashiro en s'approchant, les oreilles plaquées vers l'arrière.

Un sourire prétentieux s'était alors dessiné sur les lèvres du Tokugawa. Depuis combien de temps, n'avait-il pas sourit ? Cela l'amusait d'entendre le renard prétendre qu'il n'avait pas la moindre chance d'être aimé par la lame Muramasa... Comment pouvait-il dire ça ? À lui qui, possède le don de charmer n'importe qui à l'aide d'un simple échange de regard ? Puis, le sourire de Yoshino était mort aussi vite qu'il était né. Un chapitre de sa vie s'était achevé. Il était maintenant prêt à tourner la page. Qu'elle donne sur un nouveau chapitre, plein de promesse ou de tristesse ou, sur une page blanche signant sa fin, il lui restait assez de volonté et de force pour tourner cette page douloureuse.

Ignorant les avertissements du renard, Yoshino s'était avancé dans l'eau du lac. Alors que l'eau lui arrivait en haut des cuisses, il n'entendit soudainement plus la voix et les cris animal de Mashiro. Non. Ce n'était pas que le renard. Le Tokugawa n'entendait plus rien. Un silence glacial régnait dans le lac servant de fourreau de fortune à la lame maudite. Un pas. Une douleur atroce lui arracha un cri muet de douleurs. Un autre pas et, l'eau autour de lui prit une affolante teinte écarlate. Un pas de plus. Son cœur battait si fort, qu'il avait la sensation dérangeante que sa poitrine allait finir par brutalement céder. Encore un pas. Sa respiration fut un instant coupée par la douleur mordante qui lui déchiquetait la chair de ses jambes. Un dernier pas et, sa main tremblante se tendit vers la lame Muramasa. Puis, Yoshino cessa de trembler. Sa main s'était alors refermée avec assurance sur l'artefact. Sa peau au contact du tranchant s'ouvrit, nourrissant de sang la lame maudite. D'un geste final, Yoshino ôta la Muramasa de son fourreau invincible avant, triomphant, de la lever au-dessus de lui. Il entendit alors à nouveau la voix curieuse et inquiète de Mashiro.

C'est en touchant la lame pour première fois, que Yoshino apprit son véritable nom. Ce katana, son katana, en sera à jamais le gardien.

****
Cela faisait maintenant dix minutes que le jeune homme s'impatientait. Perché sur le toit usé de son sanctuaire, Inari le regardait, lui et l'artefact maudit qu'il tenait comme un trophée. La déesse renarde semblait perplexe quant à croire l'histoire farfelue que lui avait conté son loyal serviteur, Mashiro. Pourtant, elle savait que le renard ne lui mentirait jamais. Puis, la lame était une preuve en elle-même. Jamais Inari n'avait vu une arme aussi malsaine. Elle ne pouvait s'empêcher de penser que l'artefact était tout à fait en accord avec son propriétaire.

- « Tu es un mauvais renard Yoshino... Te voici tout fier et content d'avoir ramassé une lame maudite dans un lac. Tu penses réellement m'impressionner ? » Se moqua la déesse.

- « C'est vous... Qui m'avait dit qu'il était temps de la sortir de l'eau. » Riposta Yoshino, fronçant les sourcils. Il baissa les yeux sur la lame qui, dormait sagement d'une paume à l'autre de ses mains.

- « Bon. Tu en fais tellement pour avoir mon attention... Je cède ! » Commença Inari en soupirant, adoptant une position plus sérieuse. - « Faisons comme si j'acceptais de t'écouter, juste un instant. Attention à ce que tu vas dire. Tes divagations ne m'intéressent pas. »

Le Tokugawa était resté un instant silencieux. Depuis qu'il avait sorti la lame de l'eau, une profonde sérénité régnait en maître dans son esprit. Sa colère, sa peine et sa détresse n'avaient pas disparues. Le jeune homme était juste miraculeusement capable de les mettre de côté. Du moins, pour l'instant. Il n'avait aucune attention de ruser ou de tenter de manipuler la déesse. Il voulait jouer cartes sur table. Il voulait parler, dire haut et fort ce qu'il souhaitait.

- « Ce n'est pas assez. » Lâcha-t-il enfin. Inari pencha la tête sur le côté, amusée de ne pas comprendre. Son sourire s'effaça bien vite. - « Mon pouvoir... Mon artefact... Ce n'est pas suffisant. Je n'atteindrais pas mes objectifs armé d'un regard charmeur et d'un katana que je ne sais pas manier. J'ai besoin de vous, Inari ! » Sa voix, jusqu'ici douce et caressante, s'était faite bien plus dure et mordante en prononçant le nom de la divinité renarde.

Avec souplesse, la déesse était descendue du toit, se laissant tout simplement tombé pour retrouver le plancher de pierres. Elle s'était avancée avec grâce et élégance jusqu'à l'humain. Avec une grande douceur, les deux mains de la divinité renarde s'étaient délicatement posées sur le visage surpris de l'héritier des Tokugawa. Le regard divin s'était plongée dans celui ensorceleur. Inari ne craignait pas plus l'humain que son pouvoir.

- « Qu'est-ce que j'y gagnerais, Yoshino Tokugawa ? » Murmura-t-elle avec un petit sourire.

- « Tout ce que j'ai. Tout ce que tu voudras... » Chuchota désespérément le jeune homme.

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Yoshino Tokugawa | Gardien [En cours]
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