UNTIL DAWN

 

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Vãnh Dao Seong | Criminel [en cours]




Fiche : Vãnh Dao Seong ~
Grade : D
Niveau : 1
Expérience : 16



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Mar 5 Juin - 3:43
Vãnh Dao Seong
Race : Humain.
Sexe : Masculin.
Âge : 30 ans.
Anniversaire : 20/04.
Nationalité : Vietnamienne.
Classe sociale : Aisée.
Groupe : Criminel.
Métier : Fossoyeur, chirurgien clandestin.
Sexualité : Sapiosexuelle.
Loisirs : Écrire des épitaphes, faire de la balançoire, nourrir les corbeaux.
Pseudo sur Kaibyou : Platypus.
Particularité : Le tatouage d'une croix sur le front, des boucles d'oreilles rondes, souvent avec un livre dans les mains et de la terre sur l'élégance de ses vêtements. Bipolaire, vacillant entre deux extrêmes, mortifié par l'implacable intensité de ses émotions.
Avatar : Chrollo Lucilfer - Hunter x Hunter
Mental


Je peux la sentir. Cette horrible cassure qui pénètre mon âme dans un fracas. Parfois, il me suffit de cligner des yeux pour qu'elle apparaisse, parfois je détourne le regard une minute et elle est là, laconique et éternelle. Telle une fissure dans un mur, une craquelure sur le temps figé et déteint des belles couleurs d'une euphorie fantasmée. Comme si le réel devenait un rêve lointain, une illusion onirique d'un clair-obscur qui vacille car désormais les cauchemars n'attendent plus la nuit pour marteler mes perpétuelles angoisses. S'éprend alors de moi une terrible douleur lancinante, elle pique mon corps comme si elle avait toujours été là, comme si elle avait simplement décidée d'être clémente, prenant un temps de repos pour me laisser reprendre mon souffle. Une souffrance qui vexe mon ego, supposant sans vergogne que je ne pourrais pas le tolérer. Spéculant sur mon endurance et me désignant vaincu sans même prendre la peine de donner le change. Sans même me laisser une chance de lutter. Le monde s'étiole devant mes yeux fatigués, mes forces me quittent et mon corps, faible, s'écroule au sol. Immuable, léthargique, laissé sur place par la rotation du monde qui danse inlassablement dans un cycle parfait d'auto-destruction.

Sur les absurdes fracas des cauchemars éveillés, j'ai écorché mes illusions protectrices. J'ai tâché ma peau de sang, suppliant aux oniriques idoles d'abandonner mon destin à la déchéance. De subir les affres périlleux du chaos nuageux et creuser un peu plus ma chute. Découvrir la profondeur du vice, pousser les limites jusqu'à l'épuisement de la morale pourvu que le monde brûle d'agonie et se répande en vestige. Pourvu que l'héroïsme disparaisse des espoirs naïfs, que l'illusion s'étiole sur les craquelures des esprits inconscients. La catharsis des réconforts figés sur la mauvaise foi des excuses qui soulagent la conscience et emporte le bon sens. Je veux que l'hypocrisie se détruise sur les velléités des bien-pensants pour que les germes insidieuses de l'évidence s'évanouissent. Il en est assez de ces infâmes litanies dépourvues d'éloquence, ces maux invisibles qui coulent le long des larmes silencieuses. Il est temps que les murs se fissurent, se fracassant doucement sous l'ardeur des hurlements étouffés et soudainement libérés de l'abysse d'une liberté codifiée et banalisée. Que l'écho des explosions marchent en symphonie, orchestrant l'ultime solidarité d'une souffrance commune. Alors je fermerais les yeux pour laisser cette fascinante et sublime douleur si intense qu'elle est capable d'occulter que le monde bouge sans nous. Une souffrance capable d'apaiser une colère sourde si dévastatrice qu'elle n'a pour ambition que d'engloutir le monde pourvu que lorsque j'ouvrirais les yeux à nouveau, tout le monde aura le même regard au fond de leurs iris teintées d'éclats transparents. Tout le monde aura le fardeau d'un traumatisme gravé sur chaque composant de leur existence bafouée.

Et puis, à l'inverse des jours pluvieux, la chaleur me prend par surprise. Un lendemain comme les autres et les couleurs reviennent. L'amertume reste mais la volonté réveille mes os endormis. La peur s'échappe sur la terreur, et l'adrénaline d'avoir un dernier souffle. Un énième dernier instant pour blesser la tranquillité des vagabonds errants dans cette vie, aveuglés et sans défense. Après tout, c'est ce qu'ils désirent. Voir le chaos prendre le rythme de leur routine ennuyeuse. Ils veulent voir le sang jaillir, connaître le morose pour se vanter de survivre au danger. Ils se régalent des pulsions de vie que procure l'excitation de voir la concurrence partir en fumée, ils s'épuisent dans des fantasmes qui glorifient leurs présences. Après tout, ils sont désespérés. Tellement avides de trouver un but pour enrober leurs misérables vies, de légitimer leurs déboires, comme s'il existait un état divin, empli de lumière qui contenterait alors leurs âmes d'un flegme pleinement satisfaisant. Une sorte d'élévation si absurde qu'ils s'y trompent à chaque fois, empêtrés d'orgueil, aspirés d'arrogance, exaltés d'avoir un rôle dans le schéma de l'impénétrable concours de circonstances. Je veux être la dernière image de leurs esprits choqués. Je veux les voir choir sur l'échec, je veux les observer dégringolés des hautes espérances qui naissent doucement dans leurs pauvres excès de confiance. Je veux les briser pour qu'il ne reste rien d'autre que le traumatisme de leurs chutes. Voir le monde perdre une autre illusion, fracassé par une goutte de réalité. Par une larme qu'il a lui-même engendré. Il n'y a aucun plan, aucune anticipation sur nos destinées flottantes, seulement la déchéance des hommes torturés. Et alors que les imbéciles heureux rêvent et espèrent, viendra le jour où l'effroi régnera sur les absences tétanisées des héroïques figures masquées car je peux sentir son écho. Car enfin résonne le croassement d'un funeste fléau.


Physique



La mine effacée sur le teint blafard de ma carcasse brisée, je bouscule mon être nu devant le reflet du miroir suspendu. Parfois, je crois m'égarer dans la nostalgie fleurie des vieux jours oubliés. Je me perds, un instant d'inattention suffit à me capturer, dans l'image de ma jeunesse usée, abandonnée derrière les vestiges des craquelures du temps. Sur mon visage pâle rougit les tracas de mes mauvaises décisions, les cicatrices éternelles de mes déboires rocambolesques. Comme des erreurs plus vives, armées d'une marque ancrée ad vitam æternam dans les pores de mon être torturé.Un esprit fracassé dans un corps malade, dressé dans la hauteur de mon allure nonchalante, courbé sur la silhouette élancée d'un poids plume sculpté par la forces des luttes musclées et par le renforcement d'une violence subie en omniprésence. Pourtant, je me revois enfant, androgyne et frêle comme un oiseau coincé entre les mains du monde. Je passe les doigts fins et taillés pour la musique sur les blessures qui forgent le caractère de ma chair meurtrie. Sur les ruines d'une douleur qui semble fracasser toujours plus intensément l'enveloppe charnelle de mes tristes vagabondages. Un vomissement étouffe mes soupires et lorsque le sang s'échappe d'entre mes lèvres, quelques bulles s'échouent et s'éclatent lamentablement sur le lavabo. Trop petites pour s'élever et virevolter librement, elles plongent et s'attaquent à la faïence déjà abîmée par l'insalubre absence d'entretien. Tout le manoir ne semble tenir qu'à une poutre émiettée, inlassablement soumit à la menace de la déchéance, de s'écrouler tout simplement sur lui-même.

L'habituel flegme dessiné sur les traits juvéniles de ma figure lisse, je caresse mes joues imberbes devant la glace d'un mouvement las et fluide. Étirant ma peau pour y déposer un sourire forcé, laissant quelques tâches de tabac et caféine se dévoiler sur ma dentition pourtant si parfaitement alignée. Les lèvres violacées par l'anémie, et le morose se rajoute à mes airs macabres et mes mesures cadavériques. Le contraste jure avec l'obscurité de mes iris nocturnes, héritées de ma mère, mon regard apparaît comme bel et bien le dernier vestige des étincelles de vie qui brillent encore vainement en moi. L'unique envoûtement du mystère charismatique de mes silences attentifs, de mes furtifs coups d'œil troublés. Les pupilles remplissent la majeure partie de mes yeux laissant un Ouroboros délicat, bleu nuit quasiment noir, englober la profondeur des deux ronds emboîtés l'un sur l'autre comme deux cercles concentriques.

C'est bien la seule et unique chose que je tiens d'elle. Le reste venant de lui, nos traits enfantins, la douceur de nos visages, l'expression mystique de nos émotions chamboulées. Du bout de mon nez légèrement écrasé, assez petit pour être discret, jusqu'à ma chevelure de jais, ébouriffée par le vent et les mèches naturellement apprivoisée vers le bas moins rebelles que mes éloquences passionnées. Je plaque l'eau sur mon visage et laisse alors les gouttes éclabousser ma peau. Une lueur humide attachée dans le reflet luisant de mes yeux perle sur les sombres couleurs qui les composent. Comme une tristesse qui s'accroche, comme si une averse ne cessait de s'abattre sur moi.

La main tirant avec force mes cheveux en arrière, je passais délicatement mes doigts sur le relief aujourd'hui indolore de l'encre teintée au milieu de mon front. Cachée par la finesse de mes mèches tombantes, oubliée derrière une frange inégale et improvisée, le ténébreux mauve ressort à travers le brun et s'offre aux questionnements curieux. Souvenir douloureux d'une appartenance désuète et éteinte, un tatouage qui n'avait de sens qu'à l'époque franchie des symboles intrépides. Encore attaché aux réflexes inconscients de mon éducation stricte et aristocratique, je me maintiens droit, le dos embourgeoisé suivant à la perfection une ligne immuable et perpendiculaire au plancher usé. Les bras tombants le long de mon corps, parfois accrochés sur le porche de mon coccyx dans mes errances pensives et autres égarements psychotiques. Le menton relevé, la mâchoire longiligne et creusée, gardant le regard fixé sur le vague horizon. Une tenue irréprochable sur un revêtement d'élégance, toujours saupoudrée d'une éloquence tranchante affublée d'un vocabulaire farfelu vacillant entre le vulgaire et le soutenu. Teintée d'insolence, de l'absurde ironie des philosophies de comptoir et des terrifiantes conséquences des réflexions laissées sans réponses. Toujours bien trop habillé pour les jours pluvieux de routine au sein d'un monde noyé, portant autant le costume que les riches tissus, oubliant les couleurs pour ne dresser que le funeste noir sur des pointes de blanc.

M'autorisant le contraste coloré sur les accessoires qui décorent mes déguisements, je porte des boucles d'oreilles turquoises qui gobent mes lobes, des bagues parfois absentes et ruisselantes de quelques rubis écarlates. Une longue chaîne d'or blanc autour de mon cou, sur laquelle chute un pendentif arborant la même croix qui maquille mon front et enfin quelques bracelets épais de force ou encore de grosses perles qui viennent choir sur mes gants blancs. Confortablement planté dans des bottines de cuir, souvent tâché par la terre humide des tombes creusées, le pendentif entre les lèvres je quitte, encore dégoulinant d'eau, l'étrange sensation de mon reflet projeté dans le passé. Un dernier soupir sur un énième lendemain qui recommence.


Karasu
Nom du Pouvoir : Acid bubbles.
Nature du Pouvoir : Don et artefact.
Costume : Un tube entre les doigts, un carton abîmé sur la tête avec deux trous stylisés pour les yeux et un pull noir avec écrit Who Are U en blanc. Des gants blancs, un jean troué et des baskets montantes, incarnant la banalité, là où la violence frappe tous les jours.  

Description :

Le pouvoir de Vãnh lui permet de sécréter des bulles corrosives. Rouges écarlates, d'une texture un peu collante, elles flottent dans l'air en vagabondant hors du contrôle de Vãnh avec une tendance à se regrouper. Fragiles comme n'importe quelle bulle, elles explosent au moindre contact à moins que ça ne soit une autre bulle et dans ce cas, elles s'absorbent. Dangereusement corrosives, si elles explosent, les éclaboussures brûleront votre peau jusqu'au sang. Il en est de même si elles explosent en l'air et que les gouttes vous touchent. Issu d'une mutation de son sang, bien qu'il cache ce point en faisant croire que les bulles sortent d'un tube, il est obligé de se taillader pour utiliser son don. En réalité les bulles sont sécrétées par une évolution de sa coagulation. En contre-partie, Vãnh souffre d'anémie, de vertige, il rejette parfois ce sang corrosif en d'horrible vomissement étouffé par les bulles qui coagulent dès l'instant qu'elles s'arrachent de sa gorge, son pouvoir lui demande un énorme temps de repos si utilisé à excès. Bien obligé alors de limiter ses coupures.
A vrai dire, personne n'est vraiment sûr de son pouvoir. Cachant un artefact, il use de la tromperie pour semer le doute. Possédant la version originale du poème "Le Corbeau" d'Edgar Allan Poe, Vãnh a un lien particulier avec les corbeaux. Bien qu'il s'amuse à leur parler, il ne possède en aucun cas la capacité de les comprendre ni même de les contrôler. Simplement, ils sont attirés, ils virevoltent autour, ils se posent sur son épaule. Obscurs charognards, ils se régalent de la chair des cadavres qu'il laisse derrière lui.


Présent




« Que cette parole soit le signal de notre séparation, oiseau ou démon ! — hurlai-je en me redressant. — Rentre dans la tempête, retourne au rivage de la Nuit plutonienne ; ne laisse pas ici une seule plume noire comme souvenir du mensonge que ton âme a proféré ; laisse ma solitude inviolée ; quitte ce buste au-dessus de ma porte ; arrache ton bec de mon cœur et précipite ton spectre loin de ma porte ! » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »

Et le corbeau, immuable, est toujours installé, toujours installé sur le buste pâle de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre ; et ses yeux ont toute la semblance des yeux d’un démon qui rêve ; et la lumière de la lampe, en ruisselant sur lui, projette son ombre sur le plancher ; et mon âme, hors du cercle de cette ombre qui gît flottante sur le plancher, ne pourra plus s’élever, — jamais plus ! 



« The Raven » - Edgar Allen Poe, traduit par Charles Baudelaire.



Sur l'achèvement du poème, je referme le délicat carnet dans un clap assourdissant. Soudain plongé dans la foule dansante de la rue piétonne, je m'éveille au milieu de mes pensées libertines. Le monde m'arrachant de mes songes pour me laisser choir sur le mouvement houleux du temps qui passe, m'abandonnant en pleine déchéance. Les passants déambulent, habitués de l'absurde, ne réagissant plus aux étranges inconnus costumés, vagabondant comme bon leur semble sur le macadam brûlant des chaleurs estivales. Se croisant sans se voir, aveugles au delà du bout de leurs nez, ils parcourent leurs quotidiens moroses dans l'espoir d'un rebondissement. D'une vive extase sur le noir et blanc de leurs banalités. Ils ne survivent que pour ces oniriques fantasmes, se permettant de vivre en rêve la réalité d'autres vaniteux. Je peux presque les entendre murmurer, chuchotant leurs espoirs d'émerveillement, soufflant silencieusement leurs désirs de se voir mêlés au sensationnel dans le vain et chimérique espoir de se sentir inclut dans le monde.

Quelques vertiges sur le flou de mes yeux vacillants, et je reprends mon souffle d'une longue inspiration qui gonfle et bombe mon torse. Soufflant l'haleine chaude qui se diffuse contre le carton qui assure mon anonymat, je peux entendre l'écho de mon cœur tambourinant au fond de ma poitrine. Une note continue, caverneuse, claquant comme une langue humide sur une gorge sèche. Un son si désagréable qu'il courbe mon échine d'un frisson soumit au rythme des blessures qui orchestrent ma folle raison. Et alors que mon sang s'écoule et pénètre l'atmosphère dans son absurde coagulation, des bulles aux couleurs pourpres s'envolent et dansent dans un flottement aussi sombre qu'un requiem. Sur les regards ébahis, la populace s'enchante de voir leurs souhaits se concrétiser. L'extraordinaire se dévoile devant leurs mines bloquées entre l'incompréhension et l'espérance d'appartenir pour toujours à la naissance de quelque chose de grand. Quelque chose de glorieux pour qu'ils puissent se répandre devant tous les curieux et s'attribuer l'absurde mérite d'être spectateur. Et alors, les bulles explosent. Il en suffit d'une, puis, aléatoirement, une deuxième parfois, deux explosent en même temps. Lentement mais sûrement une pluie écarlate vient arracher la chair des vivants. L'effroi fracasse leurs regards intrigués. Leurs espoirs s'étiolent sur la cruauté de l'absurde, châtiés pour avoir glorifié la violence. Les civils sans défense s'agenouillent au sol, hurlant la douleur de se voir fondre à chaque goutte qui s'écoule. La peau brûlante et le sang qui s'écoule, tétanisés par l'effroyable rapidité du basculement de leurs existences.

Il n'a suffit que d'un souffle pour que la panique emporte la terreur des spectateurs. Ils se nourrissent du désastre pour crier leurs souffrances, ils s'apitoient sur le sort et la destinée, accusent n'importe quel martyr pour ne plus porter la lourde responsabilité d'avoir imprégné de violence les constructions d'un monde déjà branlant. Il se murent derrière des illusions et s'assourdissent de rêves éveillés. La terreur règne et bientôt ma sortie se fait imminente. Au loin déjà, le croassement affamé de la meute retentit. Le bruissement de leurs ailes capturent l'attention. Et alors, qu'ils virevoltent dans quelques acrobaties, ils piquent au sol le bec insatiable pour dévorer avec gourmandise la chair meurtrie des mortifiés. Les sublimes charognards au plumage de jais lacèrent dans une sonate chaotique les miséreuses victimes de mon coup de sang. Comme à son habitude, la foule s'extasie dans une étrange fascination pour le morbide et me laisse une évasion discrète.

Peut-être que demain le monde aura changé. Peut-être que demain, la mort sonnera à chaque coin de rue, vivifiant ces âmes perdues et vidées d'excitation en les obligeant à craindre la fatalité de leurs existences. Peut-être que demain le monde se fissurera à nouveau dans un craquement osseux, un tremblement qui gronde comme la foudre et une masse obscure se tiendra prête à engloutir la pénible débâcle de nos hasardeuses errances. Chaque lendemain semble plus morose que le précédent, et chaque lendemain s'évanouit dans la crainte d'avoir été abusé. D'avoir été naïf, voilé par un odieux mensonge. Peut-être que demain le monde sera bousculé par la terreur, vomissant l'épouvantable souvenir des chairs brûlées, des funestes oiseaux, des hurlements traumatisés.


« Monsieur, vous êtes mort ? »


Les lèvres bleues, la peau pâle et blanche comme le lait, dégoulinant de sueur à même l'ombre fraîche des conifères à la lisière de la petite zone forestière, j'ouvre les yeux. Excentré de l'agitation, évanoui dans le repos de mes vertiges anémiques, le jeune morveux renifle bruyamment en me regardant, hagard et immobile, tenant son ballon entre son bras et sa hanche. À mon regard distant mais ouvert et mobile, il souffle son chewing-gum d'une bulle qu'il laisse éclater avant de réagir en reprenant son harassante mastication.


« Vous voulez que j'aille chercher de l'aide ? »

Léthargique, je plaçais le peu de force que j'avais retrouvé pour me redresser. Les souvenirs de mon corps rampant à l'ombre pour perdre conscience, las de fatigue au bout de la fuite, retentissent doucement alors que je pose mon regard tremblant sur le jeune garçon attentif.


« Je suis médecin, c'est juste une insolation. »

Trouvant le courage de me lever, je titubais un instant avant de tourner le dos à l'agitation figée de mon passage. J'avais laissé les grands corbeaux dévorer l'attention avant de fuir dans la fin du vacarme de leurs cris rugueux. Je présumais qu'il s'était suivi un silence mortuaire, aussi funeste que ces sombres mythes du trépas.

« N'importe quoi ! Je vous reconnais, vous êtes celui qui vit dans le cimetière ! »

Teinté d'insolence, le jeune intrépide écarquille les yeux comme si c'était la première fois qu'il entendait ce qu'il présumait être un mensonge effronté. Un sourire narquois sur les lèvres, je repensais aux rêves échoués et à mes pauvres espoirs déchus. À ce que la médecine était, à ce qu'elle est devenue, à cet essoufflement perpétuel face à la violence des fantasmes dangereux. À ce qu'elle représentait pour moi.

« Ce n'est pas un cimetière. Je suis juste un très mauvais médecin. »

Sur l'écho d'un rire macabre, je m'échappais le pas assuré vers le cimetière pour y retrouver l'ambiance mortifère du manoir crasseux. Sur la corniche, un corbeau chante une douce mélodie qui sonne le glas du retour apaisé. Car demain, le monde aura changé. Demain, il y aura des cadavres à enterrer sur l'épitaphe

"Emportés par leurs souhaits de vivre, le corbeau dit 'Jamais plus.' !"

Histoire

Partie I :

Chapitre Un :

Sur les hauteurs de l'immense maison, Bao virevoltait. Enveloppé par l'aura téméraire de l'insouciance, il brisait de son poids quelques tuiles déjà branlantes en marchant dessus dans sa joyeuse danse effrénée. Il agitait ses bras pour garder un semblant d'équilibre et ne pas trépasser l'étroit chemin qu'il connaissait par cœur. Sans un geste ni un regard, il finissait à l'autre bout du toit légèrement pentu. Les tuiles oranges, pâlies par les rayons destructeurs de l'astre diurne, brûlaient ses pieds nus et le vent humide des chaleurs estivales caressait sa peau brune. Le regard jaloux, la pointe des pieds glissante sur les chaises maladroitement empilées, je le voyait plus intrépide et courageux que je n'oserais l'admettre. Impatient, je poussais la faiblesse de mes bras d'enfant pour ramener mon corps si frêle sur l'altitude des trois étages. Le pas hésitant, bien trop effrayé par la chute ou même la simple angoisse de se faire attraper grimpant sur ce perchoir mortel, je rampais difficilement pour le rejoindre. Devant l'éclat émerveillé de nos iris se dévoilait l'infatigable et lumineuse Hô-Chi-Minh Ville. Dans toute sa splendeur, paraissant presque flottante sur l'horizon, Saïgon, comme disait encore père, possédait cette étrange atmosphère illusoire, comme un mirage mouvant planté entre notre demeure et le Pacifique. De notre hauteur, on pouvait voir la rivière se jeter dans la mer de Chine, d'un seul coup d'œil je pouvais ressentir le courant m'emporter vers la vivacité de la ville. Comme si elle pouvait m'envahir et m'attirer d'aussi loin. Je revoyais à travers les rares visites encore vives dans ma mémoire juvénile les places publiques noires de monde, le nuage pollué des mobylettes qui bloquent inlassablement la fluidité des rues, l'effet grisant de l'agitation bruyante des existences en marche. Peu importait leurs routines, les âmes vagabondes erraient inconscientes du monde qui ne cesse de tourner, que ne cesse de vivre. Tous ces visages effacés, cette immuable vie qui s'éprenait de mon regard distant. Transcendé par les battements houleux des destins croisés.

Accaparé par mes pensées évasives, j'en oubliais presque Bao. Tournant légèrement la tête, il ne suffit que d'un regard pour voir qu'il n'était pas aussi impressionné par l'excitation du fantasme urbain. La mine basse, les yeux hagards, il semblait bien en difficulté dans sa lutte interne. N'osant briser le silence, je restais là, immobile et captivé par son absurde prestance. Me demandant vainement à quel point mes avis s'éloignaient des siens, me tiraillant à savoir ce qu'il aurait fallu penser ou dire pour briller un peu plus dans ses yeux.

« Tu vois le coin là-bas ? Avec les lumières parsemées, près de la rive. »

J'avais toujours vénéré mon frère. Mon aîné de quelques années, il avait endossé son rôle comme si ça lui était destiné. Bien sûr, tout n'était pas aussi facile que ces instants de complicité ou autres partages anodins. Mais il représentait un modèle inébranlable, un héros parmi les Hommes. Je buvais chacune de ses paroles, recopiais chacun de ses gestes dans l'espoir déjà acquit de peser dans son cœur, de compter à ses yeux. Silencieux, suivant la direction de son doigt pointé avec précision, je le laissais m'expliquer les tourments de son empressement.

« C'est les quartiers pauvres. Maman m'y a emmené l'autre jour. »

Quelques heures plus tôt, alors que j'exaltais mon être des frissons papillonnants de la balançoire usée du jardin, Bao était venu me chercher. Un air envoûté sur le visage, il n'avait eu qu'à me faire signe pour me tirer de mes aventures solitaires. J'avais accouru, le suivant sourire aux lèvres, comblé par le simple droit de l'accompagner. Le pas pressé à travers les longs couloirs aux parures dorées et aux tableaux artistiques parfaitement alignés sur les murs immaculés. Les souffles de nos rires enchantés avaient résonné sur le creux des plafonds infinis, le bruit de notre course fracassant l'absence de vie qui régnait facilement dan l'immensité de la maison. Encore plus lors des périodes de vacances. Dévalant les escaliers des deux étages, on s'était faufilé dans nos passages secrets pour débarquer sur le toit du petit porche qui surplombait le balcon du salon supérieur. De là, on avait atteint le toit grâce à une échelle artisanale, faites essentiellement de chaises, que Bao avait construit.

« Vãnh... »

À  peine eut-il le temps de murmurer mon nom, que le crissement des pneus de la voiture l'extirpait de son importance. Son regard s'enfuyait de sa torpeur et, affolé, sans prendre le temps de cracher le morceau il attrapait mon bras. La sublime voiture à la carrosserie noire, impeccable et luisante sur les reflets du soleil à moitié engloutit par l'océan au large, avalait la route en chicane dans un vrombissement délicat. On l'aurait reconnu entre mille. Dans la vivacité de son geste, mes pieds décollaient du sol, entraîné de force je laissais son mouvement m'arracher de ma position. Sans un regard ni un mot, on se retrouvait, hâtifs, à suivre le même chemin à l'envers cette fois. Avec l'agilité et la rigoureuse discipline que les arts martiaux lui conféraient, Bao prenait largement la tête. Disparaissant peu à peu dans le silence de la maison, je m'essoufflais à suivre le rythme et c'est un cran de retard sur lui que je rejoignais malgré tout l'entrée à temps. Les grandes portes déjà ouvertes par Bao, je terminais ma course sur les petits graviers de la cour principale pour accueillir les ronronnements de l'engin dépassant tout juste l'interminable portail.

Dae-Hyun Seong était un médecin reconnu dans tout le pays. Spécialisé dans la chirurgie pédiatrique, il était réputé pour avoir opéré son propre fils à sa naissance, lui sauvant la vie au passage. L'opération s'était déroulée à la perfection, laissant une cicatrice verticale sur le thorax qui grandirait avec moi. Bien qu'il passa de peu de perdre son droit d'exercer pour son acte héroïque certes, mais contre les règles, Père s'en tira avec un blâme qui le poussa à démissionner. Après, il avait ouvert sa propre clinique et sous l'effet d'une popularité inattendue, il développa une fortune incommensurable. Lorsqu'il sortit de la voiture, Bao et moi échangions un regard complice suivi d'une grimace crispée annonciatrice de son courroux. L'air dur comme à son habitude, il marchait lentement autour de la voiture pour ouvrir la porte à notre mère qui préférerait rester assise pour toujours plutôt que de le faire toute seule. Ses cheveux noirs relâchés à l'air libre, flottants sur son pas assuré, collés à la sueur de son front. Souvent occupé, il était rare de le voir à la maison si tôt, il était rare de le voir tout court. Malgré tout, il avait sur le visage l'expression qu'on connaissait le mieux. Cette colère sourde et froide. Ce charisme puissant qui nous faisait frissonner à chaque fois, des sueurs froides qui nous faisaient courber l'échine alors trempés d'une transpiration moite et apeurée. Je sursautais sur le claquement de la porte qui se refermait sur un coup sec destiné à nous faire relever la tête qu'on avait inconsciemment baissée depuis qu'il avait posé ses yeux de prédateurs sur nous.

« Regarde comme ils sont sales. Vous irez vous laver avant de dîner. »

Dès qu'elle émettait un ordre en sa présence, on le regardait pour son approbation. S'il ne détournait pas le regard, ça voulait dire que nous devions nous exécuter sans rien dire. S'il regardait ailleurs, les négociations étaient ouvertes. Ce n'était pas vraiment de l'insolence envers notre mère, c'était simplement la loi du plus fort, celui qui faisait le plus mal, celui qui était le plus terrifiant. Kim-Tão Seong était d'apparence douce et joviale, elle était la belle de la bête. Lunatique et périlleuse, sans peur et libérée, une lumière inespérée dans le chaos dans lequel mon père pataugeait à l'adolescence. Ils se sont rencontrés en Corée, lui faisait ses études de médecine et elle, artiste bohémienne vivait de luxure sur la fortune de sa famille. Même si ça n'était qu'une passionnelle relation censée être éphémère, il lui avait écrit dès qu'il en avait eut la chance avant de finir ses études et venir la rejoindre à Saïgon. Il avait vu là sa chance du bonheur, fuyant par la même occasion la triste existence de son traumatique passé. Sa lourde insistance nous faisait trembler des genoux, j'anticipais déjà intérieurement quelques excuses à balbutier persuadé qu'il nous avait vu sur le toit. Mais il nous libéra de la pression d'un relâchement soudain.

« Bao ira en premier. »

Il resta immobile un instant, mais puisque père ne bougeait pas non plus, il comprit que ça voulait dire maintenant. Bao suivit donc maman jusqu'à la maison, me laissant seul face à la menace. Un silence étrange s'emparait de l'atmosphère presque palpable. Je le savais en colère, mais je n'en connaissais toujours pas la raison. Ne comprenant pas réellement pourquoi Bao avait pu s'en tirer.

« Quand tu es né, la nature avait décidé de te reprendre le privilège de vivre. Mais je te l'ai rendu. »

« Je vous en remercie, père. »

De la tranche de sa main, il gifla ma joue d'un vive coup sec qui me jetait à terre. Crachant le sang de ma lèvre coupée, je me relevais sans un mot pour reprendre une posture impeccable. Je ne devais pas faillir devant lui, je savais que ça aurait été pire encore. Les mains coincées derrière mon dos, je baissais la tête en guise d'excuse pour l'avoir interrompu et je le laissais reprendre sans broncher.

« Crois-tu que j'ai fais une erreur de jugement ? »

Rhétorique. Je ne devais surtout pas répondre au risque d'en prendre une deuxième si ce n'est plus pour l'accumulation de m'être cru plus malin en répondant à une question qu'il se pose et l'insubordination de reprendre la parole tandis qu'il m'avait déjà avertit une première fois. Satisfait de ma compréhension, il reprenait.

« À partir d'aujourd'hui, ne perds pas ton temps à jouer, étudie. Et ne risque plus la vie que je t'ai offerte en grimpant sur des hauteurs dont tu ne survivrais pas à la chute. »

Sa voix rauque était montée peu à peu en puissance. Il n'avait cependant jamais hurlé, arrivant parfaitement à contrôler le ton de sa voix pour y déposer tout un lot d'émotion allant de la colère à la déception. Les derniers mots avaient résonné légèrement sur la devanture en colonne de l'entrée derrière nous. Les gouttes de sang coulaient toujours sur mon menton, je restais stoïque malgré la démangeaison de l'essuyer pour ne plus sentir son flot s'écouler sur ma peau. Je retenais mes larmes pour ne montrer aucune faiblesse, je connaissais le fonctionnement par cœur. Mon corps se souvenait encore des conséquences. Il me dépassait enfin pour rejoindre la maison, et je peux relâcher l'immense pression qui crispait mes muscles. À l'abri de tous les regards, je m'échouais au sol en me recroquevillant sur moi-même dans un spasme incontrôlé similaire à un mouvement saccadé d'un robot mal huilé. Extirpant un cri étouffé par une respiration coupée, je régurgitais un filet spongieux de sang mêlé de bave avant de reprendre mon souffle et mon calme. J'essuyais la sueur de mon front et mes tempes, titubant sur quelques pas avant de rejoindre l'entrée et refermer les grandes portes derrière moi.

Le regard sombre et les dents serrés, je longeais le couloir en dépassant le grand salon ouvert sur la terrasse qui dévorait un pan de fleurs entrecoupé par des allées anticipées pour l'entretien. La manche tâchée par mon sang, je pouvais sentir mon corps frémir dans quelques tremblements excités. Réagissant à l'impatience, à cette violence sournoise qui désire fuir les pores de peau. Je dépassais la cuisine et enfin je retrouvais l'air pur du jardin. Reprenant alors là où Bao m'avait interrompu. D'un pas plus rapide, je m'engageais pieds nus sur l'herbe fraîche. Me rapprochant de l'arbre robuste qui tenait ma balançoire, je me réfugiais derrière vers les creux formés par ses puissantes racines. Dissimulés depuis l'aube, mes pièges se révèlent de nouveau fructueux. Je relâchais une grosse pierre déjà noircie par le sang séché de son usure sur le crâne de l'écureuil capturé. Sous la puissance du choc, un frisson exalté parcourait mon échine lorsque par-dessus le bruit sourd de la roche qui touche la terre, le craquement osseux avait surgit distinctement. Je sortais une pochette en cuir de ma poche arrière, l'ouvrant délicatement pour prendre le dernier cadeau d'anniversaire que Père m'avait fait. Depuis qu'il avait décidé de s'occuper seul et entièrement de mon éducation pour que je reprenne la clinique à sa mort, il tentait de faire de moi un médecin. Dès lors, il avait commencé par m'offrir des livres de plus en plus spécialisés. En m'inculquant la rigueur de l'apprentissage des langues étrangères, il s'efforçait de m'habituer à la discipline, au surmenage, à la volonté ardente d'acquérir le savoir. Laissant germer doucement l'insidieux désir de l'intelligence. Lors de mon huitième anniversaire plus tôt dans l'année, j'avais reçu un scalpel. Le premier instrument à mettre dans la pochette qu'il m'avait offerte noël dernier. Probablement en réponse aux instruments de musique que ma mère continuait à emballer.

Un éclat inhumain dans le fond des yeux, un rictus disgracieux sur mon visage grimacé, j'éventrais le pauvre animal. Un gloussement ressemblant presque à un rire vomit entre mes dents qui claquaient sur le mouvement chaotique de mes coups répétés. La pulsion épanouit, il ne restait plus rien du doux pelage orange du rongeur. La peau lacérée, les entrailles en charpie, même ses yeux effarés de terreur s'étaient déchiquetés sous la violence de la torture. Le sang giclé sur la blancheur maladive de ma peau, j'essuyais méthodiquement l'arme du crime avant de la ranger dans son étui. Un soupir qui détendait alors mon être jusque là crispé. C'est comme si je reprenais la totalité du contrôle sur mon corps, comme si, enfin, il répondait à tous mes ordres. Enfin libéré du marionnettiste, le pantin que je suis exécutait avec nonchalance la routine de ses démons. Une fois immaculé et bien rangé, je creusais avec mes mains un énième petit trou dans la terre. En grattant un peu, je retombais sur les ossements d'une victime oubliée. Je rassemblais les morceaux éclatés de l'écureuil, les regroupant au milieu du trou avant de le reboucher lentement et retourner au rythme quotidien de ma journée.

Sur le chemin de la salle de bain, je croisais Bao tout propre et tout fringant. À la vision du sang sur mes lèvres et mes habits, il eut un léger sursaut. Lorsque nos regards se sont croisés, je crus qu'il allait s'excuser mais il resta bouche bée, les mots coincés à travers sa gorge. Je levais mes sourcils, pas par surprise ou déception qu'il n'ait pas réussi à me réconforter, simplement parce que je rappelais soudainement qu'il ne m'avait toujours pas avoué ce qu'il voulait me dire quand on était sur le toit. Sans nous arrêter, on se croisait ainsi sans un mot et l'étrange sensation d'une cassure qui semblait nous avoir fait reculer d'un pas. Tout crasseux, j'arrivais enfin jusqu'à la salle de bain. Je me stoppais net en apercevant la présence de ma mère. Simplement revêtue d'un peignoir fin et soyeux, assez ouvert pour laisser sa poitrine et son intimité visible, les gouttes d'eau ruisselantes encore sur son ventre plat. Ses cheveux noirs humides emprisonnés dans une serviette, elle me toisait du regard sans l'ombre d'une gêne. Un peu désemparé par la vision de ma génitrice à demi nue, je restais un instant figé dans le malaise. Je n'eus pas le temps de réagir, qu'elle fonçait déjà sur moi.

« Regarde dans quel état tu es ! »

Excédée, elle m'agrippait au col pour me balancer au milieu de la pièce. Proche du miroir, je pouvais voir les couleurs de mon reflet flou derrière la buée de l'eau chaude condensée. Un peu de rouge sur le bas du visage, quelques points vifs sur le blanc éclatant de ma chemise, je baissais la tête sur mes mains et mes pieds noircis par la terre. Elle empoigna mon bras pour me soulever un peu, elle fit une grimace de dégoût à la vue de mes ongles crasseux. Avec sa brosse dans l'autre main, elle me martelait de coup en hurlant des absurdités qui échappaient à ma concentration. Après une dizaine de coups, elle me laissait choir au sol, essoufflée. Balançant la brosse au sol, le coin ensanglanté tâchant le carrelage blanc. La serviette sur sa tête s'était défaite dans son excès de rage, elle respirait fort les yeux écarquillés avant d'éclater en sanglot et fuir la scène. M'abandonnant avec mes blessures à l'arcade et mes bras abîmés. Elle pleurait toujours après, rongée par le remord, parfois, elle ne sortait pas de sa chambre pendant des semaines entières. Ça lui arrivait sans raison parfois, elle perdait l'envie de vivre sans pour autant avoir la volonté de mourir. Je laissais quelques larmes tomber sur les petites flaques de sang, restant allongé quelques instants avant de me dévêtir pour laver mon corps. Laver la souffrance de mes cicatrices, laver l'immoralité de mes désirs, laver la violence quotidienne de mon existence.

Chapitre deux :

Immobile, capturé par le traumatisme gravé sur les cernes d'une nuit sans sommeil, j'occupais mon esprit lointain en arrachant la moquette de la chambre parentale. Adossé contre le sommier sculpté dans un bois magnifique, je survolais les petites pelotes du bout des doigts. Affalée sur le lit, froissant le drap soyeux, elle n'avait cessé de verser toutes les larmes de son corps. J'entendais ses sanglots éclater, s'extirpant directement de son cœur en peine. Elle gémissait sans relâche, comme si on la poignardait encore et encore, en proie à la terrible et douloureuse fatalité du plus grand prédateur de la vie. Dans la faible luminosité des premières heures de l'aube, maman et moi étions consignés dans la chambre. Las de mes jeux qui comblaient l'ennui, je me retrouvais incapable de tromper la réalité une seconde de plus face aux éclats de sa tristesse. L'écho de sa peine se balançait de murs en murs, dansant dans un étrange va-et-vient aux sonorités diverses et fluctuantes. Parfois, le raclement rauque et assourdissant de son souffle saccadé par les sanglots retentissaient jusqu'à effleurer ma peau, alors je sentais mon corps entier se crisper sur lui-même et frissonner à son tour. Chaque autre gémissement démarrait par les horrifiques dissonances de ses pleurs fragiles qui allongeaient les syllabes des mots qu'elle vomissait entre quelques reniflements et lamentations. Lorsqu'il frappait à la porte, je relevais le museau. Se recroquevillant sur elle-même, maman n'avait qu'atténué le bruit de sa peine.

« Il est prêt. »

Trahi par l'émotion dans sa voix et l'humidité qui brillait sur le contour de son regard, je me rendais compte que Père avait pleuré. Je ne sais pas si c'est mon mouvement qui fut trop rapide lorsque je me levais pour aller le voir ou si c'était la surprise de voir mon père dans un état qu'il avait toujours prôné comme étant de la faiblesse, mais je fus déstabilisé par ce mélange émotif. Un vertige me plongeait un bref moment dans la confusion et, l'esprit emboué, j'emboîtais le pas de mes parents pour aller le retrouver.

Plus tôt ce jour là, avant l'achèvement de l'aurore, alors que la pénombre rugissait à travers les lumières tamisées pendues sur les toiles des bidonvilles, Bao m'attendait à l'endroit habituel. Père avait dût rejoindre la clinique pour une urgence lors du dîner, nous excluant, mon frère et moi, de nos leçons du soir. Dans une intervalle d'environ vingt minutes, nous avions abusé de la piètre surveillance de maman pour nous faufiler dehors. Sur mon vélo, je longeais la route à vive allure hâtif de pénétrer dans la vie nocturne de la ville. Et alors que je m'approchais du centre, dépassant les quelques quartiers limitrophes entassés les uns sur les autres, les vives lumières chaudes commençaient déjà à illuminer le paysage. Je ralentissais le rythme pour profiter des odeurs et de la densité joyeuse des gens qui vagabondaient. Depuis que la faille avait engloutit l'Amérique du Sud, il y a cinq ans, l'angoisse et la peur avaient bousculé l'humanité. Comme dans un instinct de survie, dans un état général transcendé par la crainte, le monde s'était arrêté de tourner. Personne ne pouvait concevoir de voir la moitié d'un continent disparaître en une nuit. Toutes ses cultures, toutes ses populations diverses, toutes ces histoires de vies envolées dans des ténèbres impénétrables. Et pourtant, les lendemains se sont suivis et aujourd'hui le monde a évolué. Gardant un trou béant en son sein, mais perpétuant un énième cycle de vie en alerte. Vivotant sur l'essoufflement de toute logique, terrassé par ce qui était autrefois rien d'autre que fable et rêve enfantin. J'arrivais aux abords des bidonvilles, je connaissais le chemin par cœur maintenant. J'avais dix ans quand la faille est apparue, et désormais, tout ce que je retiens c'est l'évolution de la race humaine. Ce pas au dessus de la nature elle-même, loin du don divin mais plutôt accablé par la fascination de voir l'animal Homme s'adapter si merveilleusement à un nouveau danger. Pour une fois, l'humanité répondait présente, prête à lutter. Bien que Bao et moi n'avions rien de tout ça, inspirés par l'héroïsme naissant des débats ouverts au Japon, nous nous retrouvions dans les quartiers pauvres dans l'espoir de régler quelques injustices.

« Tu te souviens de la dernière fois qu'on est monté sur le toit de la maison ? »

Cela faisait quelques heures déjà que nous nous promenions dans une vaine ronde entre les refuges maladroitement bâtis. Habitués à errer à travers les rues imaginaires de ces quartiers depuis les cinq dernières années, on s'était fondu dans le décor. On connaissait les habitants, nos dons de nourritures et nos interventions utiles avaient construit une sympathie partagée. Même si nous étions deux gamins de dix huit et quinze ans, Bao avait bonne réputation et les trois barrettes jaunes cousues sur sa ceinture bleu foncée de Lam Đai faisait de lui le plus jeune Môn sinh de ses pairs. S'efforçant de s'entraîner comme professeur pour son grade supérieur dans quelques années, il me choisit comme premier disciple.

« Maman m'avait frappé avec sa brosse. J'ai encore la cicatrice. »

Avec ma nonchalance habituelle, n'arborant aucune émotion dans le son calme et neutre de ma voix, je retroussais ma manche pour caresser doucement les vestiges de ma peau abîmée. Bao s'arrêta un instant, un peu décontenancé par la froideur de ma réponse. Cependant, il n'en dit rien. Reprenant la route, accaparé par ses propres pensées, il reprit simplement, l'air désolé et le regard fuyant.

« Est-ce que tu penses que tout le monde mérite d'être sauvé ? »

Un flottement dans l'air, un étrange silence sur le moment ralentit du temps qui se fige l'espace d'un clignement retenu. Comme si à chaque fois que je fermais les yeux le monde s'arrêtait et que j'avais réussi à feinter assez rapidement pour voir son mouvement d'arrêt. Je n'eus pas le temps de penser à la moindre réponse, son bras déchiqueté volait à côté de moi en un tourbillon accéléré éjectant un long tracé de sang. Un éclat jaillit dans un son huileux, le bras droit arraché de l'épaule jusqu'au bout des doigts, Bao s'effondrait. Son corps se vidait et dans les deux secondes qui suivirent le choc il était mort. Gisant sur le sol, sa peau brune perdant ses couleurs, l'éclat de ses yeux s'envolant sur le trépas de son âme. Le temps d'une respiration et mes yeux arrivaient enfin à canaliser le mouvement vif du traumatisme. L'effroyable bête rugissante dans l'écho silencieux de la nuit, la gueule pleine de bave, la fourrure tâchée par le sang de mon frère évanoui. La créature aux allures de loups démoniaques, la peau arrachée et les os à vifs, frottait ses griffes sur le sol. Sous l'épouvante des témoins qui hurlaient, elle détournait la tête pour se ruer vers le bruit assourdissant des cris d'agonie. Arrachant la chair d'un coup de croc, lacérant membre comme os d'un coup de griffe. Sa fourrure qui semblait posée sur la masse fine mais puissante de son corps difforme variait d'un bleu nuit aux éclats sanguins, le monstre paraissait sauter de victime en victime. Et, tétanisé par la peur, je restais là. Immobile et spectateur du terrible massacre de la bête assoiffée. Il y avait eu des rumeurs, quelques légendes s'accordant sur une humanité désormais capable de surnaturel, mais jamais rien de si réel. Juste sous mes yeux, la nature reprenant son rôle de prédateur. Ironiquement, je revoyais la liste sempiternelle de tous ces pauvres animaux sans défense que j'avais enterré dans le jardin. Impuissant face au retour de bâton, soumis à la déchéance de ma destinée, je tombais à genoux. Les larmes coulantes toute seule le long de mes joues, je n'arrivais plus à me souvenir quand j'avais commencé à hurler. Je pouvais seulement sentir ma gorge brûler, se gargarisant dans l'assèchement de mes cris dissonants.

Probablement quelques minutes après que Bao succombait, les premiers coups de feu avaient retentit. Dans une mélodie laconique, l'éclat orange de la poudre surgissait sur le voile obscur qui m'entourait. Complètement du monde autour de moi, je n'entendis pas la bête vomir son dernier souffle. Sa carcasse inerte chutant au milieu de la petite dizaine de victime, ne laissant alors que choc et hurlement face au désastre. Quand je revenais à mes esprits, sur la vision du corps de mon frère vénéré orphelin de son bras et figé dans sa dernière expression, je me sentais idiot. Naïf de m'être laissé avoir par l'excitation du danger. Oubliant les risques et les graves séquelles que la faille avait infligé au monde. Baigné dans son lot d'avantage, dans ses rêves fous d'héroïsme, d'humanité solidaire. Succombant à la terreur de la réalité pure et inébranlable, je ne pouvais que rendre les armes, démunis.

Père avait passé la nuit à recoudre le cadavre de son propre fils. S'il m'avait redonné la vie, il ne pouvait cette fois-ci que sauver l'enveloppe charnelle de son aîné pour la cérémonie funéraire. Habillé d'un luxueux costume, emmitouflé dans le linceul blanc, maman s'avança la première. Je fus surpris par sa capacité à reprendre le contrôle d'elle-même. Ses pleurs avaient stoppés, gardant néanmoins le visage défiguré par l'aigreur d'avoir sur sa destinée l'insurmontable perte de son fils aîné. Soigneusement, elle versait le riz et les trois pièces de monnaie dans la bouche de Bao.

« Va te préparer. »

Sa voix m'extirpait de ma terrible torpeur. Harassé par la fatigue, acculé par la souffrance et la peine, je voulais juste que mon corps s'évanouisse. Perdre conscience et me réveiller d'un cauchemar qui rongeait lentement mon être, dévorant mes espoirs et mes vains rêves d'enfant. Déambulant comme un fantôme je rejoignais ma chambre pour voir qu'il avait déjà préparé ma tenue pour la cérémonie. Toute la journée, la famille passerait se recueillir sur l'autel exposé dans le grand salon. Il manquerait le côté paternel, la Corée étant trop loin pour venir aussi rapidement, mais les quartiers où notre nom de famille était réputé se joindront à la cérémonie qui emmènera le corps de Bao vers l'au-delà. Car le soir venu, le cercueil sera transporté à travers la ville jusqu'au cimetière dans un cortège silencieux fleuri de bannière et couronne. Je revêtais la tunique blanche et le turban dans lequel j'emprisonnais mes cheveux noirs, tirant ma peau sur les traits creusés de mon visage, maussade devant mon insipide reflet. Je pouvais entendre les sanglots de maman reprendre et j'imaginais le silence gêné de Père, restant debout et stoïque dans l'espoir que les premiers invités arrivent pour avoir quelque chose à faire et combler le souvenir qu'il avait perdu un fils.

Partie II :

Chapitre un :



Joueur

Pseudo : Sade.
Fiche joueur : Uniquement si vous en avez déjà une !
Commentaire : En disant chut.

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Fiche : Vãnh Dao Seong ~
Grade : D
Niveau : 1
Expérience : 16



Voir le profil de l'utilisateur
Mar 5 Juin - 3:43
Suite
La suite de votre histoire, si vous n'avez pas assez de place avec un seul message.
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Grue du Japon
Grue du Japon







Fiche : Silhouette blanche dansant dans la tempête de neige.
Grade : D
Niveau : 1
Expérience : 47



Voir le profil de l'utilisateur
Mar 5 Juin - 19:01
Bon courage pour ta fiche Vanh !

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